La Grand-Combe : où est passé le kiosque à musique ?

209_001_gard-la-grand-combe-le-kiosque-et-marcheIl court, il court le kiosque,
Le kiosqu’à musique de La Grand-Combe, Mesdames.
Il court, il court le kiosque à musique
Le kiosque du (haut)bois joli.

Il est passé par ici
Il repassera par là.

(Selon une comptine française du temps jadis.)

Article du Midi Libre de 2013 :

Le kiosque d’entrée de ville a pris place sur l’esplanade Ferdinand-Durand

Le kiosque d'entrée de ville a pris place sur l'esplanade Ferdinand-Durand
Le kiosque servira de support aux 24es Floralies le 1er mai (2013). © D.R

Durant la semaine, les employés communaux ont commencé à équiper le kiosque, réplique du kiosque à musique du plateau de Bouzac, qui ornait jusqu’alors le rond-point d’entrée de ville avant le début des travaux.

Démonté voici quelques mois, il attendait de connaître son nouvel emplacement. Et voici qu’il vient de le trouver en bordure de l’esplanade Ferdinand-Durand, à quelques mètres du rond-point Portal.

Mieux, le kiosque aura l’honneur de servir de support le 1er mai prochain (2013) aux 24èmes  Floralies et c’est un nouveau ruban qui sera coupé par les autorités à cet effet. Et voici que le trait d’union est vite trouvé, puisque l’on a reparlé durant la semaine de l’histoire du kiosque à musique que toutes nos tempes grises ont connu sur Bouzac et démonté dans les années 1960, malgré la réticence de la population.

Mieux, on ne sait pas ce qu’il est devenu. On a entendu, « qu’il aurait été vendu. » Et même aperçu « dans certaines grandes villes ». « Il doit y avoir des personnes encore aujourd’hui qui savent où il est. » Une chose est certaine lorsque les vieux démons resurgissent, comme cela a été le cas, les souvenirs de jeunesse également et même une certaine amertume. « On aurait jamais dû le laisser démonter, mais à l’époque, on se foutait de tout. »

§

Source : Midi Libre
Publié le 25.04.2013
Comptine : Youtube

Reblogué et commenté par GD.
Publié sur le blog, le : 04.06.2018

Publicités

Vie des mineurs de La Grand-Combe et des Cévennes

MineursBriquet
[Photo : C’est l’heure du Briquet (casse croute)]

CONDITIONS DE TRAVAIL  et  VIE DES MINEURS

1. Généralités sur le travail dans les mines de charbon en Cévennes

Au XIXe siècle, le développement de l’extraction du charbon dans le bassin minier d’Alès est notamment freiné par le manque de main d’œuvre, la main d’œuvre locale restant attachée à l’agriculture. En 1850, le mineur cévenol est encore un paysan-mineur. Il se consacre à la mine quand la terre ne le réclame pas, du début d’hiver à la fin du printemps.

Dans les années suivantes, les crises dans l’agriculture ajoutées au déclin de la sériciculture accélèrent l’exode rural dans le Massif Central et en Hautes Cévennes. A la mine, le recrutement ignore les habitants originaires du bassin houiller qui, s’ils quittent leurs occupations, préfèrent occuper des emplois de service dans les grandes villes. De plus, les protestants répugnent à travailler pour les compagnies minières et métallurgiques appartenant aux grands capitalistes catholiques. Les compagnies minières privilégient donc le recrutement de personnel, si possible de religion catholique, en Ardèche, en Lozère, Haute-Loire et un peu dans la vallée du Rhône. L’Ardèche et la Lozère fournissent les deux tiers des embauches. A compter de 1840, les compagnies minières du bassin houiller cévenol recrutent ainsi une main d’œuvre déracinée, logée dans des casernements insalubres, faiblement rémunérée, qui se soumet à l’ordre et la discipline prônés par la Compagnie exerçant une emprise paternaliste sur son personnel.

En 1911 et 1912, les besoins en charbon croissent avec le rapide essor industriel de la France. Les compagnies recourent à de la main d’œuvre espagnole et algérienne. Fin 1913, le bassin houiller cévenol emploie 16% de travailleurs étrangers. Mal vus, perçus comme des briseurs de grèves par les mineurs cévenols, ceux-ci obtiennent leur renvoi.

Pendant la guerre de 14-18, la Mine remplace les soldats mobilisés par des femmes, des personnes âgées, des prisonniers de guerre et de la main d’œuvre étrangère (Espagne, Europe centrale, Russie…) et coloniale (Afrique du Nord, Madagascar, Indochine). La Mine obtient aussi le retour des mineurs mobilisés, qu’ils soient locaux ou travailleurs des mines du Nord de la France envahies par les Allemands ou situées dans les zones de combat.

En 1918, une population hétéroclite travaille dans le bassin houiller cévenol. Les nombreux mineurs nord-africains constitueront désormais une fraction importante de la population étrangère du bassin. Les mineurs polonais sont regroupés à Saint-Jean de Valériscle, où une cité leur est dédiée avec une école polonaise créée en 1921 pour la scolarisation des enfants dans leur langue maternelle. Ils y resteront jusqu’en 1946.

En 1952, le bassin houiller cévenol emploie 19.371 ouvriers dont 77% de Français, 10% de Nord-africains, 5% d’Espagnols, 3% de Polonais et 3% d’Italiens.

2. Personnel de la mine

Les ingénieurs employés par les compagnies du bassin houiller cévenol sont majoritairement formés à l’Ecole des mines de Saint-Etienne. L’ingénieur est le seul représentant de la direction que côtoie le mineur. Il descend au fond journellement au fond de la mine pour organiser et diriger le travail st s’assurer de la sécurité.

Les agents de maîtrise (géomètre, dessinateur, comptable…) constituent 6% de l’effectif total ; ils exercent surtout des tâches de surveillance. Le géomètre dresse le plan de la mine donnant l’état des lieux et permettant de se repérer sur les chantiers.

Les maîtres-mineurs secondent l’ingénieur ; le plus souvent, ce sont d’anciens mineurs qui ont suivi une formation spécialisée.

Les mineurs de fond représentent 65 % de l’effectif total de la mine. En Cévennes, les couches de charbon sont souvent minces. Elles sont donc exploitées par des galeries assez basses dans lesquelles le charbon s’évacue fréquemment par trainage et, jusqu’au début du XXe siècle. Cette évacuation se fait à bras d’homme ou par traction animale. Le travail au font s’effectue par équipes de 6 à 10 mineurs. Différentes qualifications rendent compte du travail effectué. Le piqueur taille et abat le charbon ; il travaille à la main jusqu’en 1930, date à laquelle se généralise l’emploi du marteau-piqueur. Le travail du piqueur, particulièrement pénible et usant, s’effectue dans des positions souvent inconfortables ; le boiseur installe et entretient les soutènements qui empêchent l’effondrement des galeries ; le rouleur (25% des mineurs de fond) évacue le minerai abattu par le piqueur ; les ouvriers d’entretien, manœuvres et aides sont affectés aux tâches subsidiaires.

Les mineurs au jour représentent 25% de l’effectif total de la mine. Ils sont machinistes, mécaniciens, électriciens, lampistes ou placières (deux emplois souvent tenus par des femmes) ou gardiens…

Les placières travaillent sur le carreau ou dans les ateliers où elles trient, lavent, calibrent, conditionnent… le charbon. Elles sont généralement employées entre 12 et 20 ans ou, avec leurs enfants, lorsqu’elles sont veuves de mineurs. De 1904 à 1913, les femmes et jeunes filles comptent pour 16% des embauches dans le bassin minier cévenol. Les trois quarts sont âgées de 13 ou 14 ans. Les salaires féminins sont encore plus faibles que les salaires masculins. En 1909, les femmes et jeunes filles ne touchent que 70% du salaire versé aux adolescents apprentis au fond.

3. Travail des enfants à la mine

Avant 1914, les mines du bassin houiller cévenol emploient de très nombreux jeunes garçons et filles. Les jeunes de 12 à 16 ans constituent 6% du personnel des mines et ceux de 16 à 18 ans en constituent 7%. Les dirigeants considèrent que les enfants doivent être très tôt employés au travail à la mine afin de ne pas être rebutés par la pénibilité des tâches à accomplir. De plus, les enfants, plus dociles que les adultes, sont plus faciles à soumettre.

Les enfants travaillent d’abord au jour, au triage du charbon évacué de la mine. A 16 ans (souvent même avant), les garçons descendent au fond avec le statut d’apprentis ; ils sont affectés au roulage des wagonnets ou au trainage des paniers montés sur patins ; ils sont aussi manœuvres, aide-boiseurs et parfois aide-piqueurs. L’expérience acquise, ils deviennent des mineurs de fond. Après de longues années de travail, certains jeunes hommes peuvent suivre les cours de l’Ecole des maîtres-mineurs, créée à Alès en 1841, dont les archives attestent que nombre de ses élèves ont commencé à travailler à la mine à l’âge de 9 ou 10 ans.

4. Mouvements sociaux dans les mines cévenoles

Au XIXe siècle, la journée de travail du mineur dure douze voire quatorze heures. Les mineurs payés à la tâche perçoivent de très faibles rémunérations. Les conditions de travail sont rendues pénibles par les eaux d’infiltration et la poussière saturant les galeries où les effondrements et les coups de grisou sont fréquents.

A compter de 1840, les compagnies minières du bassin cévenol recrutent hors du bassin, en Ardèche et en Lozère essentiellement, une main d’œuvre plus docile. Déracinée, logée dans des casernements insalubres, faiblement rémunérée, elle se soumet à l’ordre et la discipline prônés par la Compagnie. 1848 et la proclamation de la IIe République voient l’explosion des mouvements ouvriers en France. La crise économique entraîne un chômage massif qui atteint le bassin houiller cévenol. De 1851 à 1870, le Second Empire est l’époque du capitalisme conquérant. Malgré un encadrement moral et politique serré, des grèves éclatent régulièrement dans les mines du bassin d’Alès, porteuses de revendications sur le relèvement des salaires, la réduction de la durée de la journée de travail, la fermeture des magasins de vivres de la Compagnie et le renvoi de certains cadres. Les compagnies minières en appellent à la gendarmerie, à l’armée, à la Justice, au livret ouvrier… Sévèrement réprimées, les grèves n’aboutissent pas à la satisfaction des revendications. Les meneurs sont licenciés et/ou arrêtés. Malgré tout, le mouvement syndical s’affirme peu à peu tandis que le socialisme se réorganise et retrouve ses assises.

Les crises que traversent la filière charbon dans les années 1890 et 1900, notamment du fait de la concurrence des charbons étrangers, amènent à réduire les salaires, le temps de travail et même les effectifs. Ainsi, de 1890 à 1913, le nombre de mineurs employés à Portes, Trélys, Cessous (Le Martinet) et Lalle (Bessèges) diminue de 30% tandis que la production régresse de 2,1 millions de tonnes en 1891 à 1,8 million en 1904. Défavorisées par le coût du transport, les mines de charbon du Gard ne comptent que pour 8% de la production nationale en 1890 et 5% en 1910.

Dans tout le bassin, les travailleurs revendiquent des améliorations dans les conditions de travail et la sécurité par de nombreuses grèves. Entre 1902 et 1911, l’échec des grèves, la répression patronale, la division des militants ouvriers, l’instabilité des syndicats, et la création des « syndicats-maison par les compagnies minières entravent le mouvement ouvrier dans le bassin houiller cévenol. Toutefois, en 1905, la durée légale de la journée de travail est ramenée à 8 heures pour les mineurs. A compter de 1909, les mineurs sont rémunérés à l’heure. En 1910, le Code du Travail est voté. 1914 voit la première grève de mineurs victorieuse. Le droit à la retraite est reconnu. Les mineurs obtiennent aussi le licenciement de travailleurs étrangers perçus et/ou utilisés comme briseurs de grève. En 1919, les mineurs obtiennent une hausse substantielle des salaires.

En 1936, les grèves concernent tout le bassin houiller cévenol (au Martinet, au Puits Pisani, la mobilisation ouvrière débute dès février). Les compagnies négocient avec les mineurs et accordent les hausses de salaires et avantages matériels réclamés. L’action syndicale se poursuit dans la métallurgie jusqu’à la répression de fin 1938.

La proclamation de la guerre suspend les revendications ouvrières. Très vite, les Cévennes protestantes et le bassin houiller, bastion du militantisme ouvrier et fief du Parti communiste, résistent par principe au régime de Vichy et les mesures prises à l’encontre des ouvriers, des jeunes et des Juifs renforcent cette opposition. Les mineurs se mobilisent à travers les grèves qui perturbent la production industrielle en 1941 à Trélys, en 1942 à la Grand Combe, Bessèges et Molières où des arrestations ont lieu. En 1942, les syndicats sont interdits, ce qui n’empêche pas la relance du mouvement syndical. Avec l’occupation de la zone sud, les entreprises minières gardoises bénéficient des achats allemands. D’ailleurs, en 1943, 60% de l’économie gardoise travaille pour le Reich. Début 1943, le recrutement des Mouvements de la Résistance s’étend au bassin houiller. Les mineurs participent aux attaques contre l’occupant et le régime de Vichy. Ils subissent, eux-aussi, la répression sanglante du régime de Vichy et de la Milice.

En juillet 1944, la grève générale des mineurs d’Alès, du bassin de la Grand combe, de Molières… paralyse la production. Violemment réprimée par les Allemands et la Milice, elle perturbe le repliement allemand après le débarquement des Alliés en Provence. En 1946, en contre partie des efforts de production abondante de charbon qui leur sont demandés, les travailleurs obtiennent le Statut du mineur garantissant leur salaire, leurs conditions de travail et la protection sociale de leur famille. Les profondes mutations qui transforment l’espace gardois à compter de 1950 s’accompagnent de la disparition progressive de l’extraction de charbon en Cévennes, malgré les luttes entreprises par les mineurs pour sauver leur outil de travail. Le bassin houiller cévenol se vide de l’essentiel de sa population active qui part vers des reconversions professionnelles plus ou moins faciles.

L’extraction du charbon s’arrête à Saint-Jean de Valériscle en 1953, au Martinet en 1959 et à Saint-Florent sur Auzonnet en 1973. L’exploitation se poursuit quelques temps encore à la Grand Combe et à Portes, avant de s’interrompre là-aussi.

5. Santé des mineurs et de leur famille

En 1848, les conditions de vie dans les villes minières sont très difficiles. La population du bassin houiller cévenol est dans un piètre état de santé. Le taux de mortalité infantile (décès d’enfants de moins de 5 ans) y atteint 252 pour 1.000 alors que la moyenne nationale est de 167 pour mille en France. L’espérance de vie du mineur voisine les 40 ans.

En 1914, 65% des mineurs cévenols meurent avant 55 ans et 20% avant 35 ans. Il faut attendre 1960 pour voir les accidents du travail se raréfier.

Silicose et pneumoconiose du mineur de charbon rassemblent les affections engendrées par l’inhalation de poussières minérales contenant du dioxyde de silice. La silicose proprement dite correspond à l’exposition aux poussières de silice pure ; la pneumoconiose du mineur de charbon résulte de l’inhalation de poussières mixtes (charbon et silice en proportions variables). Le développement de la maladie connait deux phases : une phase d’alvéolite après capture des particules minérales et une phase plus tardive de fibrose. En fonction de l’intensité de l’exposition et du profil évolutif propre à chaque individu, la pneumoconiose évolue d’une forme nodulaire simple à la fibrose massive progressive. Les complications possibles des pneumoconioses sont infectieuses, cardiaques ou dégénératives (emphysème, fibrose associée). Il n’existe pas de traitement spécifique des pneumoconioses. La prévention primaire reste le meilleur traitement. La surveillance des sujets à risque est fondamentale pour permettre une reconnaissance précoce de la maladie et une réparation du dommage subi dans le cadre des maladies professionnelles.

La poussière est inhalée lors du creusement dans la roche des travers-bancs (galeries reliant le puits aux chantiers d’abattage du charbon). La mécanisation de l’abattage aggrave cette nuisance puisque les machines (marteaux-perforateurs et marteaux-piqueurs) produisent beaucoup plus de poussières que les outils à main. Jusqu’à la Loi du 2 août 1945, les compagnies minières ne reconnaissent pas la silicose comme maladie professionnelle du mineur.

En 1898, la Loi fait progresser la réparation des accidents du travail à la mine. Généralement, la Compagnie offre au mineur blessé un emploi moins pénible et elle embauche les veuves et orphelins de mineurs décédés d’un accident de travail. En 1879 et 1880, 34 mineurs meurent suite à des accidents du travail dans le Bassin houiller cévenol.

6. Conditions de vie des mineurs

Au XIXe siècle, la révolution industrielle entraîne la concentration de populations souvent étrangères dans les bassins miniers où elles sont contraintes de s’installer. Ces ouvriers doivent être rapidement logés à proximité de leur lieu de travail. Les logements sont d’autant plus difficiles à trouver que prévaut, en cette première moitié du XIXe siècle, une véritable pénurie de logements en France. Les ouvriers recrutés hors du bassin minier vivent donc dans des conditions déplorables.

Durablement marqués par les théories de Saint-Simon, la plupart des capitaines d’industrie mènent une politique « paternaliste » envers leur main-d’œuvre visant à prendre en charge chaque instant de la vie de l’ouvrier, pour assurer son bien-être, mais surtout pour mieux le contrôler. Le saint-simonisme rêve d’un « nouveau christianisme » dont les fondements seraient la science et l’industrie, et l’objectif la plus haute productivité. Par ailleurs, des utopistes imaginent les ouvriers vivant et travaillant en coopérative.

Pour remplacer dans l’urgence les baraquements érigés spontanément par les nouveaux arrivants pour se loger, la compagnie apporte la solution de la « caserne ». C’est un bâtiment en longueur, à deux ou trois niveaux construit à proximité des puits d’extraction, souvent en rase campagne. Les logements d’une pièce sont desservis par des couloirs et des escaliers communs. Bien que cette solution soit peu coûteuse, facile à réaliser et qu’elle permette une surveillance aisée, la caserne comme tout immeuble comportant des espaces collectifs où les ouvriers peuvent se rencontrer, se réunir…, est un « foyer d’immoralité » aux yeux du paternalisme patronal. La Compagnie ouvre des magasins où s’approvisionnent les mineurs. Devenus plus tard des économats, ils feront partie des cibles des revendications syndicales à cause de l’inféodation à l’employeur qu’ils créent et seront interdits en 1910.

A partir de 1860, à la « caserne », la Compagnie préfère la maison individuelle, où l’ouvrier vit en famille et où le jardin potager ne joue pas seulement un rôle économique. Cette maison individuelle s’insère dans une cité ouvrière créée de toute pièce. Le logement accède directement à l’espace extérieur public. D’un seul niveau, il comprend deux pièces. Les critères d’attribution des logements, basés sur la valeur de l’ouvrier à l’atelier, font de ces habitations une récompense sociale.

Ces cités minières ne sont pas habitées par les seuls ouvriers mineurs. Elles logent aussi des cadres et des employés, d’où la diversité des types de maisons et de leur implantation dans la cité. En construisant les cités, la Compagnie veut attacher ses ouvriers au sol houiller en excitant chez eux le sentiment de l’épargne et l’amour de la propriété. Elle cède à ceux qui se distinguent par leur bonne conduite des parcelles de terrain… et leur avance de l’argent pour les aider à les aménager. L’ouvrier élevé à la condition de propriétaire devient économe et rangé ; il travaille avec courage et surtout, nouvel ami de l’ordre, il abandonne… les cabarets.

Rappelons les ravages causés par l’alcool parmi les ouvriers aux XIXe et XXe siècles. Ainsi, St-Jean de Valériscle, premier site d’extraction industrielle du charbon dans la haute vallée de l’Auzonnet compte 14 cafés en 1914 et un mineur peut boire 5 à 6 litres de vin par jour (de faible degré d’alcool, il est vrai !), plus de l’absinthe dont la consommation sera interdite en 1917.

Créer une cité ouvrière de qualité réduit considérablement le turnover de la main d’œuvre. Des investissements parfois considérables sont lancés, qui s’ajoutent à l’immobilisation de capitaux exigée par l’ouverture d’un puits de mine, par exemple, mais les compagnies amortissent la dépense grâce à la pratique de loyers suffisants pour rentabiliser l’investissement. En dehors des logements, les compagnies édifient également dans les cités des écoles, église, coopérative, cantine, salle des fêtes, complexe sportif, dispensaire médical, pharmacie…

Créer une cité ouvrière à proximité de son usine n’est donc pas simplement une œuvre philanthropique mais d’abord le fruit d’un calcul de rentabilité du travail. Elle permet en effet de garder à proximité du lieu de production une population réputée très mobile et ainsi de conserver le plus longtemps possible les bénéfices d’une main-d’œuvre qualifiée. Cette population est attirée par des logements confortables, mais aussi par de nouveaux équipements financés par le patron. C’est un moyen de contrôler la vie de l’ouvrier, en orientant totalement sa vie dans et hors de l’usine, du berceau jusqu’à la maison de retraite.

Au XXe siècle, les ouvriers voient de plus en plus mal un tel contrôle social. Les classes populaires aspirent à la propriété individuelle et à une amélioration de leur condition sociale, au-delà de leurs simples conditions sanitaires. Malgré le contrôle strict des dirigeants patronaux, une telle concentration de populations ouvrières permet, paradoxalement, une meilleure organisation syndicale des ouvriers dans la première moitié du XXe siècle. Ce sont ces mêmes ouvriers qui deviennent souvent les fers de lance des grandes grèves de 1936 en France. Les villages ouvriers constituent l’une des expressions les plus achevées de l’impact exercé par l’industrialisation sur l’organisation sociale en général, et sur la vie des hommes, des femmes et des enfants  en particulier. Ce type d’urbanisation va se prolonger jusque dans les années 1960, car la pénurie de logements sociaux s’aggrave après les destructions de la seconde guerre mondiale. Il n’en demeure pas moins qu’en France, les politiques immobilières patronales ont engendré dans l’ensemble un habitat ouvrier de qualité médiocre.

§

Sources écrites :

  • Le Gard de la Préhistoire à nos jours, sous la direction de Raymond HUARD – Editions Jean-Michel Bordessoules, Saint-Jean d’Angély 2003
  • Les mines des Cévennes – Michel VINCENT – Terre cévenole – St-Hilaire de Brethmas,2006
  • Balade en sol mineur. Histoire des mines du bassin houiller d’Alès – Hubert RIVELAINE – Le Plein de sens Editions – Montpellier, 2003§

    Source : www.st-florent-passe-present.fr
    Rédaction  :  Edmée Fache

    Reblogué par : Mas de la Regordane
    Première publication : 09.02.2018
    Dernière mise à jour : 09.02.2018

 

Listing sociétés 30110 La Grand-Combe

LGCjaime.JPG
Listing des organismes bénéficiant du régime de la TVA
Cliquez sur le lien de l’entreprise pour obtenir son n° TVA

Num.

A / À

B

C

D

E / É / È

F

G

H

I

J

K

L

M

N

O

P

Q

R

S

T

U

V

W

X

Y

Z

§

Listing non encore classé alphabétiquement


Toutes les données de ce site proviennent exclusivement de l’open data de la base des sirenes

§

Source : tva-intra-gratuit.fr
Mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.01.2018
Dernière mise à jour : 01.02.2018

Garde dans les mines de charbon

Qui étaient les gardes des mines ? Un documentaire inédit leur est consacré

Le garde, c’était « les yeux et les oreilles de la mine ». Des personnages centraux du coron, mais dont le rôle ambigu a été, paradoxalement, très peu mis au jour. Eux consignaient toutes leurs activités. Grâce à ces archives, le documentaire « Sous l’œil des Houillères » propose un décryptage inédit du système de surveillance du bassin, le S.S.B.

« Sous l’œil des Houillères » a exhumé des archives du centre minier de Lewarde des documents inédits.

« Sous l’œil des Houillères » a exhumé des archives du centre minier de Lewarde des documents inédits.

Dans les corons, le garde des mines était une figure familière. Pourtant, il reste peu de témoignages sur le rôle, bien plus complexe et ambigu qu’il n’y paraissait, de ceux parfois appelés les « hommes en noir ».

Pour un documentaire qui sera diffusé sur France 3 le 6 novembre après Le Grand Soir 3, le réalisateur Richard Berthollet a examiné des centaines de pages des archives du centre minier de Lewarde. En une cinquantaine de minutes, le réalisateur distille des images rares de ces agents qui se «  tenaient soigneusement à l’écart des caméras et des appareils photos  », des témoignages, de Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle aux gardes eux-mêmes.

https://player.vimeo.com/video/235353890Teaser du documentaire « Sous l’oeil des Houillères »
from Pictanovo on Vimeo.

Le point de départ ? La bible des gardes

«  Ce documentaire, c’est une histoire qui a commencé il y a dix ans.  » À l’occasion d’un film qu’il réalise sur le Racing-club de Lens, le journaliste se plonge une première fois dans les archives des Houillières. «  Dans une boîte, au hasard, je tombe sur un mémento  ». C’est ce qui donnera corps à ce projet de documentaire. «  Ce premier document, c’est une «bible» du S.S.B. intitulée « Mémento » à l’adresse du personnel du Service de Surveillance du Bassin qui explique, sur une centaine de pages, ses missions et son mode de fonctionnement. Et, parfait contre-point, nous avons également trouvé des trombinoscopes de gardes accompagnés de centaines de procès-verbaux de surveillance couvrant la période du début des années cinquante à la fin des années soixante-dix. Complémentaires, ces documents dessinent les contours idéologiques et opérationnels du SSB.  » Au fil des boîtes rigoureusement classées et conservées par les archives de Lewarde, le pourquoi et le comment de la surveillance se dessine.

Une histoire inédite

«  Je connaissais le garde, mais pas le côté systématique.  » Richard Berthollet, épaulé par l’historienne Marion Fontaine, explore un pan peu connu et rarement traité de l’histoire des mines. «  Il n’existe pas de livre exclusivement dédié à ce sujet.  » Le documentaire fini, c’est «  une immense fierté, d’habitude, on s’aide des livres d’histoire. Là on a fait le boulot avant.  »

«  Il a aussi fallu comprendre qu’est-ce qui a radicalisé l’État.  »

Le documentaire nous entraîne du XIXe siècle – quand les compagnies minières privées font régner leur ordre – jusqu’à la nationalisation.

Alors que les mineurs pensent que la mine va « leur revenir », la surveillance empire et devient un système sous l’effet conjugué des grèves de 1948 et de la guerre froide. Puis s’invitent dans le documentaire et dans les corons les « événements d’Algérie » avant la fermeture des derniers puits qui marque l’extinction du SSB. L’histoire du bassin minier vue sous un jour inédit.

Pour le voir en avant-première ou à la télévision

Le documentaire « Sous l’œil des Houillères » sera diffusé à deux reprises.

Dans un premier temps, une avant-première de ce documentaire de Marion Fontaine et Richard Berthollet est organisée mercredi 11 octobre, à 20 heures au Leaud (Arenberg Creative Mine), sur le site minier de Wallers-Arenberg (rue Michel-Rondet à Wallers-Arenberg). Seront présents Richard Berthollet, réalisateur,

Marion Fontaine, co-auteure, Amy Benadiba, directrice-conservatrice du Centre historique minier de Leward notamment avec qui un échange est organisé à l’issue de la projection.

Réservation indispensable à diffusion@exquise.org ou au 03 20 43 24 32.

Le documentaire sera ensuite diffusé sur France 3, le 6 novembre, après Le Grand Soir 3, vers 23 heures.

Un portrait en clair-obscur

Le garde des mines contrôle la propreté du trottoir après la livraison du charbon, arrange les conflits de voisinage, connaît le prénom de tous les enfants de la famille et peut aussi ramener par l’oreille celui qui dérape… Le garde, agent de « proximité » avant l’heure, est alors aussi un agent de surveillance. Il possède des fiches sur chaque foyer, exerce une surveillance politique et syndicale, comme le raconte le documentaire. Un mauvais rapport du garde, et la demande de logement redescend en bas de la pile. Un bon rapport (contre un tuyau sur un voisin) et on gagne « les faveurs » des Houillères.

Nostalgie

Le portrait brossé révèle un rôle sombre («  entre milices et barbouzes  », dit le documentaire) et qui évolue au fil du temps. Les gendarmes reconvertis en garde des mines laisseront ensuite la place à d’anciens porions. D’anciens gardiens témoignent, racontent certaines dérives mais parlent d’une époque heureuse où régnaient l’ordre et le travail. La nostalgie du temps de la mine n’est jamais loin.

«  Dans ce cas, les personnes regrettent un rapport humain, c’est paradoxal, en direct avec le propriétaire  », rapporte Richard Berthollet, le réalisateur, quand le garde portait leurs voix auprès de la compagnie des mines. Le garde, un personnage plus complexe qu’il n’y paraît au fil du temps, entre la «  fonction d’îlotage  », de proximité rappelée par Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, et la menace sur «  les libertés individuelles » que décrit un autre témoin… «  C’est tout ça qui donne à cette nostalgie une certaine ambiguïté que le film tente d’expliciter  », reprend le réalisateur.

P.Drouet

§

Par Pauline Drouet | 

Blogué par : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 25.01.2018
Dernière Mise à Jour : 25.01.2018

Inde 2017 : explosion d’une centrale à charbon

Explosion dans une centrale au charbon en Inde :
16 morts et de nombreux blessés

 

Explosion dans une centrale au charbon en Inde: 16 morts et de nombreux blessés

Au moins dix personnes ont été tuées et des dizaines blessées mercredi dans une explosion qui s’est produite dans une centrale électrique au charbon dans le nord de l’Inde, a annoncé la police, craignant une aggravation de ce bilan.

[Octobre 2017] Au moins seize personnes ont été tuées et des dizaines blessées mercredi dans une explosion qui s’est produite dans une centrale électrique au charbon dans le nord de l’Inde, a annoncé la police.

L’explosion s’est produite dans une centrale située dans le district de Raebareli dans l’Etat de l’Uttar Pradesh et gérée par une compagnie publique, la National Thermal Power Corporation (NTPC).

L’explosion a fait 16 morts, selon un bilan communiqué mercredi soir par la police de l’Uttar Pradesh sur son compte Twitter.

Une centaine de personnes ont été blessées, selon un haut responsable de l’Uttar Pradesh, Arvind Kumar, cité par l’agence Press Trust of India (PTI).

Selon Anand Kumar, directeur général de la police de Lucknow, capitale de l’Uttar Pradesh, une enquête préliminaire a montré que de la cendre s’était accumulée dans le fourneau sous la chaudière de la centrale, provoquant l’explosion.
« Un bruit soudain anormal »

En raison de l’accumulation de la cendre, « la pression a augmenté à l’intérieur, provoquant l’explosion », a-t-il déclaré sur une vidéo diffusée sur YouTube.

La compagnie qui gère la centrale a indiqué qu’il y a eu « un bruit soudain anormal » dans l’une des unités de la centrale. « Une enquête a été ouverte par la direction de NTPC pour déterminer les causes de l’accident », a déclaré l’opérateur public dans un communiqué publié mercredi soir.

Le chef du gouvernement de l’Uttar Pradesh Yogi Adityanath a offert une compensation de 200.000 roupies (3.096 dollars) à chaque famille des employés tués.

Des images diffusées après l’accident montraient d’épaisses volutes de fumée grise dans le ciel ainsi que des ambulances affluant sur le lieu du drame.
13 morts lors d’un mariage

Les accidents touchent fréquemment les infrastructures énergétiques en Inde, en raison notamment d’une maintenance défectueuse et d’un manque de moyens financiers dans les zones rurales.

Mardi, au moins 13 personnes ont péri dans l’explosion d’un transformateur lors d’un mariage au Rajasthan, dans l’ouest du pays.

Près de 10.000 personnes sont mortes par électrocution en Inde en 2015, selon les dernières statistiques officielles disponibles.

§

Commentaire GD:

En France, en plus de 200 ans d’exploitation, il n’y a jamais eu d’explosions de centrales à charbon (on ne parle pas de gaz « grisou » qui est un autre problème), pour la bonne raison que l’ingénierie du charbon a toujours fait appel aux meilleurs ingénieurs du moment (École Polytechnique, Centrale, Pont et Chaussée, Écoles des mines de Paris, d’Alès ou de Saint Étienne…)
et qu’aussi bien la direction que le syndicats ont veillé à ce que les règles de sécurité soient appliquées sans faille.

Si l’on avait dû mettre hors service les centrales du Fesc à La Grand-Combe ou la puissante Émile Huchet, des H.B.L., la France n’aurait pas produit assez d’énergie pour faire fonctionner les mines et donc toutes les autres industries qui ont longtemps « fonctionné » au charbon : aciéries, usines de fabrication de ciment…etc.)

L’arrêt de la production de charbon en France, ne fut pas une stupidité, mais un crime contre la souveraineté énergétique de notre pays, délit commis pas des gouvernements que l’on peut qualifier à minima d’irresponsables, pour ne pas dire plus.

§

Source : RTL.be
Publié le 01 novembre 2017 à 16h04

Blogué par : Mas de la Regordane.fr / GD
Première Publication : 22.01.2018
Dernière mise à jour : 22.01.2018

Les Placières des mines de La Grand-Combe

I / Dame Noire, honneur aux Placières*

*Femmes employées au tri du charbon à la sortie du puits de mine, afin de séparer le charbon de la pierre.

II / Article de l’A.P.P.H.I.M. sur les Cafus (ou Placières).

Les femmes descendaient au fond aux débuts de la mine. Après l’interdiction législative du fond pour les femmes, elles furent occupées au jour pour divers travaux dont celui de trieuses. On les appelaient cafus ou mahus (Mines de Liévin) . Elles doivent ce nom à l’étoffe qui entoure leur coiffe. Cette étoffe est destinée à protéger des poussières et à maintenir la coiffure ; [à La Grand-Combe, on dit placières, parce que, des heures durant, elles plaçaient et déplaçaient le charbon et les pierres dans leurs bennes respectives. NdE]

trieuse8

Le triage est l’action de séparation des charbons des terres stériles. C’était un métier éprouvant sans cesse debout avec la cadence infernale du convoyeur à bande. Le bruit, les poussières, les mains abîmées sont les effets de ce travail. En plein été, la chaleur les faisait suffoquer et en hiver leurs mains étaient gelées par le froid. Il ne faut pas oublier tout ce que les trieuses retrouvaient au milieu des charbons notamment les déjections fécales des mineurs ayant fait leurs besoins dans les berlines au fond.

trieuse3

trieuse7

Le travail était tellement poussiéreux que les trieuses ressortaient aussi noires que les mineurs de fond. Les mineurs les surnommaient  » les culs à gaillettes « , leur derrière étant tout noir à force de s’essuyer les mains dessus.

Elles étaient sous la responsabilité d’un porion au jour qui ne les ménageait pas…

trieuse1

trieuse4

Les trieuses disparurent des carreaux miniers avec la création des criblages-lavoirs automatisés. Ils permettaient de récupérer la moindre particule de charbon, ce qui n’était pas le cas des trieuses qui laissaient passer beaucoup de « fines ». Certains terrils ont d’ailleurs été relavés dans les dernières années pour récupérer le précieux minerai.

III / Toutes jeunes de 15 à 20 ans, chanson des Placières

et une dernière pour la route … du charbon :

IV / Complainte pour une Trieuse

V / L’épopée des gueules noires, 
femmes et enfants au fond des mines.

http://fr.coal-stock.eu/l-épopée-des-gueules-noires-femmes-et-enfants-au-fond-des-mines.html

VI / Honneur aux Placières par le premier magistrat de la Grand-Combe

§

License vidéo : License Youtube Standard

Vidéos ajoutées le 20/29 décembre 2010,

soit, 4 Titres originaux par : Marc Laforêt
I / Dame Noire, honneur aux Placières.
III / Toutes jeunes de 15 à 20 ans, chanson des Placières
IV / Complainte pour une Trieuse.
VI / Honneur aux Placières, par le maire de La Grand-Combe

II/ Source photos et article : APPHIM
« Mineur de fond, le mineur, son métier, sa vie. »
Visitez leur site, il est très riche et passionnant.
Photos : CdF (Charbonnages de France 1946-2007)

V/ L’épopée des gueules noires, femmes et enfants au fond des mines.
Vidéo de 2’33 » par : Création Vidéo, Gilles Dufour.
Source : fr.coal-stock.eu
Publié : Février 2017

Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 05.01.2018
Dernière mise à jour : 30.01.2018

Mai 1948, La Grand-Combe, les mineurs fidèles à leur Foi

LGCdessinEglise
L’école et le monopole

… Le 9 Octobre, Pie XII meurt, d’une mort mystérieuse après une mystérieuse maladie qui dura quatre ans. Avec lui allait disparaître l’intangibilité de la doctrine, la sécurité de la foi, la continuité de la Tradition, la solidité des colonnes de l’Église.

Le cardinal Tisserand, un français, grand savant, et grand libéral, va régner sur le Vatican pendant trois semaines.

Un nom circule déjà, Montini, mais il n’est pas cardinal, il lui faudra attendre. Le parti moderniste du Sacré Collège va pousser un candidat de transition très âgé qui va lui préparer la place, il faudra onze tours de scrutin pou réduire l’opposition qui mettait ses espoirs en des hommes de Tradition, les cardinaux Ottaviani et Siri. Le 28 Octobre, le cardinal Roncalli est élu, ce sera Jean XXIII. Une grande brèche est ouverte dans l’Eglise.

En France, pouvoir temporel et pouvoir spirituel vont accélérer la vitesse de désagrégation de la conscience, de la charité, de l’honneur, de la foi. Pouvoir temporel et pouvoir spirituel vont collaborer pour mater les sursauts populaires de saine conservation, regain d’un bon christianisme ancestral.

Un exemple, d’une actualité brûlante : l’école catholique, la grande ennemie et la grande victime de la Révolution.

Dans la misère depuis le début du siècle, elle est particulièrement éprouvée depuis 1945 et 1947 par le « plan Langevin-Wallon »(1), plan marxiste « de changement de la société ». Parents et enseignants poussés à bout par l’injustice et la menace d’abrogation de la loi Barangé, manifestent à Paris en Avril 1958 sous la quatrième République en décomposition. Le vélodrome d’hiver ne put contenir les dizaines de milliers de parents. Les responsables des associations, les orateurs ne ménageaient pas l’ardeur de leurs harangues. Le clergé de Paris était représenté, fait exceptionnel, la hiérarchie encourageait. La vigueur des propos du cardinal Feltin aiguillonnait cette foule bien décidée à obtenir justice des pouvoirs publics.

Vint Mai 1958, puis l’apostasie de septembre et la pression d’un pouvoir autocrate. Rien n’avait changé à l’échelon local dans l’esprit des défenseurs des écoles ; les A.P.E.L. au printemps 1959, veulent sauver les écoles régies par la loi Barangé qui n’est qu’une duperie. Elles reprennent leur combat pour la justice scolaire. Si la base a conservé sa vigueur, la tête a faibli. A l’occasion de leur congrès national à Caen les 8, 9 et 10 mai 1959, les A.P.E.L. par un grand meeting le 10 mai dans la capitale de Basse Normandie veulent montrer au gouvernement leur détermination d’obtenir satisfaction.

Il faut ici faire une pose et regarder en arrière avant de nous pencher sur ce congrès de Caen.

Aujourd’hui en 1984, malgré le sursaut populaire manifesté à Nantes, Bordeaux, Rennes, Lyon, Lille, Versailles pour la défense d’une école libre, dévoyée, il est difficile après 25 ans ou 35 ans, de bien comprendre ce qui s’est passé en 1959, en 1951.

Il faut au moins remonter au lendemain de la Libération et connaître les événements survenus à partir de 1946.

La guerre scolaire qui couve depuis 100 ans a été rallumée par le Parlement français par la loi du 17 mai 1946, nationalisant les Houillères du centre et du midi de la France. Les compagnies privées des Houillères, dans le midi comme en Lorraine et dans le Nord, avaient fondé et entretenaient des écoles catholiques gratuites pour leurs ouvriers. A la rentrée scolaire d’Octobre 1946, les mineurs comme par le passé, choisirent librement leur école. Mais le 30 novembre 1946, le Comité provisoire de gestion des Houillères, aux mains des communistes, informait par écrit les directeurs des écoles catholiques du bassin des Cévennes qu’elles seraient laïcisées à la date du 1er janvier 1947.

En conséquence, 103 maîtres et maîtresses seraient à cette date congédiés.

Théoriquement, c’est l’État qui est devenu patron, mais la C.G.T. commande. 1500 chefs de famille sont concernés, ingénieurs, contre-maîtres, ouvriers de fond. Presque tous cégétistes. C’est le seul syndicat, hormis une C.F.T.C. embryonnaire. Cégétistes ces mineurs ? pour défendre leur profession, peut-être ! Mais pour sauvegarder leurs enfants, il n’y a plus de C.G.T. qui compte ! Ils pensent sainement, immédiatement ils réagissent : « On ne nationalise par nos enfants comme du charbon. » Une A.P.E.L. est créée. La C.G.T. menace, mais la rentrée scolaire de Janvier 1947 s’effectue comme par le passé. L’A.P.E.L. tient plusieurs réunions publiques et coordonne les protestations.

En février, à Paris, une délégation de mineurs est reçue par P.H. Teitgen vice-président du Conseil, ce député démocrate chrétien, qui l’année précédente se vantait d’avoir fait mieux que Robespierre. Ce moderne ministre de la terreur dit aux mineurs : « Acceptez la laïcisation en exigeant qu’on vous laisse vos maîtres non congréganistes. » Ils refusèrent net ce honteux marché.

En Mars, le conflit s’étend aux bassins houillers de la Loire, d’Aquitaine, de Provence.

En Mai, les organisations anti-religieuses et maçonniques se mobilisent pour influencer le gouvernement du socialiste Ramadier. La laïcisation est décidée par le ministre de l’Education Nationale pour la rentrée d’octobre, mais à la veille de l’inventaire des locaux scolaires en juillet, les familles des mineurs occupent les écoles.

La rentrée se fait avec les maîtres religieux et laïcs non rétribués. Il faut trouver des millions, subir des procès, en engager d’autres. Le problème dramatique de l’enseignement catholique est né là et ne fera que se compliquer depuis quarante ans parce que la seule solution : le bon scolaire attribué à la famille pour le choix dans le respect et la justice, comme en Belgique ou d’autres pays, les parlementaires démocrates, de la gauche à la droite, n’en veulent pas.

Et dans tout cela, où est la hiérarchie catholique ? Absente, muette, inexistante !

Le 15 mai 1948, après trois jours de discussions, l’Assemblée Nationale adopte le projet socialiste de laïcisation des écoles des houillères, par 297 voix contre 270.

Le 21 mai, les mineurs de « La Grand’Combe » dans le Gard, protestent contre « la loi scélérate » et jurent que pas un enfant ne sera obligé d’aller à l’école laïque. Ils s’affirment disposés à tous les sacrifices, « y compris celui du sang ».

Le président de l’A.E.P. (Association Education Populaire) conduit à Rome une délégation de mineurs reçue par Pie XII.

La résistance aux assauts du préfet, des commissaires, des C.R.S. dura des mois. Les condamnations des tribunaux ne firent qu’exaspérer les catholiques. Trois équipes de mineurs parcourent la France, ces orateurs improvisés soulèvent l’enthousiasme à Paris, en Bretagne, en Vendée, en Lorraine, dans le Nord, surtout dans les milieux populaires restés plus chrétiens. Les A.P.E.L. de toutes régions remirent à tous les préfets une motion de solidarité à l’égard des mineurs.

Les A.P.E.L. et les amicales se préparent à envoyer des délégations de soutien à la « Grand’Combe » le 23 Avril 1949. Le gouvernement (c’était le septième depuis trois ans) recula encore. Le grand rassemblement eut lieu. Tous les journaux de France y avaient leurs envoyés spéciaux avec les reporters de Pathé-journal et toute la France lut, vit et entendit comment avec le Frère Marcel, directeur de l’école de la Grand’Combe, les mineurs défendirent la Foi au chant du Magnificat et du cantique : « Nous voulons Dieu dans nos écoles. »

C’est ce courant populaire dû aux laïcs avec quelques frères des Écoles Chrétiennes et quelques sœurs de Saint Vincent de Paul, qui contraignit les parlementaires à faire quelque chose pour calmer l’agitation. Ce fut la misérable loi Barangé.

A chacun des chapitres de notre étude, nous posons la question : que font les évêques ? Où sont les évêques ? Nous sommes obligés de constater que s’ils ne sont pas là, c’est de l’autre côté de la barricade que nous les apercevons. Defensor Civitatis, défenseur de la Cité, tel fut le beau titre donné à maints nobles évêques au cours des âges, à la tête de leurs ouailles, parfois même de leurs troupes, pour défendre la foi contre les barbares de toutes espèces. Souvenons-nous de Saint Émilien, cet évêque de Nantes, mort à la tête de ses soldats en Bourgogne !

A la recherche des causes de la désagrégation de l’Église et de la perte de la foi nous trouvons la désertion et la responsabilité des évêques d’hier et d’aujourd’hui.

Quelle est cette loi Barangé ? Elle porte le nom du député MRP – donc libéral – du Maine et Loire, qui en est l’auteur et fit adopter son projet par le Parlement en 1951 afin de calmer la colère des parents. Elle consistait à octroyer une allocation de 4 000 francs anciens par élève et par an. « Une misérable aumône qui n’aurait jamais dû être acceptée car elle a permis de faire oublier les revendications légitimes que les catholiques n’auraient jamais dû cessé de faire valoir jusqu’à complète satisfaction. » a écrit Pierre Lemaire.

Cette escroquerie est l’œuvre des politiciens libéraux ayant trahi leurs électeurs catholiques. Ce mauvais coup a ses origines dans un « plan d’ensemble d’éducation et d’enseignement national » élaboré dans la clandestinité pendant l’occupation. Plan où l’enseignement privé ne devait plus avoir place, revanche espérée des sectaires contre l’école catholique à laquelle le gouvernement du Maréchal Pétain avait rendu ses droits et sa mission dans le pays, ce qui n’était qu’un minimum de justice.

On trouve la substance de ce plan dans les « Chroniques de la Résistance », publiées après la Libération en 1945 par Maxime Blocq-Mascart (2), membre du Conseil National de la Résistance.

Tous les projets de lois scolaires proposés au Parlement et voté par celui-ci depuis 1945 sont issus de ce plan maçonnique.

LgcmanifLaique29051949
Photo : 28.05.1948 manifestation laïque à La Grand-Combe.

Un grand rassemblement de parents, suscité par le vaillant défenseur de l’école catholique Mgr Cazaux, évêque de Luçon, attira en avril 1950 plus de 100 000 personnes à Saint Laurent-sur-Sèvres. Il y fut décidée la suspension du paiement des impôts pendant 4 mois ; des saisies ne découragèrent pas les protestataires. Le gouvernement recula, mettant un frein à la réalisation des propositions de loi tendant à l’exécution complète du Plan. Quoique des députés catholiques libéraux se soient faits complices de ce forfait.

Il faut savoir, pour saisir et comprendre le ridicule et l’impudence de cette loi Barangé, que l’allocation de 4 000 francs anciens [40 Nf, 6 € ! NdE] par élève était également octroyée à l’enseignement public dont les maîtres sont payés par l’État et les bâtiments entretenus aux frais des communes. En outre, la loi ne s’appliquait qu’aux élèves de 6 à 14 ans, maternelle et secondaire étant exclus.

C’est donc au début de ce retour de la guerre scolaire, que l’ensemble de la hiérarchie catholique aurait dû remettre les principes d’existence de l’école sur son vrai terrain, son seul terrain : les droits de Dieu sur les créatures et les droits de l’Église à les enseigner.

Qu’aucun député catholique n’ait eu la fierté de réclamer la justice en faveur de l’école catholique au nom des droits de N.S.J.C. sur les sociétés et l’éducation, qu’il ait fallu un biais en invoquant les seules difficultés matérielles pour obtenir une libéralité, c’est la preuve du manque de liberté et de foi, une preuve de l’impuissance du législateur lié au système, soumis aux pressions, contraint par le « Plan ». Pour en authentifier l’existence en voici une manifestation. Le compte rendu officiel du Convent de 1952 du Grand Orient de France accordant une place extrêmement importante au problème de l’école avec le programme qu’il présente :

« Désarmer entièrement pour éduquer entièrement… Vouloir la réforme de notre enseignement donc être laïque, mais la vouloir financièrement… Il ne doit y avoir une seule école nationale… En attendant la grande revanche que nous devons préparer vigoureusement et obtenir, nous devons maintenir le principe de la nationalisation de l’enseignement avec, comme conséquence, la suppression des écoles privées confessionnelles, la nation prenant en charge tout l’enseignement entièrement laïcisé. »

Les effets inopérants de cette loi ramènent vite le mécontentement. En 1956, l’abrogation de cette malheureuse loi est demandée. Elle sert de prétexte à la présentation par le Gouvernement d’un projet dit « Concordat Scolaire », il reconnaîtrait des écoles dites agréées dont les professeurs seraient payés par l’État, mais elles seraient placées sous le contrôle de l’État.

On a constaté avec stupeur qu’un projet similaire est proposé aux parents par un dirigeant d’A.P.E.L, Monsieur Lizop à qui les parlementaires ont confié la direction d’un « Secrétariat d’Étude de l’Enseignement Libre ». La collusion est certaine entre certains prétendus défenseurs de l’école libre et certains centres maçonniques voués à la lutte contre l’école catholique. Une campagne d’intoxication dans ce sens se faisait en même temps auprès des A.P.E.L .

Pierre Lemaire, le défenseur de la famille, écrit en mai 1956 :

« Et l’on est obligé de déplorer que certains journalistes catholiques mènent des « négociations » qui sont pour le moins inquiétantes. Les conversations de Mgr Courbe (3) et M. Hernu, succédant à celles du cardinal Tisserand et de M. Mendès, et ces dernières à celles du cardinal Feltin avec André Marie et Berthouin, ne sont pas sans inquiéter vivement les observateurs. Elles les inquiètent même d’autant plus qu’elle s’accompagnent auprès des catholiques de consignes de silence et de passivité qui ne peuvent que favoriser le mauvais coup préparé par les sectaires laïcs aux ordres de la Franc-Maconnerie et du Parti Communiste, alliés une fois de plus dans une œuvre néfaste.

« Ainsi, d’une part, on « négocie » à propos d’une affaire où il n’y a pas de négociations possibles parce qu’il n’y a pas de compromis possible lorsqu’il s’agit d’un droit fondamental, et d’autre part, on évite le plus possible de mettre les catholiques et l’opinion publique générale au courant de la position exacte de la question et de la gravité de la menace. Et donc, de ce fait, on réalise les conditions nécessaires pour que les masses catholiques se trouvent absolument incapables de réagir quand l’attaque sera lancée.

« On évite de poser la question de l’École sur ses bases véritables et on laisse diffuser des opinions aux conséquences les plus dangereuses. Sait-on, en effet, que la fausse théorie prétendant que l’École Libre constitue un service public a permis de mettre au point un projet de nationalisation qui prévoit « la réquisition des locaux et… des maîtres » !… Le Pays tout entier ne devrait-il pas être informé de ce projet aussi criminel que scandaleux ? On laisse des groupements ou des personnalités à étiquettes chrétiennes prendre des positions contraires à l’École Libre, et cela sans jamais les condamner. On laisse la grande masse des catholiques dans l’ignorance du danger actuel et dans l’inaction alors que, mobilisée, elle représenterait une force véritablement invincible.

« Il y a donc dans ce silence et dans cette passivité une véritable trahison.

« M. Lizop, président national des A.P.E.L, devrait comprendre que, si légitimes que soient les intérêts des maîtres, il n’est pas possible dans l’état politique actuel de la France, de leur donner une situation comparable à celle des professeurs de l’État, que l’organisation d’un corps professoral national unique libre peut donner à l’État des moyens de pression qu’il n’aurait jamais sur une infinité de petits groupes de personnes ; enfin, que ce n’est pas la situation des maîtres qui prime, mais la subsistance d’une École Libre. Pas un seul maître libre, véritablement conscient de sa mission, ne contredira ce principe ; les sacrifices immenses acceptés par les maîtres libres le prouvent.

« Pour que l’École Libre subsiste et puisse remplir sa mission, elle doit avant tout sauvegarder absolument sa liberté.

« L’École Libre ne peut accepter aucun contrôle de la part de l’État à l’exception de ceux très réduits admis actuellement : titres selon la loi du 15 Mars 1850, règlements d’hygiène et de sécurité valables pour tout établissement public, contrôles fiscaux valables pour toute entreprise régulière.

« L’École Libre ne peut accepter de contrôle que des parents qui ont naturellement le droit de contrôler les personnes à qui ils confient l’éducation de leurs enfants. »(4)

Les troubles politiques ne permettent aucun règlement, l’agitation continue. Ce sera la réunion d’avril 1958 au Vélodrome d’hiver, puis le premier Congrès national des A.P.E.L à Caen en 1959. Mgr Cazaux espérant beaucoup de ce Congrès avait quelques jours avant adressé aux Vendéens un appel à la prière pour son succès.

« Cette prière, écrivait-il, m’apparaît d’autant plus nécessaire que la question scolaire se repose aujourd’hui avec un caractère renouvelé d’urgence et de gravité… La situation est telle que l’impatience et le mécontentement ont tendance à grandir rapidement et à gronder au cœur des enseignants comme des amis et usagers de l’École Libre… Ils ont conscience de rendre un grand service au pays et à l’État lui-même qui sans eux ne pourrait donner des classes et des maîtres à tous les écoliers de France… Les élèves du premier et deuxième degré de l’enseignement libre coûteraient à l’État plus de 80 milliards [d’Anciens Francs, 80 millions de NF. Nde]… N’ont-ils pas dès lors le droit de répéter ce que le grand Cardinal Mercier disait au gouvernement de son pays : « Nous ne demandons pas que l’État nous paie nos écoles, mais qu’il nous rembourse les économies que nous lui faisons réaliser ».

[LA Trahison]

Le 10 mai 1959, les parents attendaient beaucoup de cette démonstration. Cars et trains spéciaux avaient déversé à Caen sur un immense parc agricole plus de 80 000 personnes. Au cours de la messe dite sur un grand podium en présence d’une douzaine d’évêques, l’homélie de l’un d’eux fit l’effet d’une douche froide sur cette assistance qui s’était déplacée de toutes les régions de France pour recevoir des directives d’action, des assurances de soutien, non pour entendre des semonces et des appels à une sage discipline. La journée commençait mal, mais le repas avait un peu estompé la déconvenue lorsque le premier orateur inscrit au programme de l’après-midi, Monsieur d’Azambuja un des défenseurs des écoles des houillères, monte à la tribune. Connu pour son courage, les applaudissements nourris saluent son arrivée. Quelle ne fut pas la stupeur de cette foule lorsqu’elle entend : « Mes amis, j’avais un discours à vous faire, des encouragements à vous prodiguer, mais on me met dans l’impossibilité de les exprimer. » Puis il quitte le micro. Ses successeurs à la tribune, plus dociles sans doute, adressent aux congressistes des conseils aussi lénifiants les uns que les autres. Le bouquet de cette journée de dupe fut la motion finale inspirée, et vraisemblablement imposée par les évêques venus pour cela, la voici en son entier :

« 80 000 congressistes réunis à Caen et mandatés par les 800 000 familles usagers de l’enseignement libre :

« Prennent acte avec satisfaction de l’adhésion de plus en plus large donnée par l’opinion publique française aux principes d’une liberté effective d’enseignement.

« Ils affirment une foi de plus que la famille tient de la loi naturelle et par priorité le droit de diriger l’éducation de ses enfants et donc celui de choisir l’école qui coopérera avec elle dans cette tâche sacrée, sans que ce choix devienne pour les parents un poids financier aussi injuste qu’insupportable. Ils appellent de leurs vœux pressants une législation inspirée de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et réalisant enfin une véritable justice pour les parents et pour les maîtres de l’enseignement libre. »

Un authentique manifeste marxiste. La hiérarchie amenait les catholiques sur le terrain de l’adversaire lui empruntant sa dialectique et ses armes. Une faute qui appelait une défaite.

A Caen, le soir de ce 10 mai, la foule s’écoule assommée, dépitée vers les parkings et la gare. Chacun se demande pourquoi les dirigeants des A.P.E.L. l’ont tant incité à faire un tel déplacement pour une telle comédie. Quelques-uns, quelques-uns seulement, car le secret a été tenu, ont appris que le président national des A.P.E.L. avait été convoqué d’urgence la veille au soir à Blois, où se trouvait le général de Gaulle, qui donna ordre de ramener au silence ces importuns sous menace d’arrêter tout projet de règlement de la question scolaire. C’était une première réponse du grand homme aux « Oui » des catholiques au Référendum. Pour lui tenir tête, il eut fallu un Cardinal Mercier… ou un Cardinal Pie, des hommes ayant foi en la puissance de Dieu, en Dieu seul et en son Église. La France ne le méritait plus.

Le gouvernement Debré qui a pour ministre de l’Éducation Nationale un vieux militant socialiste M. Boulloche, crée en Juin 1959 une commission d’étude, dénommée du nom de son président P.O. Lapie autre député socialiste sectaire. Cette « commission Lapie » n’avait en réalité aucunement mission de rechercher une juste et honnête solution, mais de préparer les voies à une intégration de l’enseignement privé. D’ailleurs sa composition de douze membres désignés par le ministre révélait son orientation (!) : Magistrats, professeurs d’université, académiciens dont l’inévitable Wladimir d’Ormesson, tous appointés ou honorés par l’État, pas un seul représentant de l’Enseignement Libre ! Un aveu ! Son porte-parole déclara officiellement : « Faire de l’école publique, non pas la grande école nationalisée d’autorité, mais la grande école nationale, acceptée sinon de tous, du moins de presque tous ou à côté de l’instruction proprement dite serait enseigné ce qui constitue notre bien moral commun à tous, étant entendu que chaque enfant pourrait avoir en outre toute facilité de recevoir l’enseignement religieux souhaité par sa famille. Tel est… le but général suivi par la commission. »

Autant dire mainmise à peine camouflée de l’État sur tous les enfants !

LGCsortieEcole
Photo : 1920 (?) La Grand-Combe, place de la victoire, sortie des écoles chrétiennes.

Pendant ce temps les manifestations se multiplient dans le pays. Les unes des associations catholiques, les autres des organisations laïques ou anti-religieuses pour impressionner le gouvernement.

En novembre, le rapport Lapie est rendu public, le projet de loi Boulloche également, ils sont assez semblables. On peut les résumer en ces solutions possibles :

  • l’intégration totale, pour les écoles qui en feront demande,
  • contrat d’association,
  • agrément ou contrat simple,
  • liberté

Première étape en l’attente d’une unification ultérieure. Personne n’est satisfait, les ministres eux-mêmes sont divisés. Le premier ministre Debré dans l’impasse, propose un remaniement du premier article du projet, le ministre Boulloche démissionne. Debré prend sa place et propose son projet qui sera voté à la Chambre par 427 voix contre 71. L’amendement était : « Reconnaît le caractère spécifique tant des établissements privés que de l’enseignement qui y est donné. » Ce fut la loi Debré.

Ce peu de choses a permis de rallier la majorité des voix. Ainsi fut livré à l’Etat sans Dieu, à ses exigences, à son esprit sectaire, à son contrôle l’ensemble de l’enseignement catholique. Restait le choix de se livrer pour un peu de confort, ou de se garder libre et à Dieu dans la pauvreté.

Par cette manœuvre, Satan allait mettre en tentation, dans l’obligation de faire un choix entre une apparence de satisfaction des besoins matériels légitimes ou le sacrifice dans l’honneur et dans la fidélité à la Foi.

Ce fut un drame de conscience pour ceux qui allaient devoir faire ce choix : les directeurs et directrices, les curés, les présidents d’A.P.E.L de chaque école. Il était proposé une amélioration, une aide financière. Maîtres et parents dans leur grande majorité très ignorants de la doctrine de l’Église, et, il faut le dire, d’une piété et d’une pratique très souvent superficielle, parfois inexistante pour un certain nombre. Comprendraient-ils un refus des avantages matériels de cette loi ?

Y a-t-il une résistance possible, une possibilité d’échapper à ce piège ?

Vu l’attitude de la hiérarchie, vu la mentalité du clergé paroissial, vu le climat de l’esprit de soumission instauré par le régime gaulliste, vu les articles démobilisants du journal mensuel des A.P.E.L : « La Famille Éducatrice » servi à tous les parents d’élèves de l’Enseignement libre, journal sous influence et contrôle de la hiérarchie, il faudra beaucoup de courage aux responsables pour résister à la tentation de refuser ou même limiter les dégâts consécutifs à l’application de cette loi.

Mais voyons-en les principaux articles :

« Le texte de la loi Debré

Article 1 :

…L’Etat proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts.

…Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’Etat. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants, sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance, y ont accès.

Intégration

Article 3 :

Les établissements d’enseignement privé peuvent demander à être intégrés dans l’enseignement public…

Association

Article 4 :

Les établissements d’enseignement privé du premier degré, du deuxième degré et du technique, peuvent, s’ils répondent à un besoin scolaire reconnu, demander à passer avec l’État un contrat d’association à l’enseignement public.

Le contrat d’association peut porter sur une partie ou sur la totalité des classes de l’établissement. Dans les classes faisant l’objet du contrat, l’enseignement est dispensé selon les règles et programmes de l’enseignement public. Il est confié, en accord avec la direction de l’établissement, soit à des maîtres de l’enseignement public, soit à des maîtres liés à l’État par contrat.

Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public…

Contrat Simple

Article 5 :

…Le Contrat Simple porte sur une partie ou sur la totalité des classes des établissements. Il entraîne le contrôle pédagogique et le contrôle financier de l’État.

Peuvent bénéficier d’un contrat simple les établissements justifiant des seules conditions suivantes : durée de fonctionnement, qualification des maîtres, nombre d’élèves, salubrité des locaux scolaires. Ces conditions seront précisées par décret…

Comités de conciliation

Article 6 :

Il est créé dans chaque département un Comité de conciliation compétent pour connaître de toute contestation née de l’application de la présente loi…

Article 8 :

…Nouvelle loi dans neuf ou douze ans, pour les écoles sous contrat simple.

Article 9 :

Les contrats prévus à l’article 5 ne peuvent être conclus que pendant une période de neuf ans à compter de la promulgation de la présente loi. Toutefois, le gouvernement pourra, après avis du Comité national de conciliation, prolonger ce régime pour une période supplémentaire n’excédant pas trois ans… »

Comment cette loi a-t-elle été reçue, jugée par ceux qui étaient en mesure, supposons-le, d’en comprendre le sens et la portée ?

Le cardinal Roques, président de la Commission Épiscopale de l’enseignement : « Il faut attendre que cette loi-programme ait été précisée par les décrets d’application pour s’en faire une idée exacte… »

Le cardinal Gerlier : « Il semble qu’elle puisse servir de base à un rapprochement qui sans offenser personne ouvrirait la voie à la paix scolaire… »

Le cardinal Liénart : « Une solution non de simple coexistence entre les deux, mais de rapprochement et de coopération entre le public et le privé. Cet esprit n’est pas pour nous déplaire… »

Le cardinal Feltin : « Nul parmi nous ne chante victoire, d’autant plus que restent à promulguer les décrets d’application. »

Satisfaction !

On pourrait en citer d’autres, à quoi bon ? Ils nous écœurent et nous durcissent le cœur. Mais allons en face, là où l’on sait à quoi s’en tenir. Ce ne sont pas des chuchotements d’antichambre épiscopale, mais clamés du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale, la réalité des gens qui savent ce qu’ils veulent :

« Un jour de nouvelles majorités reviendront à l’entière séparation des églises et de l’État. Ce jour-là tous les établissements et les maîtres qui auront sollicité le concours des fonds publics seront considérés comme ayant affirmé leur vocation d’entrer dans le service public de l’enseignement, et il sera ainsi fait. Ce n’est ni une menace, ni un chantage. C’est la conséquence logique de ce que vous allez décider. C’est la logique du système. C’est aussi notre volonté et au nom de mes amis, je prend l’engagement de la respecter. Je n’envie pas votre satisfaction. »

L’homme intelligent, cohérent qui a écrit cela est Guy Mollet, secrétaire général du parti socialiste. Nous devons constater un quart de siècle après qu’il y a cohérence, fidélité et continuité. Il n’y a pas eu aggiornamento au parti socialiste (SFIO) !

Quelques jours après J.J. Servan-Schreiber écrivait dans « L’Express » : « Quand M. Guy Mollet annonce à l’Assemblée que le combat ne cessera pas jusqu’à l’abrogation totale des lois qui viennent d’être votées et jusqu’à la nationalisation pure et simple des établissements confessionnels qui auront été nourris par les fonds publics, nous l’approuvons sans réserve. Ce qu’il dit là est nécessaire, incontestable pour un républicain. Et ce qu’il prédit arrivera. C’est clair. »

Georges Suffert un catholique de gauche journaliste dans différentes feuilles socialistes, bien formé par ses amis écrivait le 24 Décembre 1959 dans « France Observateur » : « Que la majorité se retourne et toutes les structures seront en place pour que la nationalisation des écoles ayant accepté de signer des contrats avec l’État soit du jour au lendemain chose faite… et l’Église aura perdu le bénéfice psychologique que son indépendance lui avait valu. »

Wladimir d’Ormesson qui n’était pas un ami de l’école catholique écrit avec sa grosse plume dans son « Figaro » : « Peut-être qu’à l’usage, les français s’apercevront-ils qu’une situation – si simple au fond – aura enfin été exorcisée. Qu’écoles publiques laïques, c’est-à-dire neutres, (l’innocent !) et qu’écoles privées, c’est-à-dire d’inspiration chrétienne, peuvent non seulement coexister mais collaborer dans la liberté… C’est quand cette étape sera franchie que pourra s’entrevoir le vaste réaménagement de l’éducation nationale dégagée des plis du passé, où tous les enfants de France pourront trouver ensemble ce que leurs parents ont le droit d’exiger pour chacun d’eux. »

Cet écrit montre quel travail d’intoxication les gens initiés au Grand Plan de laïcité, pouvaient réaliser auprès de l’opinion, auprès des parents ne voyant pas de profonde différence entre enseignement public et enseignement privé.

Il est vrai que depuis la fin de la guerre, depuis 1945, l’enseignement libre s’est aligné en bien des points sur l’enseignement laïque. Il faut reconnaître que déjà une bonne partie du clergé ne soutenait plus les écoles paroissiales et trop souvent ce sont les parents seuls qui ont maintenu les écoles malgré l’opposition des curés indifférents ou parfois hostiles (5) aux encycliques sur l’éducation de la jeunesse.

La terrible loi Debré est promulguée, les décrets d’application sont sortis, au sein et à la tête des écoles de longues discussions vont s’engager entre partisans des diverses solutions. Le piège est tendu. Le troupeau est au bord du ravin, qui va y tomber ? Que vont faire les pasteurs ? Les « defensores civitatis » ? La question est superflue ! Ce sera bien sûr encore le « oui », le « oui » modulé. Le « oui » dur des inconscients pour le contrat d’association, le « oui » mou des inquiets pour le contrat simple. Le non, conscient et fier sera l’honneur du petit, oh ! tout petit troupeau de quelques unités.

Dans le grand silence et l’embarras des évêques, une voix s’éléve et limite les dégâts pour son diocèse : Mgr Puech évêque de Carcassonne. Sa note publiée dans sa Semaine religieuse du 20 Août 1960 explique lucidement la nocivité de cette loi, il dit :

« On le voit, une telle conception, de tendance totalitaire, ne reconnaît à l’école libre qu’un rôle momentané de suppléance. Bien plus elle est incompatible avec la notion d’une école chrétienne où la « logique de notre foi » réclame que l’enseignement lui-même soit chrétien, et pas seulement l’éducation.

« Or toutes les dispositions de la loi et des décrets, s’orientent si bien selon cette regrettable perspective, que la première mesure proposée pour « régler les rapports de l’Etat et de l’enseignement privé » c’est l’intégration, c’est-à-dire la disparition de cet enseignement privé… Les écoles chrétiennes préfèrent aux moyens de vivre leurs raisons de vivre. »

Voilà la parole sage et courageuse qui aurait pu, qui aurait dû au cours de ce conflit résonner dans chaque diocèse.

Puis Monseigneur Puech dit pourquoi les évêques ont accordé leur confiance ; parce que, poursuit-il, « Les déclarations du gouvernement à la tribune du Parlement ont expressément promis que seraient respectés dans les classes sous contrat l’autorité du directeur, la liberté des maîtres, le caractère propre de l’enseignement. »

Naïveté, marchandage ou connivence ?

L’évêque de Carcassonne lui, n’accorde pas sa confiance, il donne les directives suivantes pour son diocèse :

« Aucune école catholique ne doit demander l’intégration qui lui ferait perdre jusqu’à sa raison d’être.

« Aucune école catholique ne doit souscrire un contrat d’association, dans l’état actuel des textes législatifs et réglementaires ; les risques sont trop graves de perdre les caractères spécifiques d’un enseignement chrétien et même d’aboutir à une intégration différée. »

Malheureusement l’évêque a cédé pour les contrats simples oubliant que les écoles chrétiennes doivent « préférer, aux moyens de vivre, leur raison de vivre ».

Certes pour ces contrats simples l’ingérence de l’État paraissait limitée. Mais ce droit de contrôle, l’État va en user sur les maîtres payés par l’État, qui vont perdre leur indépendance et vont resserrer leurs liens syndicaux avec leurs collègues de l’enseignement laïc. Le caractère spécifique va se dégrader, les programmes y contribueront largement. En bien des écoles la mentalité deviendra rapidement aussi mauvaise que dans les écoles de Jules Ferry.

Comment l’enseignement catholique s’est-il engagé dans ce système ? Rares sont les établissements qui ont demandé l’intégration. Un nombre important a souscrit le contrat d’association, la majorité a opté pour le contrat simple, très petit fut le nombre des écoles restées libres et pauvres.

Notes :

1 – Henri Wallon, professeur au Collège de France, collaborateur du journal « L’Humanité », ministre de l’Éducation Nationale du Gouvernement Provisoire en 1944.
2 – Membre du Comité Constitutionnel en 1958, il coopéra à l’élaboration de la Constitution de la Vème République.
3 – Evêque auxiliaire de Paris, secrétaire général de l’Action Catholique.
4 – « Documents-Paternité » Mai 1956.
5 – Cf. la révolte de 26 curés nantais en mars 1964 contre leur évêque qui avait rappelé au cours d’une réunion des A.P.E.L.  : « La nécessité d’une école chrétienne… Aujourd’hui comme hier le Magister de l’Église estime que la place normale de l’enfant chrétien se trouve à l’école chrétienne. »

§

Source : civitas-institut.com
Par :  

Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 02.01.2018
Dernière mise à jour : 22.01.2018

La Grand-Combe après la mine, 1995

LGCvueGenerale1.JPGLA GRAND-COMBE

Voici un texte écrit par une professeure à l’École d’architecture de paysage (Université de Montréal, Québec, Canada) dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est particulièrement pessimiste et terriblement réductrice. Mais bon … c’est un point de vue intéressant pour le débat du re-nouveau de La Grand-Combe, ville qui n’a pas cessé, depuis son existence, de relever les défis.

Paysage de mine, paysage miné –
Appropriation créatrice et action destructrice (Extrait)

Depuis la fermeture des puits en 1985 [1993/2001, NdE], la vie locale de la Grand-Combe, petite ville minière située à une quinzaine de kilomètres d’Alès, est fortement marquée par la crise économique. Le nombre d’habitants (environ 6 500 en 1993) est en déclin, avec une forte proportion d’anciens mineurs à la retraite et de chômeurs.

La configuration du lieu en fait un isolat géographique, enclavé au pied des Cévennes, éloigné des axes de circulation principaux qui relient Alès, Montpellier, Nîmes. C’est aussi un isolat culturel, un microcosme créé pour l’exploitation du charbon au milieu du XIXe siècle. Le déclin de l’activité de la mine est lisible dans l’ambiance de la ville et de ses alentours. Les nombreuses façades aux volets fermés, le rythme de vie ralenti créent une atmosphère engourdie. Au cœur de la ville, les bâtiments de traitement du charbon ayant été récemment détruits, le site du Puits Ricard forme aujourd’hui une friche de 30 hectares s’étendant jusqu’à la gare, béante, grise, fermée au nord par une haute colline de remblais.

  Photo J. Epstein : Mine dans le paysage.

Tout autour de la ville, des vestiges rouillés d’infrastructures industrielles et des éléments de bâtiments en briques rougeâtres parsèment le paysage qui est asséché, avec des terrils qui se consument encore, vers Champclauson, entrecoupé de remblaiements. Le remblai plus visible est celui qui recouvre l’ancien petit village de la Forêt, jouxtant la Grand-Combe juste au nord du site du Puits Ricard. Des pans entiers du paysage sont enfouis sous de tels amoncellements de pierres grises, accumulés à mesure que furent creusées les galeries et lentement reboisés avec des plantations de pins. (Photo J. Epstein.)

Un site façonné par la mine

L’aspect désolé de ce lieu est le résultat de l’activité ancienne de la mine, au moins autant que la conséquence de son arrêt. Les marques du déclin économique sont si fortes qu’on a tendance à oublier que la détérioration du site avait commencé pendant le fonctionnement de la mine. Les terrils, la destruction d’hectares de forêts de châtaigniers remplacés par des pins, l’assèchement de sources et les remblais dus au creusement des galeries se firent dans la durée, lentement. Cette altération se poursuit avec la mine à ciel ouvert par laquelle les Houillères ont remplacé l’exploitation des mines de fond depuis quelques années, étendant les détériorations en amont de la friche industrielle, vers Villefort.

Mais le déclin économique et la diminution du nombre d’habitants depuis la fermeture des puits de fond, jouent aussi un rôle déterminant dans cette évolution. Tant que la Grand-Combe était peuplée et active, les effets destructeurs de la mine s’accompagnaient en effet de pratiques d’appropriation de cet espace par les mineurs, notamment la culture des jardins. Les deux façons dont la mine s’était inscrite dans ce lieu (appropriation créatrice individuelle et collective avec les jardins ; action destructrice globale de l’industrie) formaient une dynamique qui a maintenu pendant longtemps une relation d’équilibre entre le sauvage, la nature cultivée et l’industrie. On peut faire l’hypothèse que les actes de façonnement de ce territoire par les mineurs jouaient un rôle dans le maintien de cet équilibre, aux plans esthétique, morphologique, biophysique et surtout symbolique, influant sur la perception que les habitants avaient de cet espace. Cet équilibre est maintenant rompu ; un certain seuil de détérioration du site par l’industrie semble avoir été dépassé. Aujourd’hui, le déclin des gestes d’appropriation laisse une place prépondérante à l’enfrichement, à l’action destructrice de la mine à ciel ouvert, à l’assèchement et aux ravages causés par les feux. Les actes de façonnement du paysage disparaissent, donnant à voir un pays de plus en plus vide, où la présence des mineurs est de moins en moins visible.

La manière dont les pratiques disparues, les usages encore vivaces, les traces d’anciennes coutumes encore lisibles dans le territoire sont évoqués, décrits, montrés par les anciens mineurs éclaire cette dynamique du déclin. Descriptions et observations permettent de cerner les mutations du rapport entre gestes créatifs et destruction globale du site ; elles révèlent comment est perçue la relation entre le paysage d’ensemble et ses détails ; elles soulèvent aussi des questions sur le changement de statut des mineurs qui passent du rôle d’acteurs à celui de spectateurs des transformations de cet espace, et sur l’évolution de leurs représentations d’un lieu qui, autrefois vécu et approprié, devient aujourd’hui un paysage dont ils perçoivent l’inéluctable dégradation.

Les jardins

Le complexe minier s’est incrusté dans les reliefs accidentés du milieu rural et montagnard cévenol. La plupart des habitants des collines autour de la ville ou des anciens villages cévenols intégrés dans le « périmètre minier » de la Grand’Combe étaient à la fois paysans et mineurs. Les tâches étaient parfois réparties entre la femme qui entretenait le jardin et l’homme qui travaillait à la mine, mais dans bien des cas hommes et femmes étaient employés par la mine et entretenaient le jardin après leur journée de travail. Les jardins étaient situés soit autour des maisons, sur des terrains plats ou en terrasse, soit sur des lots beaucoup plus éloignés de l’habitat principal, le long des chemins des galeries ou dans des prairies. Dans l’évocation de ce que fut ce lieu du temps de l’activité de la mine, ce sont des images de verdure idyllique qui ressortent, images idéalisées de l’époque où la Grand-Combe et ses alentours étaient habités, « vivants », contrastant fortement avec le site actuel décrit comme « vide, triste, sombre, mort ». Ces jardins sont aussi décrits comme les symboles d’une abondance passée, avec leurs récoltes qui assuraient bien plus que l’auto-subsistance de chaque famille, certaines productions étant régulièrement vendues entre voisins. On évoque aussi le marché de la Grand-Combe qui rassemblait – et qui rassemble encore dans une moindre mesure – les mineurs, les paysans-mineurs et les paysans venus des parties plus éloignées des Cévennes.

Les descriptions et l’observation des jardins révèlent aussi des éléments dont on parle moins : la façon dont la mine y était inscrite avec des objets miniers récupérés et « détournés » pour la culture des légumes ou comme objets décoratifs. Ce type de réappropriation est plus évident dans les petites communes autour de la ville, où le nombre de « petits jardins » potagers et d’agrément était autrefois très important. Mais elle existe aussi dans les jardins situés dans la Grand-Combe, sur les collines au-dessus de l’ancien site de la centrale de la Pise. La plupart des objets réutilisés dans les jardins étaient encombrants, lourds, le plus souvent rouillés, tordus, et en très mauvais état. Il s’agit le plus souvent de « rails, ferrailles, tiges de fer biscornues ». (Taurines, Cammarata 1988) Ces différents matériaux étaient le plus souvent réutilisés pour la confection de tonnelles. Les anciens rails qui servaient à la progression des berlines dans les galeries étaient utilisés comme piliers ou comme armatures pour le soutien des grillages, pour les poulaillers ou les clapiers ou pour confectionner des clôtures. Les anciennes boiseries en pin étaient réutilisées pour construire des réduits et des garages. Des objets isolés étaient aussi réutilisés, de façon plus décorative : berlines servant de bacs à eau pour l’arrosage, morceaux de charbons mis en évidence dans une partie du jardin.

Ces pratiques de réappropriation s’apparentent à celles des milieux ouvriers ; c’est « la perruque » dont parle de Certeau (1980 : 68-74). Elles donnent à la culture utilitaire des jardins une dimension créatrice, personnelle. Cependant, ces « détournements » sont peu pensés en termes esthétiques et restent très étroitement liés à des fonctions utilitaires. Ils reflètent autant une relation de dépendance vis-à-vis de la mine qu’une créativité individuelle librement réappropriée. Les anciens mineurs parlent peu des conditions de récupération de ces objets, où se lit la dépendance dans laquelle ils vivaient : les petits lopins de terre cultivés en jardins avaient souvent été loués ou vendus par la mine, la réappropriation et la réutilisation des objets avaient même été codifiées par les Houillères, chaque mineur achetant à bas prix sa part de ferrailles au cours de ventes s’effectuant régulièrement. Par cette récupération, comme par les autres conditions de la vie quotidienne (logement, éducation, soins…), « le mineur, peu à peu (…) s’instituait comme membre de la famille minière ». (Taurines, Cammarata 1988)

L’ambivalence entre réappropriation et dépendance semble expliquer la discrétion de ces marquages, leur absence d’ostentation. Quand ils étaient entretenus, les terrasses et jardins cultivés constituaient dans le territoire des fragments de nature verdoyante, parfaitement visibles, mais les détails du marquage des jardins n’étaient pas perceptibles de loin. Hormis quelques rares cas de mise en scène d’éléments bâtis de la mine (anciens puits entourés de fleurs), ces jardins dénotent l’inscription de la mine de façon ponctuelle, comme en pointillé. Les objets, comme la berline ou le morceau de charbon, peuvent être montrés avec fierté, mais la lecture de ces ensembles d’inscriptions n’était possible que par un regard rapproché, en nuances et vues de près. Les jardins étaient habituellement faits par les mineurs en prévision de leur retraite. Pour les retraités, de moins en moins nombreux, qui continuent à les entretenir, la présence des marques d’appropriation contribue encore à donner un sens « minier » à cet espace, avec toutes les ambivalences et les contradictions de la mine – valorisation/dévalorisation, fierté/dépendance. Mais cette lecture est bien plus elliptique qu’elle ne fut. Ces marques, ces repères sont de plus en plus ténus dans le paysage. Les terrasses et les jardins abandonnés, le « retour à la nature sauvage » et l’enfrichement qui « assombrissent » le lieu sont évoqués comme une évolution inévitable.

L’action destructrice de la mine

Certains usages de la nature (promenades en forêt, cueillette de champignons, baignades), qui ont toujours eu de l’importance, donnent aujourd’hui au mineurs un statut de témoins de l’action destructrice de la mine.

L’évocation des promenades en forêt autour de la Grand-Combe est le prétexte à décrire des coins de nature où on se réunissait l’été, « au frais » ; ce sont des lieux valorisés, comme les jardins, pour leur verdure et la présence de l’eau. Ces lieux, situés à l’intérieur du « périmètre minier », sont tout proches de la ville, mais cachés, « dans la forêt » ou le long du Gardon. Dans certains cas, l’usage « récréatif » et l’agrément contemplatif du lieu s’accompagnaient et s’accompagnent encore de gestes d’appropriation. Juste au-dessus de la Grand-Combe, vers le lieu-dit La Forêt, des cabanes et des bancs ont par exemple été construits de façon tout à fait sommaire par des familles maghrébines qui viennent encore s’y réunir et célébrer des fêtes. Mais si certains de ces usages sont encore vivaces, la plupart des lieux évoqués ont disparu, enfouis sous les remblais de la mine. Les anciens lieux de promenade maintenant recouverts de pierres sont décrits comme ayant été des oasis jadis « frais, verts, avec des sources ».

Au-delà de l’idéalisation propre à la mémoire, les anciens mineurs décrivent des souvenirs précis de ruisseaux, de chemins, avec maints détails sur la disparition d’espèces animales, de plantes, de sources. Ces lieux sont ceux devant lesquels ils passent chaque jour depuis plusieurs décennies, dont ils connaissent les détails, dont ils ont vu les plus petits recoins disparaître. Ils montrent aussi des coins de nature ou des lieux-dits qui sont encore visibles, mais déjà inaccessibles, et dont on sait qu’ils seront bientôt enfouis par la mine à ciel ouvert, dans le creux de la combe. C’est le cas notamment du petit village de Notre-Dame de Laval, en contrebas du Mas Dieu, où se trouvaient de nombreux objets miniers réutilisés dans le cimetière et l’église. Ces repères sont de plus en plus réduits, encerclés par la mine à ciel ouvert ou déjà enfouis. Les derniers indices des coutumes associées au mode de vie minier sont dominés par l’image d’ensemble de la dégradation.

En décrivant ainsi ces détériorations, les mineurs montrent une conscience fine des transformations de leur espace, jusque dans ses composantes écologiques. Cette observation consciente est d’ailleurs devenue une conscience paysagère, qui semble née de la déprise industrielle, et de l’évolution de leur statut. Autrefois acteurs des transformations de cet espace, ils ne sont plus aujourd’hui que les spectateurs de ce qui devient dès lors un paysage. Mais ils révèlent aussi leur impuissance face à ces mutations. Cette absence de « prise » (Berque 1992) sur le devenir du paysage n’est pas spécifique à cette situation, mais ici le fatalisme et le sentiment d’impuissance sont peut-être accentués par l’ambivalence créée par la mine, les anciens mineurs ayant participé malgré eux, par leur travail, à ces détériorations dont ils perçoivent aujourd’hui les conséquences visuelles et écologiques.

Deux autres points sont importants à relever. Pendant l’activité de la mine de fond les mineurs voyaient la nature se détériorer lentement et les coins de nature disparaître peu à peu. Or, c’est seulement depuis la fermeture de la mine que le déclin est perçu comme irréversible (???, NdE]. Il semble donc probable que pendant l’activité de la mine, la perception des détériorations globales du paysage, à laquelle s’ajoutait la perception des nuisances dues au traitement du charbon, étaient compensées par la vitalité de la culture quotidienne. Dans le même sens, le rôle de l’appropriation d’objets de la mine dans les jardins peut être interprété comme un palliatif, ou encore un antidote, à l’action destructrice de la mine. Créer et décorer des zones de verdure avec les objets de l’industrie qui la détruisait peut avoir été pour les mineurs une façon d’annuler symboliquement les actions destructrices, dont ils n’étaient pas les « décideurs », mais auxquelles ils participaient.

Mais la signification des gestes d’appropriation qui se construisaient à travers un bricolage de valeurs et de connaissances, ne saurait se réduire à cette seule fonction symbolique. Cette interprétation laisse ouverte en particulier la question du rôle concret des gestes de réappropriation dans la formation morphologique et esthétique du territoire, dans sa dynamique biophysique. La compréhension des significations culturelles de ces gestes gagnerait à être complétée par une analyse de leur rôle physique et « écosystémique », par une étude reliant ethno-botanique, géographie et écologie. Il serait notamment important de connaître leur apport dans le maintien des ressources en eau, analysant en quoi l’entretien des jardins jouait un rôle dans l’irrigation des terres, en quoi leur abandon a contribué à l’assèchement.

Absence d’ostentation et authenticité

L’importance de la proximité du regard, dans le marquage des jardins, dans les promenades, dans l’observation des détails de leur espace, semble laisser croire que les anciens mineurs aient été et seraient encore étrangers à la notion de paysage comme ensemble visuel cadré, vu de loin, hérité de la tradition picturale. Or, même si les « vues de près » semblent prédominantes, il serait simpliste de réduire leurs formes de regard actuelles et passées à ce seul registre. Comme dans toute perception, le rapport au paysage se jouait et se joue dans une imbrication complexe de vues proches, lointaines, d’images cadrées, mobiles, d’ambiances. C’est l’« expérience variée » dont parle Wittgenstein (1958), la dynamique « phénoménologique » de la perception dont les interactions sont aussi denses que celles du bricolage de sens par les gestes (Epstein 1984).

Par contre, il est une caractéristique qui semble spécifique à cette situation : l’absence d’ostentation dans leurs manières de parler du site. Cette absence d’ostentation que nous avions relevée dans le marquage des jardins, se manifeste tout particulièrement par une quasi-absence de représentations picturales de l’espace et par une résistance de la part des anciens mineurs à la mise en spectacle du paysage. Il y a une volonté tacite et parfois clairement énoncée de ne pas « mettre ce lieu en paysage », de ne pas en faire un objet de consommation.

Les anciens mineurs connaissent bien, soit par les médias, soit par les actions de requalification qui ont pris place à la Grand-Combe même, les discours institutionnels qui ont aujourd’hui cours sur la « mise en paysage » des espaces (Lizet 1991 ; Cloarec, de la Soudière 1992). Les projets de réaménagement du site minier s’appuyaient sur la nécessité d’un changement d’image du site, d’une mise en valeur de son paysage, d’un développement du tourisme comme alternative à la mine. Mais ces tentatives de requalification n’ont trouvé aucun écho chez les anciens mineurs et se sont soldées par un échec. Cette situation est tout à fait différente de celle d’autres régions en crise (zones post-industrielles ou rurales) où certains chercheurs ont relevé une « intériorisation », par les habitants, de modèles paysagers valorisés dans le cadre du tourisme, et qui finissent par coexister avec les modes anciens de représentation de l’espace (Cadiou 1991). Ici, le devenir du site continue à être associé à la détérioration, à la toute-puissance de la mine, maintenant à ciel ouvert. La mise en valeur de tout « potentiel touristique » est dévalorisée ; ils n’y croient pas. [???, NdE]

Judith Epstein

§

Source originale : books.openedition.org
Consultez la source : plus complète (notes, références …)
Titre original : Paysage de mine, paysage miné – Appropriation créatrice et action destructrice (Extrait, p.123-133)
Editeur : © Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995
Auteure : Judith Epstein, professeur à l’École d’architecture de paysage, Université de Montréal, Québec, Canada.

§

Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.12.2017
Dernière mise à jour : 30.12.2017

Henri Baron, 36 ans au charbon

EcoleMineStEtienne

VIE DE MONSIEUR HENRI BARON

Henri BARON est né vers la fin de la grande guerre, le 26 juin 1918, de parents commerçants, à Montpellier. Son père tenait un commerce rue de la Loge. Le jeune Henri a fait ses études primaires à Montpellier, puis a suivi à Béziers les enseignements des Frères des Écoles Chrétiennes (au P.I.C.) qui l’ont conduit au double baccalauréat : «Math Élem » en juin, «Philo Lettres» en octobre. Après une « Math Sup. » et une « Math Spéciale » à Montpellier, il est allé à Lyon, terminer sa préparation aux concours. Admissible à Polytechnique, il est reçu à l’École Centrale ainsi qu’aux Mines de Saint-Étienne et de Nancy.

Nous sommes alors en 1939. C’est la déclaration de guerre. Il est alors mobilisé le 15 septembre 1939 à l’École d’Artillerie de Poitiers. Il fera la campagne de Belgique comme aspirant puis la retraite sur Dunkerque. Là, il aura la chance d’être embarqué sur un bateau anglais. Transféré en Algérie, il sera démobilisé le 31 octobre 1941 à Alger. Il rejoindra immédiatement Saint-Étienne, car il a choisi l’École des Mines de cette ville où il fera ses trois années de scolarité qui le conduiront au titre d’ingénieur. Il en sortira donc en mai 1944.

Cette même année, il se marie avec Pierrette CAMBON, originaire elle-même de Montpellier, qu’il a rencontrée en 1942 et avec qui il s’était fiancé en 1943. A cette époque de restriction, l’achat d’un costume posait un problème de tickets et il n’était pas question de les investir dans un habit de cérémonie à usage limité. Henri BARON s’est donc marié en grande cape, tenue des Ingénieurs des Mines de Saint-Étienne, à l’étonnement des Montpelliérains qui ne connaissaient pas cet uniforme. [voir photo]

Il commence alors sa carrière professionnelle, engagé comme Ingénieur du Fond par la Compagnie des Mines de la Grand Combe. Il sera affecté successivement aux Exploitations des Mines « Luminières », « Champclauson » puis au siège de « Ricard ». Fin 1946, les Mines de la Grand Combe sont nationalisées et deviennent le « Groupe Centre » du Bassin des Cévennes, lui-même rattaché à la nouvelle entité « Charbonnages de France ». En 1948, il est promu Ingénieur Divisionnaire et nommé Chef des Sièges « Laval-Mazel » et « Oules ».

Huit ans plus tard, il est promu Ingénieur Principal et à ce titre sera responsable du secteur « Trescol » du Groupe Centre, à la fois pour le fond et le jour. Au total, il est chargé d’une production de 2 500 tonnes par jour avec un effectif de 2 000 personnes. En 1960, il prendra en outre le commandement du secteur « Sud » qui comprend les Sièges de « Rochebelle, Destival, Fontanès et Saint-Martin de Valgalgues ».

En 1962, il est appelé à des fonctions moins directement opérationnelles. Il devient chef des « Services Généraux » de l’ensemble du Bassin, regroupant sous son autorité les Services « Sécurité », « Organisation », « Essais », « Matériels ». En 1968, il dirigera pendant une courte période le Service des « Études économiques, statistiques et contrôles de gestion » du Bassin.

En effet, c’est cette même année 1968 que sont promulgués les décrets « Bettencourt » (du nom du ministre de l’époque) : les sept Bassins (Aquitaine, Auvergne, Blanzy, Cévennes, Dauphiné, Loire et Provence) sont regroupés en un seul Bassin dénommé : « Houillères du Bassin du Centre et du Midi » (HBCM) dont la direction générale est fixée à Saint-Étienne. Henri BARON, dès 1969, est appelé à cette nouvelle direction générale où, promu Ingénieur en Chef, il assume la centralisation et l’unification de la Gestion des Ingénieurs et Cadres Supérieurs ainsi que la coordination et l ‘harmonisation de la Gestion des Personnels « Maîtrise et Ouvriers ». En 1976, il devient Secrétaire Général des HBCM, il supervisera alors l’ensemble des Services Administratifs. Il gardera ses fonctions jusqu’au 1er janvier 1980, date à laquelle, faisant valoir ses droits à la retraite, il se retirera dans sa ville natale de Montpellier.

Ce déroulement de carrière montre une incontestable réussite professionnelle. Ce sont, bien entendu, des qualités techniques qui l’ont permise mais également des qualités humaines. Il est intéressant de souligner à cet égard la part importante de fonction de gestion de personnels qu’il a assumée. Madame BARON me faisait remarquer que, bien que l’essentiel de cette activité se soit déroulée près d’Alès et pour les dix dernières années à Saint-Étienne, elle n’en a pas moins déménagé une dizaine de fois. En effet, l’Ingénieur, Responsable d’un puits, résidait dans le logement prévu à cet effet à une très proche distance de « son puits ». Il ne faut pas oublier en outre, qu’à l’époque, le téléphone était une « denrée » très rare et que souvent seul le logement de l’Ingénieur en disposait. Madame BARON m’indiquait d’ailleurs que son mari, lorsqu’il montait dans sa chambre, débranchait rapidement son téléphone du salon pour aller le rebrancher immédiatement à l’étage de peur qu’un appel ne parvienne pendant ce court laps de temps. Peut-être « en rajoutait-il un peu » comme l’on dirait maintenant. L’avantage par contre de ces déménagements successifs était une amélioration progressive du « standing ». En effet le monde de la Mine était très hiérarchisé et chaque promotion conduisait à un logement un peu plus grand avec un jardin tendant progressivement vers le « parc ». Je n’ai pas connu, bien sûr, les diverses habitation de Monsieur et Madame BARON, mais j’ai pu constater ce phénomène lors d’un stage que j’ai effectué dans les Mines de la Sarre. Là, Monsieur l’Ingénieur en Chef était presque un châtelain. Mais peut-être les Cévennes et Saint-Étienne n’étaient-ils pas la Sarre et Monsieur et Madame Baron n’ont-ils jamais été des châtelains !

En 1980 donc, Henri BARON retrouve sa ville natale où il aura une vie sociale très active. Déjà, durant sa période d’activité professionnelle, il avait été un militant dynamique dans les milieux syndicaux et associatifs. En effet, il avait été Président du Syndicat des Ingénieurs du Bassin des Cévennes de 1959 à 1969 et à ce titre de 1959 à 1964 et en 1968, 1969, Administrateur du Bassin des Cévennes.

Il avait été également à la Grand Combe, Président du club sportif omnisports bien qu’il n’ait jamais pratiqué lui-même de sport. Comme dit Madame BARON, il était et il le disait lui-même un sportif de gradins. Mais il fallait un Ingénieur des Mines comme Président et il s’était dévoué. Cela dénote d’ailleurs un trait de son caractère, il était très serviable et ne savait pas refuser. C’est ce qui l’a conduit à s’occuper de la Société des Ingénieurs Civils de France dont il deviendra le Président régional une fois à la retraite. De même il sera Président de l’Association Languedoc-Roussillon d’ « Intermines » (le regroupement des anciens élèves des trois écoles des Mines : de Paris, Nancy, Saint-Etienne) de 1980 à 1989. Les promotions d’Officier au titre de l’Ordre National du Mérite et de l’Ordre des Palmes Académiques viendront récompenser son action en 1988.

Parmi toutes ses activités, il en est une qui mérite que l’on s’y attarde un peu. Il s’agit de son goût pour l’histoire, spécialement pour l’histoire médiévale. Ce goût avait pu se concrétiser car Mme BARON possédait dans l’Aveyron, à Sainte Eulalie-de-Cernon une maison. Cela lui permit de découvrir dans le village une ancienne commanderie. Sa réhabilitation et sa mise en valeur l’ont occupé activement. Il a convaincu le Maire de l’intérêt de cette découverte. Il a également, dès 1966, fondé un foyer rural orienté vers l’initiation des jeunes ruraux à l’Histoire et aux Arts Médiévaux. Ceci l’a conduit à devenir Maire-Adjoint et Membre de la Société des Arts et Lettres de l’Aveyron. Madame BARON trouvait d’ailleurs que cela faisait beaucoup d’activités extérieures dont Henri BARON s’occupait au détriment des questions de la maison. Mais il se défendait, paraît-il, en disant que son épouse s’en occupait tellement bien qu’il était inutile qu’il le fasse. Je retiendrai pour moi cette pirouette.

Henri BARON est entré en 1988 à l’Académie et il y fut un membre de qualité et assidu. C’est d’autant plus méritoire que malheureusement il était atteint d’une rétinite pigmentaire, maladie génétique qui lui fut transmise par sa mère. Cette maladie s’est développée progressivement pendant sa retraite. Son champ visuel s’est réduit petit à petit, jusqu’à ce qu’un soir, il demande à son épouse si l’applique lumineuse du coté de son lit était éteinte, or elle était allumée. Madame BARON m’a confié que ce souvenir lui était très douloureux. Cette perte d’autonomie qui le contraignait à se faire aider par un fidèle ami Louis PELISSIER pour ses déplacements ou par son épouse, obligeait également celle-ci à respecter un ordre rigoureux dans la maison pour lui permettre de garder ses repères.

Il paraît, que malgré les difficultés que lui créait cet handicap, Henri BARON ne s’était pas départi de sa joie de vivre, de son dynamisme et de son humour. Il m’a été indiqué qu’il témoignait de sa joie de vivre en intronisant, dans l’Ordre International des Anysetiers dont il était dignitaire, les nouveaux membres par des discours en vers. Je suis tout admiratif car j’en serai bien incapable et heureusement cet exercice ne m’a pas été demandé aujourd’hui.

Et puis, ce 29 avril 2002, alors qu’il était dans sa 84ème année, il est décédé dans la maison familiale qu’il occupait, dans la nuit, calmement, sans souffrance, d’un problème cardiaque. Le SAMU n’a pu que constater le décès. Il semblerait que rien ne laissait prévoir cette fin, un électrocardiogramme réalisé deux mois avant n’avait rien indiqué et aucun accident n’était intervenu antérieurement. Au dire de Madame BARON, ce fut d’une certaine façon une belle fin de vie même si, bien sûr, elle l’aurait souhaitée plus tardive.

Henri BARON a eu une vie riche, bien remplie, complète, que ce soit professionnellement ou familialement. En effet, Monsieur et Madame BARON ont un garçon et une fille qui eux même ont réussi leur vie professionnelle et familiale, quatre petits enfants. Beaucoup de gens souhaiterait avoir une vie comparable. Si c’est toujours une tristesse de voir disparaître quelqu’un, je crois, à avoir entendu parler les amis qui l’ont connu, qu’ils retiendront de lui, la leçon d’optimiste et de courage qu’il aura donné jusqu’à la fin malgré le lourd handicap qui avait accompagné la dernière étape de sa vie.

Pour ma part, je viens d’essayer de rendre compte de la vie de cet homme que j’aurai aimé connaître, d’abord pour ses qualités humaines mais également afin de m’entretenir avec lui de son activité professionnelle.

§

Source : Académie des Sciences et Lettres de Montpellierd – 2005
Par : Pierre Louis,  successeur et auteur de l’éloge d’Henri Baron

Blogué et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 29.12.2017
Dernière mise à jour : 30.12.2017

FLN algérien et mineurs de La Grand’Combe

ALGERIE 2007 004
.
 » Nous habitons le quartier de Bologhine, m’avait dit Azzedine, le fils de Aïssa Mokrane, pas très loin du stade. » Le mythique stade Omar Hammadi d’Alger qui   connut tant de rencontres sportives passionnées et de manifestations politiques. Notre taxi dût se renseigner à plusieurs reprises avant de trouver la petite rue à la chaussée en terre battue, poussièreuse mais tranquille, si étroite qu’une seule voiture à la fois peut l’emprunter.

Une maison basse à un étage dont les boiseries sont peintes à neuf…La porte s’ouvre, un homme petit et maigre à l’oeil vif, habillé à l’européenne, coiffé d’un bonnet traditionnel en laine. C’est Aïssa Mokrane.

La propagande des années cinquante présentait les combattants du FLN comme des bandits, des « fellagas », l’air manaçant. A l’image des « terroristes » étrangers de l’affiche rouge nazie. Et c’est un grand-père souriant qui nous accueille et nous présente son épouse, une de ses filles et son fils. Il nous fait pénétrer dans la salle de séjour modeste mais coquette et confortable avec ses coussins profonds, ses tables basses et la desserte décorée des photos de ses enfants et nombreux petits enfants. Plus tard il nous montrera avec fierté la courette surmontée d’une treille, située à l’arrière de la maison. Aïssa est propriétaire de cette maison qu’il a achetée  lorsqu’il a quitté définitivement la France.

§

[1947] Il a vingt ans, en 1947, quand il débarque à Alès où se trouvait déjà l’un de ses frères. Né à Akbou en Grande Kabylie dans une famille de paysans pauvres, Aïssa avait eu la chance de pouvoir fréquenter l’école publique française.  Il passa avec succès les épreuves du certificat d’étude « indigène » qui était réservé aux « français musulmans » afin de les différencier des Européens. Il savait donc lire et écrire en français. Privilège rare dans un pays sous domination coloniale où moins de 10% des petits Algériens étaient scolarisés.

[1948] En 1948, il est embauché aux Houillères à la mine de Fontanes. Après les années noires de l’occupation nazie, les mineurs de charbon sont à la pointe du combat pour le relèvement économique de la France. Le bassin des Cévennes compte alors quelque 20 000 mineurs dont 3 200 mineurs algériens. La corporation minière est très politisée. Les idées révolutionnaires y sont prépondérantes et les syndicats, notamment la CGT, fortement organisés. Les Renseignements Généraux mentionnent « une importante activité indépendantiste » parmi les mineurs algériens. Périodiquement, des leaders du PPA-MTLD de Messali Hadj, du Mouvement pour les Libertés de Ferhat Abbas ou du Parti Communiste Algérien tiennent meeting à Alès ou à La Grand Combe.

[1950] Logé dans des baraques en planches au Camp de la Loubières près d’Alès, Aïssa Mokrane fait fonction « d’écrivain public » auprès de ses compatriotes illettrés. En Algérie déjà, révolté par la domination coloniale, il sympathisait avec l’UDMA (Union Démocratique du Manifeste Algérien) sans en être membre. C’est à Alès, en 1950, qu’il adhère au PPA-MTLD dont il va rapidement devenir un des responsables, en raison de son bagage intellectuel. Il recevra chez lui, à plusieurs reprises, Mohamed Boudiaf, le futur Président de l’Algérie assassiné en 1992. Mohamed Boudiaf était, à cette époque, responsable de la Fédération de France du PPA-MTLD et il visitait les groupes locaux deux fois par an. « C’était un responsable exigent, sévère mais juste. » dit, de lui, Aïssa Mokrane. Alès et sa périphérie immédiate comptaient 140 à 150 adhérents. Chiffre important, compte-tenu des conditions semi-clandestines dans lesquelles agissait cette organisation. Boudiaf considérait pourtant que c’était insuffisant : « Les Algériens n’approuvent-ils pas massivement notre revendication de l’Indépendance? »

[1953] Une crise profonde traverse ce parti. Un congrès s’est tenu à Alger en 1953 dont les conclusions ont été désavouées par Messali.

[1954] En janvier 1954, la Fédération de France tient, pendant deux jours, son propre congrès à Paris au cours duquel des critiques sévères sont adressées au comité central et aux orientations du congrès de 1953. Messali Hadj en profite pour écarter les cadres qui ne lui sont pas acquis et les remplacer par ses amis. Fort de son aura il entreprend de rallier la base à sa cause. Ses diverses tentatives resteront vaines dans le Gard. Bouzid, responsable messaliste, vient à Alès en mars 1954 et rencontre Mokrane qui l’informe « que toute l’organisation a opté pour le neutralisme ». Ayant insisté pour rencontrer les militants, une assemblée générale a lieu au cours de laquelle ceux-ci confirment leur position. Trois autres tentatives auront lieu: en avril 1954, Bouzid et un second responsable viennent à Alès; le 17 mai, trois responsables dont Bouzid reviennent et demandent « une réunion avec tous les responsables d’Alès ». Satisfaction leur est accordée. Après plusieurs heures de discussions, ils repartent bredouilles. La dernière tentative aura lieu avec une troupe théatrale venue se produire en août dont le spectacle sera boycotté par les militants alésiens. Les R.G. mentionnent la présence de Bouzid à nouveau à Alès, la veille du 1er novembre 1954. Aïssa Mokrane dément cette information.

Messali Hadj convoque un nouveau congrès à Bruxelles en juillet 1954. Le comité central convoque de son côté un congrès à Alger en août. Cherif Djenkal, l’adjoint de Aïssa Mokrane, participe au congrès d’Alger (il n’est pas membre du comité central contrairement à ce qui a été écrit). Ces deux congrès officialisent l’éclatement du PPA-MTLD. Les militants d’Alès ne soutiennent pas Messali Hadj et continuent de se prononcer pour la neutralité, dans un souci d’unité, tout en manifestant leur inclination pour les « centralistes ». C’est également la position de Mohamed Boudiaf.

Le 1er novembre 1954, l’insurrection est déclenchée en Algérie par les 9 sur décision du CRUA qui lui aussi avait recommandé la neutralité dans le conflit interne au PPA-MTLD. Le 5 novembre, celui-ci est dissout par le gouvernement français. Dès le lendemain 6 novembre, la police française perquisitionne chez A. Mokrane à Alès, chez Mohammed Djenidi à La Grand Combe et chez Abdallah Hidèche à Champclauson et les informe officiellement de l’interdiction prononcée le 5. Deux autres perquisitions auront lieu par la suite.

Dans le prolongement de leurs engagements antérieurs, Mokrane, Djenkal, Djenidi et Hideche ne vont pas soutenir Messali qui créé le MNA (Mouvement Nationaliste Algérien) pour combattre le FLN. Laissons parler Mokrane: « Le MTLD devenant le FLN rentre dans la clandestinité, modifie son organisation et reste en attente d’un contact avec le FLN qui parvient fin décembre, début janvier. Changer une organisation légale en clandestine demande plus de vigilance. Une réorganisation de la base au sommet. Prendre le temps nécessaire. Prévoir les précautions et endroits de réunions et le temps. Un apprentissage continu. Pour toutes ces raisons le travail a continué mais au ralenti. »

Les historiens considèrent généralement qu’une période d’expectative a suivi l’éclatement du PPA-MTLD et le début de l’insurrection du 1er novembre, en raison des interrogations qui travaillaient les Algériens. Il semble bien que cette période ait été de courte durée dans le bassin minier du Gard.

[1955] La police fait état des premières manifestations du FLN à partir de septembre 1955. Mokrane parle de « fin décembre  début janvier 1955. » Un autre acteur, Yahia Dahmouche que Mokrane connait bien puisqu’il était lui aussi mineur à Fontanes et habitait le camp de La Loubières, indique, pour ce qui le concerne, avoir spontanément commencé à collecter de l’argent pour les familles des militants emprisonnés à la suite de l’interdiction du 5 novembre et avoir accepté de participer, en août 1955, à une rencontre dans un café du quartier de La Royale à Alès, tenu par Hocine Djémaï, en présence d’un certain « Abdallah » délégué par le FLN. A. Mokrane affirme que ce délégué régional était un ancien responsable du PPA-MTLD nommé Si Omar. « Si tu es avec ceux de la montagne, lui aurait dit Dahmouche, on travaillera avec toi,sinon… ». C’est ainsi que se serait formée la première kasma du FLN à Alès. Ce qui confirme que l’insurrection du 1er novembre correspondait bien à une attente. Elle était devenue inévitable en raison des crimes du colonialisme, des spoliations, des frustrations ressenties par le Peuple algérien. En raison de l’échec des combats pacifiques des organisations indépendantistes, stérilisés par des lois électorales iniques et une fraude massive.

Parmi les mineurs algériens des Cévennes qui, en 1954, baignaient dans un milieu largement acquis à l’idée de la prise de pouvoir par les armes, à l’image de la Révolution russe d’octobre 1917, l’insurrection du 1er novembre 1954 fut rapidement soutenue et la police indique que « jamais le MNA [ne réussira] à s’implanter dans le bassin minier ». Des groupes de choc venus de l’extérieur tenteront, de temps à autre, quelques opérations, mais sans bases locales ils seront rapidement neutralisés et le Gard ne connaîtra pas la guerre intestine qui fit tant de ravages ailleurs en France et en Algérie.

Cette première kasma désigne un chef, un responsable à la propagande et un trésorier. Sa première initiative sera d’adresser des lettres à quinze cafetiers et bouchers algériens d’Alès pour leur enjoindre de verser 1 000 Francs par mois, en s’assurant qu’ils n’ont aucun lien avec la police française. Par la suite, la structure de l’organisation évoluera en cellules, groupes et sections et Alès deviendra dans les années 59-60 un important centre de commandement. Les mineurs algériens du Gard participeront massivement aux actions et notamment aux grèves à l’appel du FLN et ils verseront l’ichtirâk avec un grand patriotisme. Mais en 1955, nous n’en sommes encore qu’aux premiers pas.

Le 5 septembre 1955, Aïssa Mokrane est arrêté par la police, à son domicile, au pied de la colline de l’Hermitage à Alès, devant son épouse et ses cinq jeunes enfants. En même temps que lui sont arrêtés deux autres dirigeants, Djenkal et Hideche. « Vous n’êtes pas près de revoir votre mari. » lance un des policiers. La jeune épouse d’Aïssa est tellement choquée qu’il faudra l’hospitaliser à Montpellier où elle décèdera le 31 mars 1956. Le certificat médical délivré le 4 avril mentionnera « un état [d’agi]tation confusionnelle ayant évolué vers un délire aigu mortel. Il semble qu’un traumatisme émotionnel grave (arrestation du mari) ait pu avoir un rôle déclenchant cependant une rechute d’une maladie de Bouillaud pour laquelle la malade avait été antérieurement soignée, s’intégrant avec les troubles mentaux et a joué un rôle certain… »

Les 5 jeunes enfants seront accueillis, les plus jeunes par l’Entraide alésienne, les autres par l’Orphelinat de la Résistance de la CGT. Le quotidien communiste La Marseillaise, sous la plume de son chef d’agence Raoul Galataud, consacrera 1/4 de page de son édition d’Alès du 16 avril 1956 à cette situation dramatique. La photo qui illustre l’article représente Aïssa Mokrane et un de ses enfants, devant la crèche. A leurs côtés, Léa Pasquier, elle-même ancienne résistante dont le mari Sully Pasquier, un cheminot communiste, fut assassiné par les waffen SS et jeté par les nazis dans le Puits de Célas (commune de Mons, au sud de Salindres) dans la nuit du 10 juin 1944. Image forte de solidarité résistante à l’oppression.

Ces arrestations, loin d’intimider les Algériens de la région d’Alès, vont au contraire leur « donner un sursaut de patriotisme » écrit Aïssa Mokrane, et susciter de nombreuses adhésions au FLN.

[1955] Sur mandat du juge d’instruction Perez, Mokrane, Djenkal et Hideche sont transférés en Algérie et incarcérés, d’abord à l’Ecole de Police d’Hussein Dey où ils sont « tabassés », puis à Berrouaghia. Depuis le 23 février 1955, le Cabinet Edgar Faure a succédé au Cabinet Mendès France. Edgar Faure dissout l’Assemblée Nationale et convoque les électeurs pour le 2 janvier 1956. A la faveur de ces évolutions politiques, alors que la guerre d’Algérie est de plus en plus impopulaire en France, Mokrane, Hidèche et Djenkal sont libérés le 9 décembre 1955. Djenkal monte au maquis où il tombera en combattant. Aîssa Mokrane qui est interdit de séjour en Algérie, doit retourner en France où sont restés son épouse malade et ses enfants. Il réussit à trouver l’argent pour la traversée Alger-Marseille et des connaissances de Molières sur Cèze rencontrées à la Gare St. Charles lui prêtent l’argent du billet de train pour Alès. Bien évidemment il se présente aux Houillères afin d’y reprendre l’emploi qu’il occupait avant son arrestation, mais il apprend qu’il a été licencié pour abandon de poste. C’est dans les semaines qui vont suivre qu’il perdra son épouse. Puisque son absence n’est pas de son fait, Aïssa Mokrane avec l’aide de Maitre Dussargues du Barreau d’Alès, attaque les Houillères devant le Tribunal des Prud’hommes. Les Houillères seront condamnées à le réintégrer avec un rappel de salaire de 1 an. Ce jugement sera confirmé en appel ainsi que par la Cour de Cassation.

[1958] En 1958, Aïssa Mokrane qui est désormais grillé dans la région d’Alès, est contraint de partir pour Paris avec ses enfants. A force de persévérance, de courage et d’intelligence, il réussira, après avoir suivi des cours de formation professionnelle, à trouver un emploi stable dans une entreprise d’usinage mécanique qui lui permettra d’élever ses enfants.

[1962] A l’Indépendance, en 1962, il rentre en Algérie. Il reprend des études à Oran qui vont le conduire à devenir professeur technique. Ce sera alors sa profession jusqu’à sa retraite dont il bénéficie désormais, entouré de l’affection des siens.

§

Source I / : bernard-deschamps.net
Par : Bernard DESCHAMPS
Publié le : 18.09.2007

§

II / Remise de la médaille du 50ème anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie à Monsieur Bernard DESCHAMPS :

son allocution

Monsieur le Consul d’Algérie, Messieurs les Consuls-Adjoints, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je suis, vous l’imaginez, heureux de la distinction qui m’est décernée par M. le Président de la République Algérienne et que vous venez, Monsieur le Consul, de me remettre.

Je la dédie à celles et ceux qui, en France, ont soutenu le légitime et juste combat du Peuple algérien pour son indépendance.

Il y a 50 ans, le 18 mars 1962, les Accords d’Évian conclus par les représentants du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne et de l’État français, reconnaissaient le droit à l’indépendance de l’Algérie, mettant ainsi fin à 132 années d’occupation coloniale et à 7 ans, 4 mois et 18 jours d’une guerre atroce dans laquelle la France perdit son âme.

Ces accords furent ratifiés par référendum en France et en Algérie. Ils furent approuvés par 90,06% des suffrages exprimés à l’échelle nationale de notre pays ; 91% dans le département du Gard ;  94% à Aigues-Mortes et 96% à La Grand’Combe.

C’est le mérite du Général de Gaulle, d’avoir eu le courage – il dut affronter plusieurs tentatives d’attentats – de conclure cette paix après avoir, il est vrai, accentué la pression militaire durant les quatre dernières années de la guerre, de 1958 à 1962.

Faire progresser et triompher en France la reconnaissance de la légitimité du combat du Peuple algérien pour son indépendance et la nécessité de négocier avec son représentant authentique le Front National de Libération, fut un long et difficile combat. Des décennies de conditionnement idéologique, à l’école, dans la presse, la littérature, les arts, avaient formaté le Peuple de France qui croyait en toute bonne foi que l’Algérie c’était la France, pour reprendre la formule célèbre de François Mitterrand. Il fallut déconstruire cette idée par un long et patient travail d’explications. Cette action prit des formes diverses. Certains s’impliquant dans une aide directe au FLN. Ce fut le cas des réseaux Jeanson et Curriel et, dans une acception chrétienne, des réseaux de la Cimade qui furent particulièrement actifs dans le Gard.

Dans ce département, d’importantes manifestations exigèrent avec de plus en plus de force, dans un premier temps la Paix en Algérie, puis l’Indépendance. Des militants, des élus, des hommes de foi, des personnalités gardoises contribuèrent à éveiller les consciences et marquèrent cette époque de leur empreinte : Robert Jonis, un des responsables départementaux du PCF  et les députés communistes Gilberte Roca et Gabriel Roucaute ; des Pasteurs protestants, Idebert Exbrayat, Laurent et Michel Olivès ; des élus socialistes, le Dr. Jean Bastide et le Dr. Émile Guigou, en rupture alors avec leur parti ; Attilio Francini et Jean Fabrègue de la CGT ; Ninou Schwartz de l’Union des Femmes Françaises ; le Professeur Jean Brunel et Lucien Vincens, responsables du Mouvement de la Paix ; des responsables du PSU, comme Jacques Compère-Roussey et Fernand Vigouroux ;  Gabriel Bergonnier, responsable du Secours Populaire ; Jean Chabanis de Christianisme Social ; André Raulet  de la Ligue des Droits de l’Homme ; Paul Marcellin et  André Sarran de la Fédération des Œuvres Laïques  … et tant d’autres que vous me pardonnerez de ne pouvoir citer.

Le département du Gard connut de grandes manifestations pour s’opposer au départ des soldats rappelés sous les drapeaux en 1956. Elles furent réprimées par le pouvoir en place qui destitua trois maires communistes : Alexandre Molinier d’Aigues-Mortes, Sylvain Boissier de Cardet, Narcisse Bolmont de Chamborigaud et 36 militants gardois furent traduits devant les tribunaux militaires. En 1958, un jeune ouvrier communiste d’Aigues-Mortes, Marc Sagnier écrivit au Président de la République son refus de porter les armes contre le Peuple algérien. Il paya son geste courageux de onze mois de bagne, en dehors de toute décision judiciaire, à Timfouchy dans le sud algérien.

Les Algériens travaillant dans notre département, en particulier dans le bassin minier des Cévennes et sur le chantier de Marcoule, apportèrent eux aussi avec le FLN, dans les conditions difficiles de la clandestinité, leur contribution au grand combat patriotique de leur Peuple et les noms de Aïssa Mokrane (ancien mineur à Alès et qui vit maintenant à Alger) ; de Mohamed Ben Belkacem, « le professeur » ; de Mohand Cherif Djenkal mort au combat ; de Mohammed Djenidi ; de Abdallah Hideche ; de Messaoud Alaoua ; de Fatima et de Mohamed Krim ; de Mohand Bachir Sali,  sont toujours présents dans la mémoire de leurs compatriotes. Le milieu du football se souvient aussi des noms de Mohamed Bouricha, Abderrahman Defnoun (qui nous font la joie d’être des nôtres) et de Amokrane Oualiken qui, en 1958, ont tout quitté, famille et situation confortable pour rejoindre à Tunis, « La glorieuse équipe de foot du FLN ». Nous avons le plaisir d’avoir aussi parmi nous, mes amis la moudjahida Fatima Krim, le moudjahid Abderrahman Djoudi,  Mokrane le fils de Yahia Dahmouche et Youssef Mahouche parent de Lakdar Mahouche. Malheureusement le moudjahid Abderrahman Djoudi n’a pu se déplacer en raison de sa santé)

Je salue également la présence nombreuse de petites filles et de petits fils de moudjahidine venus spécialement d’Alès et de La Grand’Combe.

Jamais les patriotes algériens de la région n’organisèrent d’attentats contre nos compatriotes, pourtant la répression fut cruelle, allant jusqu’à la torture à l’eau et à l’électricité pratiquée à Saint Hippolyte du Fort.

Cinquante ans, c’est court à l’échelle de l’histoire de l’humanité, mais l’Algérie est depuis devenue une grande nation respectée dans le monde. Sa voix est écoutée pour sa politique de Paix, comme en témoignent une nouvelle fois, ces temps-ci, son soutien au Peuple palestinien et à l’Autorité palestinienne et sa recherche persévérante d’une solution pacifique à la situation du Mali. C’est un diplomate algérien, Lakdar Brahimi,  qui a été désigné par les Nations Unies pour tenter de trouver une issue négociée au drame que vit la Syrie.

Ce ne fut pas facile de bâtir une société nouvelle, pour ce Peuple  décimé par huit années d’une guerre atroce et privé d’une partie de sa population d’origine européenne poussée à l’exil en 1962, par les crimes de l’OAS. Il releva cependant le défi avec courage et aujourd’hui des Écoles, des Université, des Hôpitaux existent sur l’ensemble du territoire, alors que 10% seulement des petits Algériens étaient scolarisés avant l’indépendance et que les épidémies, la tuberculose notamment, faisaient des ravages. Ce Peuple déjà si éprouvé par la dure lutte menée pour son indépendance contre une des armées parmi les plus puissantes du monde, fut également confronté à une terrible guerre civile manipulée de l’étranger, qui fit quelque 200 000 victimes durant la décennie noire des années quatre-vingt-dix. Il s’en est relevé et l’Algérie a aujourd’hui retrouvé la paix.

L’Algérie est un immense chantier. Des grues partout. Des autoroutes, des ponts, des barrages hydrauliques, des immeubles locatifs en nombre sont construits et, dans ce pays où existe le multipartisme et une presse irrespectueuse et très combative, d’importantes réformes sont en cours pour approfondir la démocratie. Le peuple algérien évolue à son rythme en toute souveraineté et il n’accepte pas qu’on lui dicte sa conduite de l’extérieur. Nous devons respecter sa volonté.

C’est cette réalité que les voyageurs qui s’y rendent découvrent et que continuent de nier les revanchards de « L’Algérie française » qui avaient, en mars dernier, ici même,  mis notre colloque d’historiens en état de siège.

Le Peuple algérien qui a combattu victorieusement le colonialisme français, n’a pas de haine pour le Peuple de France. Il aspire au contraire au développement de liens durables d’amitié  avec notre pays et notre Peuple. C’était l’objectif du projet de traité d’amitié décidé en 2003 par les Présidents Bouteflika et Chirac et enterré depuis par Sarkozy. Dans quelques jours, le Président Hollande se rendra en voyage officiel en Algérie. Son élection a soulevé un grand espoir dans le Peuple algérien et sa condamnation du pogrom du 17 octobre 1961 à Paris a été saluée comme un geste important, même si des pas restent encore à faire pour reconnaître et condamner définitivement le crime que constituait le colonialisme.  On peut légitimement espérer que cette visite marquera un tournant dans les relations entre l’Algérie et la France. C’est mon vœu le plus cher.

La distinction que vous me remettez aujourd’hui, Monsieur le Consul, témoigne de la reconnaissance par l’Algérie de l’action menée en France pour l’indépendance de votre pays. Elle témoigne également de la volonté de l’Etat algérien de nouer et d’approfondir des relations confiantes d’amitié avec notre pays. Je la reçois comme tel. Certes j’étais et je suis toujours très engagé dans cette démarche, mais d’autres ont fait tellement plus que moi. Aussi vous me permettrez de dédier cette médaille tout spécialement à mon camarade Marc Sagnier qui, le 4 mai 1958, écrivit au Président de la République française :

« Monsieur le Président,

J’ai longuement réfléchi à la guerre que nous poursuivons depuis quatre ans et j’ai pris la décision de vous informer de mon refus d’y participer […] car ma conscience m’ordonne de ne pas faire la guerre à un peuple qui lutte pour son indépendance. Je ne refuse pas d’accomplir mon service militaire, car j’aime mon pays qui fut toujours à l’avant-garde de la lutte pour les libertés et je veux être capable de le défendre s’il est attaqué, aussi je me tiens à la disposition des autorités militaires. »

Marc nous a quittés prématurément en 1995. Les sévices qu’il avait subis en détention ne sont pas étrangers à son usure précoce. S’il vivait encore, c’est lui qui aurait mérité de recevoir cette distinction et il serait heureux des progrès accomplis par l’Algérie, malgré d’immenses difficultés, depuis l’Indépendance.

Vous voudrez bien, Monsieur le Consul, transmettre à Son Excellence Abdelaziz Bouteflika, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, mes sentiments de profonde gratitude pour cette distinction qui honore tous les amis de l’Algérie.

.
Source II : pcf-nimes.over-blog.org
Publié le : 27 Novembre 2012 par section pcf Nimes

§

III / ALGÉRIE J’ÉCRIS TON NOM

Algérie, j'écris ton nom.

Quel est ce territoire longtemps sans nom, sans état, sans police, sans route, sans institutions propres ?
Quelle est cette bande de terre, prise en étau entre Méditerranée et un vaste désert dont il est facile de comprendre que sa quasi vacuité territoriale et institutionnelle le fit appartenir aux plus entreprenants ? Jugez-en par son occupation successive depuis ces 2.000 dernières années.
.
En -148 avant J.-C. ce furent les Carthaginois (714 ans),
ensuite les Les Romains, (584 ans),
puis les Vandales (100 ans),
remplacés par les Byzantins (112 ans),
auxquels succèdent les Arabes (865 ans),
lesquels seront chassés par les Turcs (315 ans),
suivis des Portugais (17 ans)
et des Espagnols (282 ans).
.
Enfin pour la période sur laquelle nous nous pencherons plus particulièrement en ce 50ème anniversaire de la présence des ressortissants de notre pays, les Français (130 ans), mais aussi des émigrants de presque tous les pays de l’actuelle Europe et oserais-je mentionner les occupants depuis à peine 50 ans sous le nom de «nationaux du moment » ?
.
1830 – Quand, le 14 juin, les troupes royales de Charles X, roi des Français, embarquées à Toulon et commandées par le maréchal de Bourmont débarquent à Sidi Ferruch à l’Ouest d’Alger, elles ont un double but :
.
premièrement supprimer la piraterie qui sévit de façon endémique depuis plus de trois siècles au détriment des biens et navires marchands non seulement français mais aussi anglais, italiens, espagnols, américains… croisant en Méditerranée.
.
Deuxièmement, abolir la mise en esclavage des équipages et passagers qui en résulte ; soit deux fléaux qui procurent à la Régence d’Alger l’essentiel de ses ressources qu’elle n’est pas capable de produire autrement.
.
Le 19 juin,
 cinq jours après un débarquement à peine perturbé par des cavaliers en patrouille, les 50.000 guerriers de Hussein, le Dey d’Alger, soit des troupes de janissaires turcs, kabyles, arabes et kougoulis, commandés par son gendre Ibrahim sont vaincus par les armes de 20.000 soldats français à Staoueli sur la route d’Alger.
.
Le 05 juillet, les prisonniers du bagne d’Alger sont libérés ; parmi lesquels un marin toulonnais qui survivait là depuis 20 ans. Au même moment, le Dey embarque sur la goélette Jeanne d’Arc, mise à sa disposition, ainsi que celle de sa famille, par le gouvernement français qui fait preuve de sa légendaire politesse : «après vous, monsieur le Dey ». C’est au tour, 10 jours plus tard, de 2.500 janissaires turcs de regagner Istamboul. Puis ce sont les villes de Blida, Mers el Kebir, Bône, Oran qui tombent aux mains des français qui y plantent la bannière à fleur de Lys, avant qu’elle ne soit remplacée le 17 août par notre actuel drapeau tricolore. Le roi est chassé du trône, vive la République française !
A peine débarqués, les Français organisent la colonisation avec les indigènes, mot qui signifie très exactement : « celui qui habite son propre pays ». Dans les 7 mois qui suivent leur arrivée, les Français créent le corps des Zouaves, essentiellement composé de Kabyles (tribu des Zouaouas) et entérinent l’élection de Bacri, chef de la communauté des 5.000 juifs d’Alger dont 2 de ses membres ainsi que 7 musulmans vont entrer, à cette même période, au premier Conseil Municipal d’Alger.
.
1831 – On parle souvent de massacres en Algérie en faisant allusion à ceux des années 1960, mais en ce premier janvier de 1831, les habitants de la ville de Médea qui s’était déclarés favorables à la France sont massacrés après le départ des troupes françaises. Une pratique qui fera recette tout au long des conflits armés entre la France et certains chefs de tribus locales.
.
Novembre de la même année verra le commerçant Abou Derba, à la tête d’une délégation de notables algérois, demander au gouvernement français de maintenir et poursuivre la colonisation par crainte d’un retour à l’anarchie et l’insécurité ; 3.000 civils européens peuplent déjà la colonie.
.
1834 – Après la victoire totale le 2 février du général Desmichels, ce dernier propose à Abd el Kader, chef d’une unique tribu, de signer un traité que la communauté des historiens reconnaît aujourd’hui comme avoir grandement avantagé l’émir, au point de laisser croire à ses partisans du moment et ceux à venir que le gouvernement français a perdu la face et que ce qui ne pourra jamais être conquis par les armes pourra l’être par la terreur et l’endoctrinement politico-religieux, ce qui va être lourd de conséquence.
.
Après avoir créé un Bureau des Affaires Arabes afin d’offrir un statut particulier qui ne soit pas en contradiction avec les coutumes religieuses et juridiques musulmanes,
 puis avoir installé un Gouverneur Général qui contrôle, entre autres, le développement matériel et les énormes investissements financiers consentis par l’Etat et des organismes privés à la nouvelle colonie, la France progresse dans la pacification des territoires, l’installation d’une agriculture solide et d’un commerce florissant qui amènera plus de 100 années après, au constat suivant :
.
1937 – Le Gouverneur Général de l’Algérie (nouveau nom du territoire inventé en 1838 par l’administration française) et les Assemblées Algériennes où siègent côte à côte aussi bien des musulmans d’origine berbère ou arabe descendants des anciens envahisseurs que des Européens, constatent que l’Algérie du moment occupe un territoire d’une superficie légèrement supérieure à la moitié de la France. Elle est peuplée de 7.147.157 habitants, soit 6.201.144 indigènes et 946.013 européens dont la moitié d’origine française. Les deux communautés travaillent tant dans les quelques 972 villages de la campagne dont plus de 80 % sont des créations purement françaises. Les Indigènes sont plutôt éleveurs de troupeaux tandis que les cultivateurs sont essentiellement d’origine européenne. Dans les villes, une masse de plus en plus importante est aspirée par les grandes agglomérations comme Alger, Oran et Constantine. Les terres algériennes appartiennent au deux tiers aux musulmans, tandis que l’industrie et le commerce est aux mains des Européens.
.
1942 – Alger fait partie de la France non occupée par les Allemands et suite au débarquement des troupes alliées, la principale cité de l’Algérie devient le siège du gouvernement de la France Libre du Général de Gaulle. Il apparaît aujourd’hui que les partisans de Ferhat Abbas, futur leader indépendantiste, auraient secrètement négocié avec le gouvernement provisoire de la France, dès cette époque, une autonomie accrue de cette province française, contre la participation des musulmans à l’effort de guerre, principalement en nombre d’hommes engagés au combat.
.
1954 – L’agriculture de l’Algérie, considérée comme le «grenier de la France» tant elle exporte vers la métropole des quantités importantes de produits frais, secs ou viticoles, vient à connaitre une crise importante due à la concurrence des produits du sud de l’Europe (majoritairement la France, mais aussi l’Italie et l’Espagne). L’industrialisation, malgré les ouvertures de nouvelles mines, l’exploitation de nouveaux champs pétroliers, reste faible avec moins de 200.000 ouvriers concentrés sur les grandes agglomérations dont la population musulmane est devenue majoritaire, d’où une paupérisation accrue et un chômage croissant dans une population toujours plus jeune et peu instruite. Ce cocktail explosif amène ceux-là même qui n’avaient jamais envisagé un avenir séparé de la France à écouter les discours irresponsables des communistes métropolitains et moscovites, ou encore ceux des nationalistes musulmans intégristes : l’Algérie aux musulmans !
Après le meurtre cette même année d’un jeune couple d’instituteurs français ainsi que d’un musulman qui s’est courageusement interposé entre eux et leurs agresseurs, la guerre d’Algérie que l’on nomme alors, pacification d’un territoire français prend une tournure irrévocable.
.
1962 – Les « évènements d’Algérie », guerre qui ne dit pas son nom, se termine par les accords d’Evian signés par ben Youcef ben Keddah et les représentants du gouvernement du Général de Gaulle, « appelé » aux commandes de l’Etat en 1958 et assisté dans cette «tâche» de liquidation d’un territoire français par son ministre Louis Joxe. Ainsi est bâclé de façon incontestable 130 ans de présence et de culture française.

Si les clauses furent et sont toujours respectées scrupuleusement par l’actuel gouvernement français, comme par l’achat 30% plus cher de son gaz et pétrole, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles furent et sont toujours bafouées par l’actuel régime algérien.
.
A l’heure actuelle, dans un climat de négationnisme et de repentance, on voudrait nous faire croire que la France fut et demeure un pays d’esclavagistes, particulièrement doué pour faire « suer le burnous » à des populations innocentes.

Alors que penser de ce qu’écrivit E.-F. Gauthier dans son ouvrage (Un siècle de colonisation) :

« S’il existe quelque part sur la planète une région où tout mis en balance, le phénomène colonial ait abouti à un épanouissement plus éclatant qu’en Algérie, on n’imagine pas où cela peut bien être. »

.
Source : histoiresdefrance.wordpress.com
Par : Lio de France.
Article déjà publié sur : Revue Sud Est   –  Résistance Républicaine
ANNEXES : Avenir de l’Algérie par Alain Soral (vidéo 19:01)

§

Reblogué et mise en page par : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 25.12.2017
Dernière mise à jour : 25.12.2017

Techniques minières à la Grand Combe et ailleurs (video)

BriquetteCharbon
Photo : Maquette d’un train de wagons, chargés de charbon, depuis des trémies.

Du pic et aux galeries soutenues par des pieux de bois, aux haveuses et aux soutènements marchands, il a fallu plusieurs siècles de progrès techniques pour moderniser, rentabiliser et sécuriser les exploitations minières de toutes matières et donc de la houille, synonyme du charbon.

I/ Techniques charbonnière dans les mines de la Loire (Saint Étienne)
.

.
Source :  par : brgmTV. Publié le : 23.07.2012
Les houillères du bassin de la Loire. Film extrait de la cinémathèque de Charbonnages de France et édité en 2007 dans le cadre du double DVD « Du charbon au pays de Cézanne, Histoire des mineurs dans le Centre-Midi », sur l’histoire des mineurs et du charbon en Provence (Gardanne, Meyreuil) et dans les Houillères du Bassin  du Centre-Midi (HBCM).
.
§
.
II/ Les chantiers de dressant vers 1993

et vue sur différents métiers de la mine à VOUTERS (HBL)
.

.
Source :  par : Alain Meier. Publié le : 27.12.2013
Catégorie : Films et animations
Licence : licence YouTube standard
.
§
.
III / Le soutènement marchand dans les mines du Nord et de Provence

un film produit par CdF (Charbonnages de France) qui donne une suite au slogan sécuritaire archi connu des mineurs : « Ou tu me boises, ou je t’écrase ! »
.

.
Source :      brgmTV Publié le : 23.07.2012
Automatisation de la production du charbon. Les plus récents progrès de la technique minière dans un chantier automatisé des Houillères de Provence. Film extrait de la cinémathèque de Charbonnages de France et édité en 2007 dans le cadre du double DVD « Du charbon au pays de Cézanne, Histoire des mineurs dans le Centre-Midi », sur l’histoire des mineurs et du charbon en Provence et dans le Centre-Midi (1972). © BRGM – Charbonnages de France
Catégorie : Actualités et politique
Licence : licence YouTube standard

IV Le métier de « mineur de fond », par un ancien de la fosse n°2 d’Oignies

V / Les découvertes, l’avenir de l’exploitation du charbon

Enfin, de nombreux syndicalistes passéistes, des membres timorés du gouvernement français, ont d’une part incité les mineurs à vouloir perdurer dans leur galeries, oh combien dangereuses, et d’autre part mis des bâtons dans les roues des ingénieurs visionnaires (qui ont tout de même forcé le passage) en équipant les mines de pelles géantes. En effet, bien souvent le charbon est comme Lagardère qui, si l’on ne vient pas à lui, s’arrange pour venir à nous, grâce aux moyens hyper puissants dont on dispose aujourd’hui et qui permettent de produire de façon enfin rentable et bien moins risquée.

§

Textes et mise en page : Mas de la Regordanne/GD
Première publication : 16.12.2017
Dernière mise à jour : 01.01.2018

Emile Aujoulat, 30 ans de mines à La Grand-Combe

LGC.12
Photo de La grand-Combe (30110) dans les années 1900 ?

[Jolie trouvaille sur Internet que cette page personnelle décrivant parfaitement et en un style simple, mais réaliste, l’ambiance des « Riches Heures des Mines de La Grand-Combe. »]

AUJOULAT des HUBACS

[1908] C’est le 29 mars 1908 à La Grand-Combe que nait Émile Auguste AUJOULAT, dernier des 3 fils ayant survécus, le benjamin de Louis Jean Pierre AUJOULAT et de Marie Lucie DOMERGUE.

[1911] Il n’a pas 3 ans, lorsqu’en 1911, meurt cette soeur ainée, Anne Marie Rosalie, qui fût, sans nul doute, une seconde maman. Mais il est bien trop jeune pour en avoir des souvenirs.

[1919] Au retour de la guerre, selon la coutume, son frère ainé Louis reprend la ferme familiale. Son cadet, Ernest qui est aussi son parrain, part travailler aux Mines. Il a peut-être 14 ans, mais il doit contribuer aux travaux de la ferme.

[1924] A la mort de sa mère, en 1924, il n’a pas 16 ans. Seul avec son père, suite au départ de l’ainé, ils tentent de reprendre cette moitié de ferme. Tâche impossible, ils se replient sur leur petit commerce, et autres travaux saisonniers, surtout l’hiver, à la …

Compagnie des Mines de La Grand-Combe :

à 15 ans, du 19 Octobre 1923 au 05 Avril 1924,
à 16 ans, du 26 Septembre 1924 au 09 Mars 1925,
à 18 ans, du 15 Novembre 1926 au 25 Avril 1927,
à 22 ans, du 01 Mars 1930 au 02 Avril 1930.

[1934] Mais sur la commune de Saint Étienne de Lugdares, il fait la rencontre de Sidonie Eva Vialle, originaire du Brouzet[-les-Alès ?], et plus jeune de 6 ans. Ils se marient dans cette commune le 07 Avril 1934. Il avait 26 ans, et elle avait 20 ans. Ils s’installent à La Grand-Combe, ou à peu près 15 mois après …

[1935] … nait Francis, le 14 Juillet 1935. Ils déménagent, du quartier [commune] des Salles du Gardon à celui de Ribes, la dernière rangée de Maison, la plus haute [rue des Églantiers].

[1937] Puis le 07 Juin 1937, c’est la naissance de Raymond, et un peu plus tard …

[1943] le 20 Juillet 1943, [la naissance] de Colette. La maison devient trop petite, et ils se déplacent, toujours à Ribes, mais dans une maison plus grande (cuisine, couloir, 3 autres pièces et toilette/douche). Enfin, le petit dernier, Michel, le 11 Décembre 1953, alors que l’ainé à déjà 18 ans.

Pour faire vivre toute cette famille, Émile travaille à la Compagnie des Mines de La Grand-Combe. D’abord MANOEUVRE, ses origines fermières, sa connaissance du soin des animaux, notamment des chevaux pendant son service militaire, son respect de la personne et de la hiérarchie, lui permettent de devenir le COCHER DES INGÉNIEURS.

[1948 ?] Le dimanche, il menait en calèche à la messe, les femmes des Messieurs Godard, Guénard, Marion … En semaine, c’était leurs enfants qu’il conduisait à l’école, à coté de l’Usine à Zinc. Son fils ainé, Francis, se rappelle encore lorsqu’il pouvait grimper à l’arrière de cette calèche.

[1954 ?] Avec la motorisation, les chevaux disparaissent des Mines, et il se retrouve manoeuvre, toujours pour la Compagnie des Mines de La Grand-Combe, mais à l’usine du Parc à Charbon.

[1961]  Après ses 30 ans de service, il prend sa retraite en 1961, à 53 ans. Mais il aime le travail et Michel, son plus jeune, n’a que 8 ans. Déjà, hors journée, il travaillait chez Allain, pour livrer le charbon. Il continue, et en plus, travaille aussi à l’Usine de Biscotte, située à la cime de Ribes. Et pour se reposer, il lui reste encore ses trois jardins avec vignes (Les Hautes Faïsses de Ribes, L’Impostaire, et Le Pont des Salles) : il fait son vin et son alcool, car il a le droit de brûlage, (malheureusement non transmissible).

[1977] N’oublions pas son plus grand plaisir, ou comment lier l’utile à l’agréable : durant des années, finalement jusqu’à ce que son petit fils prenne la relève, à son tour, à 14 ans, en 1977 : les longs week-end de Pâques, Pentecôte, les saisons d’été, avec son cousin, le Père Martin, à la buvette de la Trappe de Notre Dame des Neiges. [à 71 km de La Grand-Combe]

[1981] Bon mangeur, bon vivant, il est décédé le 11 Janvier 1981, dans de grandes souffrances que la médecine de l’époque ne pouvait encore que peu soulager, sinon guérir. Seule, cette foi inébranlable qui renverse les montagnes.

Son épouse, Sidonie Eva, restera encore quelques années dans cette cité de Ribes. Puis elle se rapprochera un peu plus de La Grand-Combe, quelques temps en face de l’ancienne gare routière, route de Trescol, ensuite aux Pelouses,  finalement à la Maison de Retraite des Pins, à l’Arboux.

[2006] Le temps venant, bien qu’en pleine santé physique, son esprit s’est progressivement éloigné des réalités de ce monde, et cette mère au foyer, toujours très attentionnée pour la famille, les proches, fervente croyante, pieuse et pratiquante, jusqu’à son dernier jour, s’en est allée ce mercredi 11 Janvier 2006, soit 25 ans, jour pour jour, après son mari Émile.

§

Source : aujoulat.free.fr
Par : Thierry AUJOULAT

Reblogué sur : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 18.12.2017
Dernière mise à jour : 20.12.2017
P.S. les années entre [ ] ont été ajoutées par nos soins.

Drame à Frugères les Mines 20 Mai 1952

[Nous publions ici un long article sur la mort de 12 mineurs dans les Houillères d’Auvergne le 20 Mai 1952. Ce récit très sobre, mais très complet, détaille les évènements, cite le nom des hommes qui ont péri et ceux qui leur ont porté témoignage. Ce serait une bonne chose qu’une narration exemplaire de ce type, soit faite, concernant tous les accidents du travail, surtout quand il y a eu mort d’homme. Des morts « au champ d’honneur du travail », comme ceux qui sont morts pour la France, au champ d’honneur des combats. Le rédacteur de ce texte a su prendre de la hauteur et parler aussi des autres morts dont ceux de La Grand-Combe qu’il cite plusieurs fois et notamment pour signaler que ce même mois de Mai 1952, deux mineurs grand-combiens avaient, eux aussi, trouvé la mort.]

Les mines du Grosménil : Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952

Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952

Il y a maintenant 64 ans que cette catastrophe est survenue le 20 Mai 1952. Voici quelques photos du site de Grosménil à Frugères les mines certaines photos pour certains seront inédites car provenant de collection privée. Cette mine était très active et employée beaucoup de mineurs jusqu’à ce 20 Mai 1952 ou 12 mineurs y laissèrent la vie. En fin de cet article vous aurez le récit complet de cette triste catastrophe relaté par Raymond Caremier.

L’EFFROYABLE CATASTROPHE À PLUS DE 600 MÈTRES SOUS TERRE

Douze victimes qui laissent une trentaine d’orphelins, tel est le bilan de cette catastrophe qui endeuille toute la population laborieuse de cette partie de la Haute-Loire. Récit de ces tristes journées qui tétanisent le peuple dans toute la lourdeur du silence, de l’injustice et de l’incompréhension.

Comme les nombreux puits du bassin minier de Brassac-Les-Mines, le puits du Parc est sujet à d’importants dégagements de gaz carbonique. Par précaution et surtout par mesure de sécurité les tirs de mines sont déclenchés depuis la surface par une équipe de spécialistes lorsque les personnels ont été remontés en surface.

Des clochers de Frugères-Les-Mines, de Brassac-Les-Mines à Vergongheon en passant par Sainte-Florine, Lempdes et Bournoncle-Saint-Pierre, le glas résonne tristement dans la campagne ensoleillée.

Tout en fin d’article Vous aurez [le récit poignant, les témoignages et des] photos d’époque de la catastrophe. Celles-ci ne sont pas très nettes, car ce sont des coupures de journaux de l’époque.
.

Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952

FRUGÈRES LES MINES
LA CATASTROPHE DU PUITS DU PARC LE 20 MAI 1952

Pour ne pas oublier, le « Challenge du souvenir » …

Chaque année, à la date anniversaire de la catastrophe, et pendant plusieurs décennies,
le club de football local a organisé un tournoi de sixte dont l’équipe victorieuse recevait le « Challenge du souvenir ».
Remis en jeu chaque année, le trophée et toutes les valeurs qu’il représentait valaient au Bassin Minier un engouement et une ferveur empruntés de solidarité et de respect.

1 – L’EFFROYABLE CATASTROPHE À PLUS DE 600 MÈTRES SOUS TERRE

Comme les nombreux puits du bassin minier de Brassac-Les-Mines, le puits du Parc est sujet à d’importants dégagements de gaz carbonique. Par précaution et surtout par mesure de sécurité les tirs de mines sont déclenchés depuis la surface par une équipe de spécialistes lorsque les personnels ont été remontés en surface.

En ce matin de printemps du 20 mai 1952, les équipes du puits du Parc sont descendues aux différents étages d’exploitation de la mine. Une équipe composée de 20 mineurs sous les ordres du chef de poste Fernand Borel est chargée d’exécuter des travaux préparatoires à l’exploitation de nouvelles couches de charbon à l’étage 620..

Ils empruntent tout d’abord une cage qui les conduits à l’étage 515, puis par une seconde cage ne pouvant contenir que cinq personnes et actionnée par un treuil à air comprimé, ils descendent ainsi 100 mètres plus bas, à l’étage 620.

Quatorze d’entre eux restent à la base du puits pour effectuer des travaux de maçonnerie, de forge et d’autres occupés à creuser une galerie destinée au retour des berlines du futur engagement.

Le chef de poste accompagné de cinq autres mineurs se rendent sur le chantier qui commence à 600 mètres de la base du puits. Deux d’entre eux se portent au front de taille , tandis que trois autres continuent un chantier de percement d’un plan incliné montant vers l’étage 571 où se trouve une galerie minière en préparation.

Ce plan incliné de 45° dans le rocher d’une section de 3,5 mètres par 2,70 mètres est divisé en deux parties ; une pour revoir le déblai, une seconde beaucoup plus étroite, équipée d’échelles, réservée au passage des personnels.

Les travaux de ce plan avaient avancé précédemment d’une quarantaine de mètres et il ne restait plus qu’une vingtaine de mètres pour atteindre la fameuse galerie de l’étage 571.

Le travail s’effectue de façon normale sauf vers le chantier du plan incliné. Vers les 11 heures, le chef mineur Nicoud en visite à l’étage rencontre son beau-frère Fernand Borel et les deux hommes observent qu’à son extrémité « que le chantier travaille ».

Une série d’éboulements continus de faible importance empêche André Blanquet et Léon Delort de se porter en tête du chantier. Le chef de poste Fernand Borel leur donne pour consigne de dégager la base au fur et à mesure des éboulis et de charger blocs et débris dans les bennes.

Pendant cette phase de travaux, un des trois mineurs abandonne ses collègues pour se rendre dans la grande galerie.

Vers midi, Fernand Borel se rend vers les deux hommes, André Blanquet, rescapé de la catastrophe raconte :
« Mon camarade m’a demandé l’heure, et je lui répondis qu’il était environ midi. A cet instant précis le chef de poste se recula d’un bond, l’air horrifié et s’écria « sauvez-vous les gars » ». Il avait certainement vu arriver la masse de rocher ; nous-mêmes sentions à cet instant un souffle bizarre, mais pas encore d’une grande puissance ; nous nous trouvions dans la poussière, notre lampe se distinguait seulement par un point rouge. »

Léon Delort et André Blanquet obéissent immédiatement en se faufilant entre les bennes et cherchent à gagner l’extrémité de la galerie et le puits ou tout au moins une partie de la galerie fortement aéré par un ventilateur.

Une seconde explosion se produit suivie d’un puissant souffle qui projette à terre André Blanquet. Un épais nuage de poussière s’engage à grande vitesse dans la galerie rectiligne. L’odeur aigrelette du gaz carbonique, le grisou, suit son chemin. Les hommes ne s’aperçoivent plus.

Cette seconde explosion a mis hors d’usage le ventilateur et a endommagé les compresseurs à air nécessaires à la manœuvre de la petite cage d’accès existante.

Six mineurs pourront, non sans difficulté, y accéder tandis que deux autres se sont placés sur le toit de l’engin. La mise en service de compresseurs supplémentaires va les hisser jusqu’à l’étage 515 .

Pris en charge par les mineurs de cet étage, Louis Joanny de Sainte-Florine André Dantal , Pierre Charbonnel et René Badon de Lempdes, Paul Gauthier et André Blanquet de Frugères-Les-Mines, Paul Brumerelle et Pierre Bardy de Vergongheon sont conduits au jour. Ils vont être les seuls rescapés !

Le machiniste s’empresse de renvoyer la cage vers le bas, hélas , son arrivée n’est suivie d’aucune sonnerie, d’aucun signal.

La nappe de gaz nocifs avait fait son œuvre de mort.

L’alerte a été donnée au jour. Comme une trainée de poudre, la funeste nouvelle se répand dans toutes les communes du bassin.

En moins d’une heure, une foule muette et anxieuse se presse autour du puits tragique.

Des épouses, des mères, des mineurs ignorent si l’un des leurs se trouve parmi les victimes …

2 – LA POPULATION RÉUNIE SUR LE CARREAU DE LA MINE
Sur le carreau de la mine, la population attend anxieusement, la gorge serrée, les premières remontées, on se remémore que trois mineurs en 1929 et cinq mineurs le 10 avril 1942 avaient été les malheureuses victimes d’un semblable dégagement instantané de gaz carbonique.

Ici, en moins d’une heure le gaz est parvenu à l’étage 515.

La présence de l’importante nappe de gaz interdit le travail de l’équipe de sauvetage. Sous la direction des ingénieurs MM. Collange et Michel et de M. Nicoud chef mineur, les équipes de secours, munies d’appareils respiratoires descendant à l’étage tragique, tandis que des mesures d’aération et de ventilation sont prises.

Il faut attendre deux longues heures, incroyablement longues, avant que l’équipe puisse descendre sans risque.

Parvenus au fond, ils découvrent près de la cage les corps des mineurs Raphaël Licois, Albert Bouche, Robert Mallet, Constantion Chiado-Fioro, Alexandre Sahunet et Albert Flory. .

Au fond de la fouille du puits, les malheureux De Noni et Fuzet vraisemblablement trompés par l’obscurité et suffoqués par les gaz apparaissent dans le halo des lampes. Le cadavre du chef de poste Borel est découvert aux abords du lieu où le dégagement s’est produit. René Bernard et Jean Knorst sont trouvés sur le lieu même de leur travail.

La mort a fait son œuvre. Avec acharnement les corps sont remontés un à un vers la surface.

Entre 14h30 et 15heures sont remontés les corps d’Albert Bouche, Constantino Chiado-Fioro, Albert Flory, Alexandre Sahunet et Raphaël Licois. A cette triste liste s’ajoute la dépouille de Robert Malet, forgeron, qui intervenait exceptionnellement au fond de la mine.

Un profond silence étreint la foule. Les hommes se décoiffent, les femmes sanglotent !.

Derrière les porteurs de civière qui transportent les corps à la salle de déshabillage, un bien triste cortège se forme, celui des parents qui pleurent un être cher.

De temps à autre, la foule qui se trouve devant la porte d’entrée laisse passer une femme, un frère, un mère , qui va rendre une funèbre visite à l’un des disparus.

A 17h30 le corps du chef Borel est arraché à la terre.

Une heure plus tard les sauveteurs ramènent les corps de Raymond Fuzet  et de Jean Knorst .
Vers 19 heures les victimes Léon Delort et Bruno de Noni rejoignent leurs camarades. Dix minutes plus tard, la dernière dépouille est sortie du fatal puits, c’est celle de René Bernard.

Une chambre mortuaire est installée en fin de soirée à proximité de la chambre de déshabillage où sont transportés les corps des victimes, les mineurs à tour de rôle vont veiller toute la nuit sur leurs camarades.

Vers les 19h 30, Monseigneur Chappe , Evêque du Puy arrive au puits du Parc et s’incline devant les victimes et s’entretient longuement avec les familles éprouvées.

Pendant des heures, la foule demeure aux alentours comme si elle ne veut pas s’arracher à la douleur et hésitant à laisser ceux qui, hier encore, étaient au milieu d’eux.

Puis, petit à petit, les groupes se disloquent. Chacun repart chez soi, tristement.

3 – LE VIBRANT HOMMAGE AUX VICTIMES

Jeudi 22 mai 1952, jour de l’Ascension, est un jour de deuil pour l’ensemble de la population du bassin minier. Dans les rues de Frugères-Les-Mines, les visages sont graves.

Dès les premières heures de la matinée , en vélo, en moto, en voiture et même en autocar des milliers de personnes convergent vers le carreau du puits du Parc où doit être célébrée la cérémonie officielle , la foule des anonymes vient apporter un dernier salut aux douze mineurs tombés au champ d’honneur du travail.

Bien avant la cérémonie, sur le carreau de la mine et sur les flancs de la colline la foule s’entasse dans un impressionnant silence.

Un à un, les cercueils de chêne clair sont posés près de la salle des machines. Dix cercueils sont ainsi alignés sous des monceaux de fleurs et de gerbes. Deux autres cercueils, à la demande des familles seront amenés à la fin de la cérémonie religieuse.

Tandis que la foule ne cesse d’arriver, avant que ne commence le service funèbre, les mineurs en bleu de travail, lampe accrochée à leurs vêtements montent une garde d’honneur autour des cercueils.

A leurs côtés, des gendarmes arme au pied, la Lyre des Mineurs de Sainte-Florine, les Sapeurs-Pompiers de Vergongheon, Sainte-Florine et Arvant placés sous la direction des Lieutenants Bouquet, Labaume et Gaubens.

Devant cette haie d’honneur, sont rangés les drapeaux des différents syndicats de Mineurs du Bassin d’Auvergne, des associations d’Anciens Combattants et de Prisonniers de Guerre, de l’Amicale « Rhin et Danube », de l’Amicale des Anciens du Maquis de la 33e Compagnie et de l’Amicale du groupe de résistance d’Arvant.

Au centre du catafalque, parmi les innombrables gerbes et couronnes, on remarque celle des Charbonnages de France, de la Ville de Clermont, du Consulat d’Italie à Lyon, des différents syndicats du personnel de la S.C.A.L , des établissements Ducellier et Conchon-Quinette , des Fédérations et des syndicats C.G.T, C.G.T-F.O et C.F.T.C, des Cheminots de Clermont, des Mutilés et Invalides du Travail.

Sur l’autel dressé devant la rangée de cercueils ont été placées les dix lampes que les mineurs tenaient à leur main au moment de leur mort.

La messe est célébrée par l’abbé Mallet curé de Sainte-Florine. Tout au long de l’office, la chorale composée des choristes des paroisses de Lempdes, Vergongheon, Sainte-Florine et Frugères accompagne la liturgie.

Dans une poignante tristesse « Le Chant des Adieux » retentit, tandis que le Chanoine Reynaud, Archiprêtre de Brioude , assure au nom de l’Eglise toute sa sympathie envers les familles de victimes.

La Lyre des Mineurs de Sainte Florine entonne une marche funèbre.

Après la cérémonie religieuse, l’autel est enlevé et les dépouilles mortelles des deux mineurs pour lesquels la famille avait demandé des obsèques civiles sont portées aux côtés des autres cercueils.

Dans un émouvant silence, sont lus les télégrammes reçus de La Sarre, du Bassin d’Aquitaine, des Charbonnages de France et de nombreux bassins miniers et les messages de sympathie venus de la France entière.

Commencent alors les éloges funèbres prononcés par les représentants des Houillères, par les représentants du personnel, par M. Jean Pomel Conseiller Général du canton d’Auzon et M. Carcassès Préfet de La Haute-Loire, porteur du message du Président de La République .

M. Millot, Président du conseil d’Administration du Bassin d’Auvergne : « Le deuil qui nous frappe, dit-il, est si lourd, si cruel que les mots apparaissent bien ternes et bien usés et pourtant comment nous taire ».

Après avoir présenté au nom des Houillères du Bassin d’Auvergne ses condoléances aux familles des victimes, il rend hommage au dévouement inlassable des sauveteurs et termine très ému son allocution « Je vous adresse mineurs de Grosménil morts à la tâche, un suprême et dernier adieu ».

Au nom du syndicat des mineurs C.G.T, la voix étranglée par les sanglots, M. Loubert adresse un dernier message aux victimes : « Adieu camarades nous ne vous oublierons pas et nous aiderons de notre mieux les êtres chers que laissez sur terre ».

M. Louis Travers, Secrétaire local de la C.F.T.C prend la parole : « Le nom de Frugères, dit-il, restera gravé en lettres de sang dans notre bassin minier, nous demeurerons fidèles à nos morts qui ont consenti un sacrifice d’une sublime grandeur. Ils étaient nos frères de travail, ils étaient d’une grande famille « la famille des travailleurs ».
« Inclinons nous ! Saluons bien bas ces victimes tombées au champ d’honneur du Travail, compatissons à la douleur de ceux qu’ils ont laissés : leurs femmes, les orphelins, leurs vieux parents. Comme pour nous donner une leçon de fraternité, le destin a voulu dans sa cruauté, rassembler des hommes de tous âges, de communes différentes aussi, d’idéal différent également. »
« C’est bien dans ces sentiments là , poursuit-il, que la classe ouvrière de chez nous communie en ce jour de deuil, c’est bien dans ces sentiments que de tous les coins de France sont parvenus à l’adresse des familles si rudement frappées et à l’adresse de la corporation toute entière les témoignages de sympathie et de véritable affection. »
Sur un ton poignant de sincérité, il termine par : « Au revoir camarades, ce n’est qu’un au revoir frères ! »

Alors que M. Jean Edouard au nom de la Fédération des mineurs Force Ouvrière présente ses vives condoléances aux familles, c’est au tour de M. Archaud d’apporter le salut de la Fédération des Mutilés et Invalides du Travail.

Amputé des deux jambes à la suite d’un accident du travail survenu en 1913 en gare de Clermont-Ferrand, Jules Archaud s’avance aidé de deux mineurs : « Les travailleurs du sous-sol viennent une fois de plus d’être éprouvés, ce qui leur arrive plus souvent qu’à leur tour. Aussi est-ce étreint par l’angoisse que je m’incline devant les dépouilles de ces victimes et devant la douleur des familles que je m’incline devant ces douze héros du travail. »

Madame Simone Troigros responsable fédérale de la C.F.T.C s’adresse à la foule en ces termes : « Le travail qui doit faire vive les hommes a été pour vos mineurs ce qui a détruit votre vie. Votre présence par la pensée nous incitera à lutter pour que soient conjurés au vingtième siècle les éléments qui vous ont vaincus ».

Au nom des travailleurs nord-africains, M. Belaoues, en des termes d’une simplicité touchante tient à s’associer à la douleur des familles des victimes et à les assurer de sa vive sympathie.

M. Jean Pomel, maire de Vergongheon, Conseiller Général d’Auzon très ému s’écrie « Au moment où la terre va recouvrir les corps des douze victimes, comment exhaler notre douleur ? » « Loin de nous la pensée d’accuser quiconque de cette terrible catastrophe, cette destinée, cette mort aveugle qui fauche même les meilleurs, sans distinction et sans raison, ne menace-t-elle pas tous les travailleurs du sous-sol ? Y-a-t-il une profession plus noble mais aussi plus meurtrière ? »

C’est au tour de M. Carcassès de prendre la parole qui délivre le message du Président de La République M. Vincent Auriol : « « Douloureusement ému par la catastrophe minière de Frugères, je vous prie au nom du Gouvernement de la République et en mon nom personnel, de transmettre aux familles des victimes l’expression de ma profonde et affectueuse sympathie. Je tiens à leur donner l’assurance que, dans l’épreuve si cruelle qui les frappe, elles peuvent compter sur la solidarité de la Nation. »

La cérémonie s’achève par le discours du représentant de l’Etat, les cortèges se forment ..

Dans leur cercueil, les mineurs, un à un, quittent pour la dernière fois le puits du Parc.

4 – TOUT LE BASSIN MINIER EN DEUIL

Des clochers de Frugères-Les-Mines, de Brassac-Les-Mines à Vergongheon en passant par Sainte-Florine, Lempdes et Bournoncle-Saint-Pierre le glas résonne tristement dans la campagne ensoleillée.

  • La cérémonie terminée, à Frugères-Les-Mines le long cortège se forme derrières les corbillards d’Albert Bouche et Léon Delort tandis que les cercueils des autres mineurs sont acheminés par ambulance vers leur commune respective. En tête du cortège, « La Lyre des Mineurs », puis viennent les drapeaux des Anciens Combattants de 1914-1918, des A.C.P.G, de l’Amicale « Rhin et Danube », des anciens F.F.I. Les enfants des écoles portant des bouquets précèdent les corbillards dont les cordons sont tenus par des mineurs en tenue de travail. Le lent défilé se dirige vers le cimetière communal. Au nom de la population, M. Dorel Maire de Frugères adresse un dernier adieu aux disparus.
  • Le matin à Sainte-Florine, on inhume le corps de Raymond Fuzet .Un de ses anciens camarades rend un dernier hommage en présence de M. Migeon Sous-préfet de Brioude et de M. Barbier maire de la localité. Les mêmes personnalités sont présentes aux obsèques d’Alexandre Sahunet. Après l’ absoute donnée par l’ abbé Mallet, un cortège groupant « La Lyre des Mineurs », les enfants des écoles, les pompiers, les associations de Sainte-Florine et toute la population accompagnent le mineur à sa dernière demeure.
  • La dépouille de Bruno de Noni a été déposée dans l’église de Brassac-Les-Mines. A 14h30 toute la population de la localité s’est assemblée pour l’office religieux célébré par le Chanoine Ferrandon. Un long cortège comprenant de nombreuses personnalités parmi lesquelles M. Duché Sous-préfet d’Issoire, M. Dassaud Sénateur, MM. Laroussinie, maire de Brassac, M. Coiffier maire-adjoint et tout le Conseil Municipal suit le char funéraire.
  • A Lempdes, après l’absoute donnée par le Chanoine Anglade , en présence d’une nombreuse assistance et M. Carcassés Préfet , sont inhumés René Bernard, Fernand Borel et Robert Mallet après le discours d’adieu prononcé par M. Combes , maire de la localité.
  • C’est à Bournoncle-Saint-Pierre qu’est inhumé Raphaël Licois où l’absoute est donnée par le Curé Chazelet et en présence de M. Tisserand Secrétaire Général de La Préfecture et de Gabriel Alezais maire de la commune.
  • A Vergongheon l’inhumation de Constantino Chiado-Fioro précède celles d’Albert Flory et de Jean Knorst . L’absoute est donnée par l’abbé Martin en présence de M. Badault, Chef de Cabinet du Préfet et de M. Tisserand Secrétaire Général de La Préfecture tandis que M. Jean Pomel prononce l’éloge funèbre.

LES DOUZE VICTIMES

A la mairie de Frugères, c’est Gabriel Chalchat, Chef de Service aux Houillères d’Auvergne qui a la triste et pénible tâche de procéder aux formalités administratives. Sur le registre d’état-civil, chacun des 12 actes de décès est libellé ainsi : « Le vingt mai mil neuf cent cinquante deux, douze heures trente, est décédé accidentellement au puits du Parc … »

  • Fernand Borel (38 ans) né à Aigueperse (Puy de Dôme) le 26 mars 1914, Chef de Poste embauché le 13 octobre 1938 , domicilié à Lempdes (Haute-Loire) , fils de Florent Borel et d’ Adélaïde Roussel , marié un enfant,inhumé à Lempdes.
  • René Bernard (34 ans), né à Ardes sur Couze (Puy de Dôme) le 28 juillet 1917, ouvrier mineur embauché le 3 septembre 1945 , domicilié à Lempdes (Haute-Loire), fils de Bernard Laurent Bernard et de Marguerite Lapirot, marié 2 enfants,inhumé à Lempdes.
  • Albert Henri Bouche (39 ans), né à Frugères Les Mines le 1er août 1912, , ouvrier mineur embauché le 15 octobre 1934, domicilié à Frugères Les Mines, fils de Antoine Bouche retraité mineur et de Marguerite Orlhac, marié 3 anfants,inhumé à Frugères Les Mines.
  • Bruno Guiseppe de Noni (36 ans) , né le 31 octobre 1915 à Revine-Lago (Région de Vénétie – Italie), ouvrier mineur embauché le 9 octobre 1947 , domicilié à Frugères Les Mines, fils de Luigi Angelo de Noni et d’Elivira Magagni domiciliés à Brassac Les Mines (Puy de Dôme), marié 3 enfants,inhumé à Brassac Les Mines.
  • Léon Auguste Delort (37 ans), né le 4 novembre 1914 à Tanavelle (Cantal), ouvrier mineur embauché le 18 décembre 1945 , domicilié à Frugères Les Mines, fils de Jean Baptiste Delort cultivateur à Tanavelle et de Marie Réal, marié 3 enfants,inhumé à Frugères Les Mines.
  • Constantino Piétro Chiado-Fioro (50 ans) né le 27 août 1901 à Ruéglio (Région du Piémont – Italie), ,ouvrier mineur embauché le 18 septembre 1939 , domicilié à Vergongheon, fils de Guisseppe Chiado-Fioro et de Maria Carrosso, marié un enfant, inhumé à Vergongheon.
  • Albert Marius Flory (42 ans) né le 20 juillet 1909 à Vergongheon domicilié au même lieu , ouvrier mineur embauché le 30 octobre 1933 , fils d’Alfred Pierre Flory et de Marie Alphonsine Pougheon, marié 2 enfants, inhumé à Vergongheon.
  • Raymond Fuzet (26 ans), né le 7 octobre 1925 à Vergongheon, ouvrier mineur embauché le 2 mai 1945 , domicilié à sainte-Florine, fils d’André Marcel Fuzet et de Marthe Pauline Sabatier, marié 2 enfants, inhumé à sainte Florine.
  • Jean Adam Knorst (34 ans), né le 31 août 1917 à Teting sur Nied (Moselle), ouvrier mineur embauché le 17 mars 1947, domicilié à Vergongheon, fils d’Adam Knorst cultivateur à Teting et de Marguerite Morsch, marié 8 enfants, inhumé à Vergongheon.
  • Raphël Daniel Licois (33 ans) né le 26 septembre 1918 à Tours (Indre et Loire), ouvrier mineur embauché le 24 mai 1931, domicilié à Bournoncle Saint Pierre, fils de Raphaël Alfred Licois et de Adrienne Branchu, marié 4 anfants,inhumé à Bournoncle Saint Pierre.
  • Robert Mallet (31 ans) né le 16 août 1920 à Lempdes (Haute-Loire) et y demeurant , ouvrier forgeron embauché le 8 novembre 1941, fils de Mathieu Mallet et de Marie Vedel, marié un enfant, inhumé à Lempdes.
  • Alexandre Sahunet (42 ans) né le 18 mars 1910 à Sainte-Florine, ouvrier mineur embauché le 19 novembre 1943 , domicilié à Frugères Les Mines, fils de François Sahunet et d’Urilie Vincenta Maria Pilar, marié 4 enfants, inhumé à Sainte Florine.

Témoignages

Louis Vigier Le matin méme , nous y étions tous les enfants des écoles sur le talus à attendre !! je me souviens, j’avais 7 ans ! C’est la première fois que je voyais des mineurs sortir de la cage entièrement nus et noirs pour se diriger vers la chambre chaude pour la douche !! quelque fois j’en cauchemarde encore !!et pourtant je suis devenu moi-même mineur de fond à Bayard quelques années plus tard ; et durant 7 années !!! Cordialement !!

Marie Ange Oleon j’ai mon oncle qui est un des rescapés de la catastrophe du 20 mai 1952. je suis la nièce d’André Blanquet.

Cary Kris Mon oncle et l’un des seul rescapés de ce drame!!! Oui je suis la petite niece de trottinette, la petite fille de son frere Alfred dit Frazy.

Les réactions après la catastrophe de 1952

CGT, extrait de Le Travailleur du sous-sol, mai-juin 1952.

«ASSEZ DE MASSACRES AU FOND DES PUITS !

Mineurs, luttez pour assurer votre sécurité

Encore une. Après Courrières et Vuillemin (Moselle) en 1948, Liévin en 1949, Saint-Éloi-les-Mines en 1950, Bruay en 1951, une catastrophe s’est produite au puits du Gros-Mesnil  (Haute-Loire) le 20 mai. 12 mineurs ont péri laissant 12 veuves et 36 orphelins.

Chaque jour, le sang coule dans nos bassins miniers.

Du 1er janvier 1952 au 25 mai on compte :

56 tués dans le Nord-Pas-de-Calais.
20 tués dans les mines de fer de l’Est.
5 tués dans les mines de la Loire.

Depuis le 1er avril jusqu’au 25 mai, il y a eu 10 tués dans le Gard et l’Hérault.

Il faut noter en plus les accidents dans les autres bassins et peites mines, ainsi que les centaines de blessés graves. Il s’agit en fait d’un véritable massacre au fond des puits.

Les responsabilités

Que l’on ne vienne surtout pas invoquer la fatalité. Ce qui tue les mineurs, c’est la politique de charbon au plus bas prix.

La catastrophe du puits Gros-Mesnil eût pu être évitée.

Dans un manifeste, notre syndicat de la Haute-Loire démontre l’entière responsabilité des Houillères et de l’État-patron et du service des mines.

1° La mise en chantier du plan à chariot n°3, où s’est produit le dégagement instantané n’aurait pas dû être effectuée à proximité d’une zone dangereuse connue par l’exploitant par les divers dégagements survenus antérieurement au niveau supérieur, et y compris au niveau 620 où eut lieu un dégagement à environ 6 mètres du lieu de la mise en chantier du plan ;

2° La mise en chantier du plan à chariot n°3 a été effectuée en montant, malgré la connaissance dangereuse de son emplacement, alors que le réglement des mines à dégagement instantanné prévoit que les travaux doivent être conduits de manière à réaliser le desserrage progressif des terrains. Tenant compte de ces dispositions, les travaux auraient dûs être entrepris en descendant, comme d’ailleurs ils le furent constamment dans ce puits du Parc ;

3° Comment se fait-il que lors du changement  des terrains du front de taille du plan à chariot n°3, des sondages n’ont pas été effectués afin de reconnaître la qualité des terrains suspects de dégagements instantannés ? Vu cet état de fait, pourquoi des mesures de précautions n’ont-elle pas été prises en rapport avec la connaissance de cette zone dangereuse ?

4° De plus, les tirs réglementaires ne furent pas effectués la veille ni au front de taille de l’avancement qui est dans des terrains de schistes charbonneux, ni au plan à chariot n°3. Les derniers tirs de l’avancement ayant été effectués le 12 ou 13 mai, celui du plan à chariot n°3 le 17 mai ;

5° Les sorties de secours du personnel étaient négligées, en particulier le puits intérieur du niveau 620 à 515 muni d’une seule cage sans contrepoids (rat) et démuni d’échelles, ce qui aurait permis, malgré le manque de pression au moment du dégagement de remonter les ouvriers parvenus à la recette 620 ;

6° De plus, les travaux de l’avancement ne devaient pas s’effectuer aux mêmes postes ni en même temps que les travaux du plan à chariot n°3, ce qui est contraire au réglement ;

7° L’ingénieur du puits avait, paraît-il, demandé de faire un bure (puits intérieur) au lieu d’un plan à chariot ; un refus lui fut signifié par la direction des houillères du bassin d’Auvergne avec ordre de faire le plan à chariot en montant ;

8° L’ingénieur du service des mines aurait déclaré, lors de son enquête, qu’il préférait être dans sa peau que dans celle des ingénieurs, que le plan à chariot n’aurait pas dû être fait à cet endroit ;

Comment se fait-il que des dispositions n’aient pas été prises avant, le service des mines étant bien au courant de tous les travaux effectués au puits du Parc :

La Commission d’enquête réclamée par le syndicat des mineurs s’impose d’urgence, afin que toutes les responsabilités soient établies et que soient châtiés les coupables.

Le lendemain de la catastrophe, en signe de protestation et pour exiger plus de sécurité, tous les mineurs et les ouvriers des usines du bassin de la Haute-Loire débrayèrent 24 heures.

Par milliers, ils se retrouvèrent le lendemain lors de la cérémonie officielle.

Là, nos camarades Kléber Loubert, secrétaire de la Fédération régionale du centre et Victorin Duguet, secrétaire général de la Fédération du Sous-Sol qui représentait notre Fédération avec Achille Blondeau, secrétaire fédéral, firent le procès des responsables de la catastrophe.

Dans un discours émouvant qui fit venir les larmes aux yeux de l’assistance, Loubert retraça la terrible tragédie.

«Nous n’avons pas le droit, conclut-il, de discuter de la fatalité quand les mineurs se dressent contre l’abandon des règles de sécurité, quand on leur vole leurs délégués. Nous exigeons qu’une commission d’enquête soit constituée avec la participation des ouvriers.»

Un réquisitoire

Prenant ensuite la parole, Victorin Duguet [du Martinet, près de La Grand-Combe] rend aux victimes de l’État-Patron un dernier hommage au nom de tous les mineurs de France. Il situe ensuite les responsabilités et dresse un véritable réquisitoire.

«Ce qui tue les mineurs, déclare Victorin Duguet, ce qui provoque les catastrophes, ce sont les méthodes d’exploitation, les cadences infernales de travail, la négligence trop souvent, et même l’abandon total des mesures de sécurité, l’insuffisance ou la mauvaise qualité du matériel et des installations, l’insuffisance des pouvoirs des délégués mineurs, le non-respect de leurs rapports, une loi de voleurs qui empêche les travailleurs de la mine de se donner les délégués mineurs de leur choix.

Ce qui tue les mineurs et provoque la catastrophe, c’est le refus d’appliquer leur statut et son article 12, c’est cette course au charbon au plus bas prix pour les besoins de la politique de guerre qui fait que les mineurs soit brimés, bafoués, qui veut que les prix de tâche soient constamment abaissés, qui fait que les réclamations et les avis des mineurs et de leurs syndicats sont systématiquement repoussés.

Voilà ce qui tue les mineurs, voilà ce qui provoque les catastrophes.

Voilà ce qui jette le deuil, la misère, la désolation dans nos foyers, voilà ce qui fait qu’aujourd’hui nous pleurons douze des nôtres, ici, tandis qu’à la Grand-Combe, nos frères pleurent aussi deux des leurs, tués eux-aussi par le gaz carbonique.

C’est cela qui tue les mineurs et de cela il y a des responsables.

Oui, c’est vous messieurs les ministres, qui êtes responsables des malheurs qui frappent notre corporation, par votre politique de rendement au plus bas prix, innovée par le socialiste de droite Lacoste et ses néfastes décrets, et continuée par le républicain populaire Louvel, ministre du pétainiste Pinay.

Oui, c’est vous, monsieur le directeur, messieurs les ingénieurs, qui portez une lourde part de responsabilité, lorsque vous appliquez servilement les consignes d’une pareille poplitique de malheur et votre responsabilité est d’autant plus engagée que vous connaissez les souffrances et les misères de notre corporation, comme vous connaissez le danger et la dureté du métier de mineur.

N’est-ce pas une honte que parmi les victimes que nous pleurons aujourd’hui, l’une d’elles a dû, la quinzaine dernière, se présenter quatre fois au bureau pour réclamer son dû ?

N’est-ce pas une honte que ces hommes aient eu leur salaire diminué de près de 200 francs par jour depuis le premier mai ?»

Et répondant aux discours hypocrites que ceux qui parlent de respect des morts, Duguet indique :

«Le meilleur moyen de respecter des morts, c’est de de dénoncer les responsables de leur mort et de lutter tous ensemble pour que pareille tragédie ne se renouvelle pas.»

La CFTC au secours de la direction

Auparavant, un employé des Houillères, dénommé Travers, avait pris la parole au nom de la CFTC. Son discours avait vraisemblablement été préparé dans les bureaux de la direction.

Il parla de la fraternité qui unit le directeur des Houillères et les ouvriers. Il s’indigna que la CGT dénonce les responsables de la catastrophe, couvrant ainsi la politique d’insécurité dans les mines pratiquée par les Houillères.

Il fut naturellement félicité le lendemain par le Figaro nazi et le journal fasciste l’Aurore.

L’engagement national

Le préfet, lui, prit la parole après notre camarade Duguet. Parlant au non du gouvernement, il tenta de défendre l’État-Patron, prostestant contre les accusations formulées par Loubert et Duguet.

Comme s’il suffisait de venir verser des larmes de crocodiles sur les cercueils de ceux que la politique de charbon au plus bas prix a assassiné.

Le préfet a pris l’engagement national d’assistance et de réparations envers les victimes. A l’heure où nous écrivons ces lignes, rien n’a encore été fait par le gouvernement. Qu’attend-il pour faire voter le projet de loi du groupe communiste demandant 10 millions pour les victimes ?

Pour en finir avec les massacres

C’en est assez de victimes. Il faut en finir avec la politique du charbon au plus bas prix qui tue au fond des puits. Il faut en finir avec les cadences infernales à la mode américaine. (C’est aux USA qu’il y a le plus de tués dans les mines). Il faut accorder de meilleurs salaires et prix de tâche. Il faut que toutes les règles de sécurité soient observées. Le projet de loi communiste sur l’extension des pouvoirs des délégués-mineurs doit être voté de suite [le PCF demandait que le délégué puisse arrêter les travaux dangereux, voir l’annexe : «Les délégués mineurs»]. En outre, les mineurs doivent avoir le délégué de leur choix. C’est un mal-élu avec 25 % des voix qui fonctionne au puits Gros-Mesnil. Depuis quatre jours il n’était pas descendu à ce puits. Lors de sa dernière descente, il n’a même pas signalé l’existence du gaz. Et pourtant, tous les ouvriers savaient que l’on approchait d’une poche de gaz.

Nous l’avons déjà dit et nous le répétons, un délégué élu avec une minorité de voix, qui n’a pas la confizance des ouvriers, n’a pas d’autorité. De ce fait, il ne peut pas défendre convenablement la sécurité et la vie des ouvriers.

Assez d’assassinats. Mineurs et similaires, refusez de travailler dans des conditions d’insécurité. Refusez de travailler pour de bas prix à la tâche. Ripostez avec force quand on vous inflige une brimade, quand il y a un tué ou un blessé grave dans votre puits. Exigez plus de pouvoirs aux délégués-mineurs qui doivent être élus par la majorité d’entre vous. Luttez dans l’union pour plus de sécurité, pour préserver votre vie.

La Fédération du Sous-Sol.

Extrait du « Figaro », 23 mai 1952

«C’est alors que deux représentants de la CGT prirent la parole. Ce fut pour se livrer à une manifestation communiste, manifestation d’autant plus indécente qu’elle se déroulait devant des cercueils.

M. Léon Travers, secrétaire local de la CFTC, sut donner ensuite aux deux syndicalistes extrémistes la leçon d’élémentaire  correction qu’ils méritaient.

– Pourquoi faut-il, déclara-èt-il avec émotion, que la douleur des familles soit troublée par des dissensions savamment entrenues ?»

Extrait de « L’Aurore », 23 mai 1952

«Les émouvantes obsèques des douze victimes de la catastrophe de Frugères ont été troublées par d’indécents discours communistes.

[…] Après quoi, M. Kloubert Loubert, secrétaire de la Fédération CGT des mineurs du Centre, avec un manque de délicatesse qui fut sévèrement apprécié par les mineurs, profita de son tour de parole pour prononcer un discours de propagande politique. Cette exploitation indécente du deuil qui frappe douze familles de travailleurs créa un dur malaise parmi les assistants de cette cérémonie qui, jusqu’alors, avaient communié dans la même émotion et dans le même deuil.

M. Louis Travers, secrétaire local de la CFTC, parlant ensuite, déplora que des paroles de discorde aient été prononcées en de pareilles circonstances.

Mais quand vint le tour du secrétaire national de la Fédération  des syndicats du sous-sol, M. Victorien Duguet, celui-ci n’hésita pas pourtant à renouveler les accusations indécentes portées par M. Loubert et à rejeter les responsabilités de la catastrophe sur le gouvernement.

Enfin, M. Carcasses, préfet de la Haute-Loire, représentant le gouvernement, s’élève fermement contre la polémique déplacée que venaient de soulever certains orateurs au seuil du cimetière.»

CGT-FO, extrait de Le Réveil des Mineurs, n°25, Mai 1952

La Corporation Minière en deuil

À la trop longue liste des victimes, que dans tous les pays du monde et à travers tous les âges, elle a déjà dressée, la mine homicide vient encore d’ajouter des noms. En quelques jours, seize hommes, descendus le matin pleins de vigueur et de santé, ont trouvé une mort atroce dans les profondes galeries.

Ils sont tombés : 12 à Frugères-les-Mines, 2 à La Grand-Combe, un à Bruay et un autre à Loos-en-Gohelle, en moins d’une semaine. Sachant bien qu’ils risquaient leur vie chaque fois qu’ils mettaient pieds dans la cage de descente, ils l’ont courageusement  sacrifiée pour que d’autres hommes puissent vivre du produit de leur travail.

Un drame horrible vient de se consommer à Frugères-les-Mines ; conscients de ce qui les attendait, 12 mineurs se sont héroïquement effacés pour donner la vie sauve aux 8 plus jeunes d’entre eux. Comprendra-t-on jamais ce qu’il y avait de noble dans les paroles de ces braves gens qui disaient, à leurs cadets, «partez et renvoyez la cage vite, bien vite». Ils savaient cependant qu’elle reviendrait trop tard. Courageusement, ceux qui restaient ont prononcé ces paroles d’espoir ; «renvoyez la cage bien vite» pour que ceux qui partaient n’aient pas trop de regrets d’avoir été choisis pour survivre.

Encore une fois la corporation minière est en deuil. En fait, elle l’est toujours, car il ne se passe pas de semaine qu’ici ou là, isolément ou en groupe, le sous-sol ne se venge de ceux qui ont voulu violer son secret et lui enlever ses richesses. Au sujet de tous ces morts, des enquêtes ont été ordonnées dont il ne vous appartient pas, pour l’instant, de préjuger les résultats.

Y a-t-il eu faute d’exploitation ? Y a-t-il eu imprudence ? Nous souhaitons que la vérité soit dite, sur les causes de tels drames, car nous nous refusons à croire, toujours et encore, à la seule fatalité.

Les représentants du patronat et des Pouvoirs publics sont allés s’incliner devant les dépouilles de ces braves gens. Ils ont prononcé des mots qu’à ce moment ils pensaient. Ils ont rappelé combien cette profession était pénible et surtout dangereuse. Ils se sont associés au deuil des veuves, des mères et des enfants. Nous sommes certains qu’à ce moment là ils étaient sincères. Ce que nous voudrions, c’est qu’ils n’oublient pas trop vite ce qu’ils exprimaient devant les cercueils des victimes. A l’heure même où se produisait à Frugères ce dégagement catastrophique, les représentants des des mineurs discutaient avec les représentants patronaux et ceux des Pouvoirs publics. Hélas ! au cours de cette discussion, nous dirons même de ces marchandages, seuls les représentants des syndicats pensaient à ce que le métier de mineur comportait de dangereux.

Les autres estimaient qu’il était un métier comme un autre et ceci constituait une escroquerie morale. Ce n’était pas une profession comportant un grand besoin de spécialité et de connaissances particulmières. Partant, on marchandait leurs salaires et leurs conditions humaines. On oubliait que la spécialité du métier de mineur était surtout d’avoir à affronter la mort à tous les instants et que, pour l’éviter, ils avaient à calculer et à peser tous leurs gestes.

Cette même commission nationale doit se réunir à nouveau le 4 juin. Nos interlocuteurs du 20 mai auront-ils gardé le souvenir de ce que la réalité de Frugères, de la Grand’Combe, de Bruay et de Loos-en-Gohelle devrait leur rappeler ? Nous voulons l’espérer, en tous cas nous raviverons leurs souvenirs et saurons défendre, comme il convient, les droits de nos camarades, de ceux qui risquent leur vie tous les jours.

On s’est plaint que certains propos malséants aient été tenus à l’occasion des obsèques des victimes de Frugères. Une certaine presse a écrit des insanités contre des ministres, des ingénieurs, des agents de maîtrise, voire même des délégués mineurs qui ne sont pas de leur bord. Elle appelle crime volontaire une catastrophe qui se produit en France, tandis que, selon elle, celles qui se produisent derrière le rideau de fer sont dues à la seule fatalité, sans doute parce qu’elles sont plus fréquentes.

Plaignons les malhonnêtes gens qui tiennent de tels propos ou font de tels écrits, mais de grâce, qu’on n’agisse pas toujours pour leur donner, auprès des masses laborieuses, un semblant de raison dont ils ont tellement besoin.

La Fédération des Mineurs F.O.

Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952
Les mines du Grosménil :Frugères et la catastrophe du 20 Mai 1952

§

Par : Raymond Caremier
Publié par : Papou Poustache, le 22 Mai 2016, 16:26 pm
Sur le site : cpauvergne.com

Introduction et mise en page : Mas de la Regordane/GD
Première publication : 18.12.2017
Dernière mise à jour : 18.12.2017

Fêtes chrétiennes à La Grand-Combe (video)

EgliseLGC2
Photo : Notre Dame de l’Immaculé Conception de La Grand-Combe

1836 – année de la fondation de La Grand-Combe qui comptait alors 574 habitants,

1851(04.11) – sur la place Bouzac, une grande croix de fer est érigée et bénie par monseigneur Jean-François, Marie Cart (1799-1855), évêque de Nîmes qui accorde en ce jour de clôture de jubilé, quarante jours d’indulgence, pour une durée perpétuelle, à quiconque réciterait un Notre Père et un Ave Maria en passant devant elle.

1852 (00.10) – consécration de l‘église de Champclauson, premier édifice religieux construit par la Compagnie des Mines de La Grand’Combe.

1857 (04.10) – église de la Grand’Combe : suite à une allocation des plus généreuse de la Compagnie des Mines de la Grand-Combe qui a abondé dans le projet d’érection d’une église dans la nouvelle commune, Pierre Prosper Chabrol, célèbre architecte (protestant) de Paris, ainsi qu’une foule immense issue de tous les villages et villes du Sud de la France, assistent en ce jour, à la pose de la première pierre de l’église de la Grand’Combe dont « le clocher devient le centre et le point de ralliement des rues et des places » de la commune. Notre Dame de la Grand-Combe, consacrée quelques années plus tard Notre dame de l’Immaculée Conception, sera dotée d’une seule nef, mais plus large que celle de Notre Dame de Paris…

1864 – Inauguration de l’église à la Grand-Combe : achèvement des travaux de l’église, construite en grès du pays, provenant du ruisseau de l’Arboux, près de l’actuel cimetière et de la carrière de la mine de Champclauson.

1868 – Le temple de Trescol de culte Réformé Évangélique (des croyants au Christ, donc des chrétiens) est construit à Trescol par la Compagnie des Mines de La Grand-Combe. Il est orné de belles colonnades avec balcons.

1879 (novembre) – inauguration de la Chapelle de la Levade, quartier de La grand-Combe. Cette chapelle (dite) de secours (en fait une vraie église) et son presbytère furent aussi édifiés par la Compagnie des Mines de La Grand’Combe.

LGC14

1880/81 – Installation des grandes orgues de la Grand-Combe, oeuvre de Vincent Cavaillé-Coll, l’un des derniers représentants de l’illustre famille des fabricants d’orgues de Paris.

R. Goodwyn joue Lefébure-Wely sur le Cavaillé-Coll de la Grand-Combe

1888 – Les anciens vitraux de l’église de La Grand-Combe sont remplacés par ceux issus des ateliers du peintre et maître verrier parisien, Oudinot. En plus des scènes traditionnelles de la vie de Jésus, l’un des vitraux représente la bénédiction, par l’abbé Méjean, de l’église primitive située à la Frugère et un autre, le pèlerinage à Notre Dame de Laval, avec la représentation d’un puits de mine.

1914 – Musulmans : arrivée des premiers ouvriers algériens dont le Coran, en plus de 30 versets consacrés à Jésus, mentionne la naissance miraculeuse et la vie exemplaire de ce dernier. Par exemple, la sourate 3 versets 45/61 rappelle qu’il est : «  …Fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l’au-delà et l’un des rapprochés de Dieu …« , tandis que la sourate 5 verset 46 précise : « Et Nous avons envoyé après eux, Jésus Fils de Marie, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et Nous lui avons donné l’Evangile où il y a guide et lumière… « .

1950 – Communions avec Jésus, à La Grand-Combe dans les années 50

2012 – Sarabande de Haendel par Marie la siffleuse – vidéo 4’43 » de Marc Laforêt

LgcMesseChrismale2015

2015 (31/03) – Messe Chrismale dans l’église de La Grand Combe.
Toutes les photos : cliquez ICI

§

et en bonus, une sonnerie de cloches à La Grand-Combe 😉

§

Source : Youtube

Mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 10.12.2017
Dernière mise à jour : 29.01.2018

Aérodrome de Champclauson à La Grand-combe (video)

LGCrue19MarsPhoto : en contrebas de l’Arboux …
.
Au sommet de la commune de la Grand-Combe, dans le Gard, il est un lieu appelé l’Enfer. Je ne saurais vous dire la raison de ce toponyme, mais il doit bien y avoir un lien avec la mine et son dur métier car : descendre au sein d’une galerie qui peut atteindre plus de 800 mètres de profondeur (puits Ricard, puits Destival), n’est-ce pas aller frapper du pic aux portes de l’Enfer ?

Mais il est des miracles inexplicables ou des détournement de destination pour le moins merveilleux : cet Enfer grand-combien a pour vocation … la montée au ciel !

Ainsi, dans les années 50, une noria de buldozers et de niveleuses ont chamboulé l’aspect du sommet de la montagne de Champclauson pour l’aplanir et le transformer en rien de moins qu’une piste d’aérodrome.

Oh bien sur, si à l’instar de John Travolta vous possédez un Boeing 747, inutile d’essayer de le faire atterrir sur la modeste piste de l’aérodrome de Champclauson, quartier situé au Nord est de La Grand-Combe, mais s’il vous tient vraiment à coeur de jouer « les filles de l’air », pourquoi ne pas venir visiter « Enfer » et prendre un baptême … de l’air ou de vous initier au vol à voile.
.

.
L’aérodrome de Champclauson, est occupé entre autre par le CVVG : en effet depuis plus de 50 ans, on peut s’adonner à l’aviation sur ce terrain avec le Centre de Vol à Voile Gardois, créé par Henri Poitevin. Ce club déploie désormais ses ailes avec Alain Poncet, son président actuel.
.
§

Source : Youtube
Texte et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 10.12.2017
Dernière lise à jour : 23.12.2017

Fêtes et Fanfare à La Grand-Combe 1950 (video)

LGCsteGymnastique2Photo : Nos ancêtres les Gaulois sportifs grand-combiens

On s’est bien amusé avec les pompons avec les pompiers ! Ainsi débute ce court métrage présentant les prouesses de divers corps constitués : les pompiers et les clubs sportifs de La Grand-Combe dans les années 50.

.

Détail et commentaires sur le script de ce court métrage 

00:00 – à venir

§

Sur le même sujet (cliquez sur le lien ci-dessous) :
De-l’Harmonie-des-Houillères-à-l’Orchestre-Variation’s-2015-Vidéo

§

Source : Youtube
Première publication : 10.12.2017
Dernière mise à jour : 29.01.2018

Livres et écrits sur La Grand-Combe

1/ La Grand-Combe en Cévennes : mines et mineurs du canton

La Grand-Combe en Cévennes : mines et mineurs du canton
Cet ouvrage est la suite – et le complément – de La Grand-Combe en Cévennes, jadis canton de gueules noires…, paru en 1989, un document qui a connu plus qu’un succès d’estime ; mais dans le présent livre, les coauteurs ont voulu privilégier surtout le travail, la peine, des mineurs d’un canton qui leur est cher et dont la récession économique, due à l’arrêt de l’exploitation au fond, les a émus.

Cette étude, à la fois économique et sociologique, qui n’est certes pas exhaustive, se présente comme une sorte de triptyque.
– Dans le premier volet est évoqué le travail, durant près d’un siècle et demi, des gueules noires dans les mines et le trajet du charbon depuis son extraction dans les chantiers ou les tailles jusqu’à sa commercialisation ;
– dans le second, est présentée l’exploitation des découvertes, le travail des tractoristes et conducteurs d’engins bien différent de celui de leurs aînés, et les problèmes (emploi, environnement) qu’elle pose ;
– le dernier volet est consacré à la mort des puits à la fin des installations du jour, aux friches industrielles et aux perspectives d’avenir pour ce canton cévenol.

Ce livre est une étude objective, écrite très simplement par trois complices qui connaissent bien ce dont ils parlent : non seulement ils sont nés, de parents gueules noires, dans ce pays ; mais ils ont eux-mêmes œuvré dans les mines : durant de nombreuses années pour deux d’entre eux, pendant une dizaine de mois pour le troisième. Et ils ont suivi, avec beaucoup d’intérêt, mêlé de crêve-coeur (et de nostalgie), tout ce qui s’est passé, à La Grand-Combe et dans son canton, depuis près de trente ans.

Comme La Grand-Combe en Cévennes…, ce livre d’une amitié et une mémoire par 14 images est enrichi de plus de 140 documents iconographiques : cartes et plans, cartes postales anciennes et photos récentes. Il porte témoignage et permet de mieux connaître et, partant, d’aimer, une terre et des hommes qui ont fait si longtemps, par leur travail, leur sueur et leur peur, la prospérité de plusieurs cantons de la Cévenne, des Cévennes. Région : Languedoc-Roussillon / France

§

2/ L’exploitation des houillères en Languedoc
et le marché du charbon au XVIIIe siècle

ConcTubeuf

Auteur : Guy-Roland Galy
Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale – Année 1969 – Volume 81 – Numéro 92 pp. 163-195

SOURCE et LECTURE DES PAGES > cliquez sur le lien : www.persee.fr

§

3/ LES VISAGES ET LES VOIX de Patrick LAUPIN

Les Visages et les Voix : Le Chemin de la Grand-Combe par Laupin

.
Il est des livres qui traversent les années et trouvent toujours leurs lecteurs, contrairement à de nombreux autres qui, au bout de six mois, quittent définitivement l’étal des libraires, bien qu’on en ait abondamment parlé dans les journaux à la mode. L’ouvrage de Patrick Laupin, Les Visages et les Voix, appartient à la première catégorie. Sa première édition, chez Cadex, remonte à 1991, elle fut suivie d’une deuxième chez Comp’Act en 2001 et en voici la troisième chez un nouvel éditeur, La Rumeur Libre, qui se distingue par son exigence…

Patrick Laupin est issu d’une famille de mineurs du bassin houiller des Cévennes. Il a passé une bonne partie de son enfance dans ce milieu, il en a conservé des souvenirs très vifs et, à l’heure de la fermeture des puits et ensuite, il revient sans cesse sur les lieux. Au-delà des souvenirs d’enfance dans lesquels se mêlent les êtres et les paysages, c’est l’enfouissement d’un groupe ouvrier dans l’oubli par le biais de la destruction de leur outil de travail qui se dit dans ce beau livre souvent émouvant, mais toujours d’une grande rigueur intellectuelle.

Et c’est une ode à la classe ouvrière qu’écrit Patrick Laupin : calmement, avec une pudeur jamais prise en défaut, avec un respect de chaque instant…, à l’opposé de la condescendance de certains politiciens qui se penchent sur la France d’en-bas ou du mépris d’autres qui s’apitoient hypocritement sur les travailleurs qui se lèvent tôt. La démagogie est totalement absente de ces pages: Patrick Laupin n’attend rien de ces hommes et de ces femmes dont il parle, car il leur doit déjà tout: “J’ai toujours éprouvé tenir mon langage de cette vallée arborescente de fougères, de cette terre austère et patiente rythmée par le labeur. Enfance, amour et mémoire, ce livre est le souvenir, toujours vivant en moi, de ceux de ma famille, qui travaillèrent à la mine.” Mieux, il entend redonner la parole à une corporation qu’on a voulu réduire au silence, à l’inexistence: “Et je suis convaincu que des êtres restent à jamais séparés des autres lorsqu’ils ont une expérience impossible à transmettre.” Car la première violence faite au travailleur qu’on prive de son travail, c’est le silence qu’on lui impose…
Ce livre est inclassable, il se joue des genres littéraires: ce n’est pas un roman, ce n’est pas un récit, ce n’est pas un essai, c’est la succession de trente-six textes (souvenirs, descriptions, proses au statut indéterminé, poèmes en prose, vers, propos d’anciens mineurs…) dont quatre sont composés exclusivement de paroles de mineurs recueillies sans doute par l’auteur.

Patrick Laupin ne décrit pas pour le simple plaisir de décrire mais pour capter quelque chose de profond qui renvoie à la construction de son identité, même si le lecteur appréciera de très beaux passages comme celui-ci:

Il y a l’émergence d’un vide dans cette lumière de plomb gonflée d’un creux d’éther, d’un bleu étale vrombissant du jaune et du vert les plus limpides, du mauve violet parfumé d’orage, d’orange des chênaies, de lueurs presque rousses, du jaune vieil argent des ormes guetteurs arqués en à-pic.

L’écriture est exigeante, précise, minutieuse, mais le réel reste en équilibre instable, prêt à s’évanouir si l’attention du lecteur vient à manquer : c’est une écriture à lire lentement pour ne rien perdre de ce qui se dit dans ces pages, une écriture à l’opposé du bavardage contemporain, dans lequel un mot chasse l’autre, un livre chasse l’autre.
Dans le dernier texte, « le Chemin de la Grand-Combe », les phrases commencent et ne se terminent pas, font de la place à une autre phrase qui, à son tour…

Ainsi Patrick Laupin ouvre-t-il de multiples perspectives qui ne s’annulent pas, mais s’ajoutent pour dire le monde dans sa diversité, car la richesse du réel ne s’épuise pas et tout se mêle alors. Le style de Patrick Laupin (son phrasé, car, le lisant, c’est aussi une voix qu’on entend) est reconnaissable entre cent autres.

Il s’agit toujours de dire, de lutter contre le non-dit, de dépasser “l’informulable, l’indéchiffrable, l’intransmissible” , de vaincre ces zones d’ombre pour rendre aux humains d’ici – les mineurs et leurs proches – une dignité que la société de la marchandise, avec sa sacro-sainte rentabilité, leur a déniée. Et c’est alors toute la beauté d’un travail, toute la noblesse d’une vie ouvrière qui se donnent à lire, qui se transmettent par ce livre. Modestie et dignité d’une vie austère et grandiose :

… les cabas de cuir où l’on emmène juste ce qu’il faut manger. le même que l’on garde toute une vie, des années.

le contraire exactement d’aujourd’hui où tout se jette dès qu’utilisé une fois. Car la vie humaine aujourd’hui est jetable. Alors, dans ce travail ingrat et dur, c’était la vie en ce qu’elle est irremplaçable, la vie au travail avec ses luttes contre la matière, contre l’exploitation, contre les risques, la lutte pour vivre mieux, la solidarité, l’amitié… Il fallait dire et répéter ces choses simples qu’actuellement les penseurs de deux sous, bien en cour, qualifient d’archaïques et de ringardes :

Les mineurs en grève sur le carreau, l’embrasure énorme et monstrueuse du puits sans un bruit. Vide noir sacré.

Notre époque entend faire table rase de ce qui n’est plus rentable au prix de vies brisées: il lui faut tout enfouir dans l’oubli, jusqu’à la mémoire pour que la contestation ne gêne pas le règne de la marchandise. Patrick Laupin entend ici redonner vie à certains de ces hommes sacrifiés par l’économisme ambiant. Il y réussit fort bien.

Les mineurs ont recouvré leur mémoire. Il leur prête sa voix : un homme parle dans la cacophonie du spectacle généralisé qui n’est que silence de mort. Un homme parle et le sens alors s’élève, pour tous ceux qu’on a privé de mémoire et de parole, un sens s’élève, donné en partage pour que se réunisse enfin le plus grand nombre qui n’a rien à attendre en dehors de la lutte. Reste au lecteur à se confronter à cette absence qui devient présence : l’avenir est de retour.

ISBN : 2355770042
Éditeur : LA RUMEUR LIBRE EDITIONS (10/10/2008)
Source : Lucien WASSELIN, le 20 juin 2017
La Tribune de la Région Minière, 3317, p.4, 2009
(à propos de Les Visages et les Voix)

§

IV / Le Puits Sans-Nom

Couverture

Le Puits Sans-Nom

Par : Mireille PLUCHARD
Édité par : Presses de la Citée

Source : GoogleBooks (belles pages à lire)

§

Articles présentés par : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.11.2017
Dernière mise à jour : 27.12.2017

Saint Florent 1975, le puits dynamité (video)

Saint-Florent-sur-Auzonnet : il y a 40 ans, le puits était dynamité
Photo : le chevalement du puits … [de Saint Florent], s’effondre dans un fracas de béton et de [ferrailles, soulevant] un énorme nuage de poussière.
.

I/ Saint-Florent-sur-Auzonnet : il y a 40 ans, le puits était dynamité.

Paul Rouverand, ancien correspondant de Midi Libre, et président de l’association La Mémoire des mineurs remémore cet événement qui a mis un  point final à l’histoire minière dans la vallée.

On est le 26 mai 1975, le village vit au ralenti. Le dynamitage du puits Saint-Florent est prévu vers 12h30. La circulation a été interrompue aux deux entrées du village.  Les volets sont clos, mais les fenêtres sont ouvertes dans les quartiers voisins. Toutes les mesures de sécurité ont été prises.

Le haut chevalement du puits, ouvrage en béton au sommet duquel tournaient inlassablement les molettes de la cage d’extraction est d’abord abattu à la dynamite. Puis le chevalement du puits, haut de 53 m s’effondre dans un fracas de béton et de tôle qui soulève un énorme nuage de poussière.

Cette douloureuse ablation a eu lieu sous le regard de nombreux mineurs perchés sur les hauteurs de la commune, qui ont vu avec tristesse et quelques larmes s’abattre les superstructures de leur puits comme un navire qui sombre corps et biens. A l’époque le puits était le plus moderne d’Europe.

Il ne restait alors plus qu’un énorme trou béant d’une profondeur de 656,50m et d’un diamètre de 7,50 m. Pendant 3 mois, quatre camions on fait des va-et-vient incessants entre le terril et l’emplacement du puits de mine pour déverser du remblai dans ce gouffre béant. Ensuite une dalle en béton a été coulée pour éviter tout incident.

Rappelons que le creusement du puits Saint-Florent avait commencé le 2 septembre 1946 (le premier tir de mine pour son creusement fut donné par Victorin Duguet, natif du Martinet, à l’époque président des Charbonnages de France) et terminé le 25 octobre 1956. La première tonne fut extraite  au mois de novembre 1954 et la dernière le 21 octobre 1974.

C’est donc pendant 20 ans que le puits a fourni une grande part de la production des Cévennes. Au total 9 413 000 tonnes furent extraites du sous-sol. Il y a eu jusqu’à 1412 mineurs au fond et 722 en surface. Tous les jours, 23 cars transportaient les mineurs.
A l’époque la commune, prospère et active, vivait à l’ère du charbon et comptait de nombreux commerces. Hélas il n’en est plus de même aujourd’hui. Mais Saint-Florent a su faire face et son emplacement a attiré de nouveau résidents et de nombreuses maisons se sont construites.

L’association, la Mémoire des mineurs, qui a vu le jour avec une vingtaine d’anciens mineurs, met tout en œuvre pour laisser une trace du passé minier aux futures générations. Elle propose  2 films seront  le vendredi 29 mai à 20h45 à la salle Aragon :  » La catastrophe du Pontil le 19 décembre 1958 «  et  « Manifestation et dynamitage du puits de St Florent ».

§

II/ VIDEO – film d’archives (56′) : la destruction du Puits Saint Florent, avec la participation de Victorin Duguet, désormais à la retraite au Martinet.

Film 16mm n&b de Jean-Paul Aubert
Avec la collaboration de :
Patricia Garnier / Alain Nahum / Éric Pittard / Jean-Henri Roger
Et de : Bruno Serci / Renaud Victor / Claudine Visayse
Chansons : La cançon del minaire / Tòni / Cevenas 75 / interprétées par Patric
1979 / Durée : 56mn

Numérisation et restauration : Patrice Besnard / Labo VAO / 2012

Les années 70 marquent la fermeture du Bassin Houiller des Cévennes. Les puits ferment les uns après les autres. Celui que nous avons filmé est celui de Saint Florent (l’un des plus modernes), tout près d’Alès et de la Grand Combe dont les puits fermeront à leur tour un peu plus tard. Ce n’est pas qu’il n’y ait plus de charbon. Il y en a beaucoup. Dans la région, on connaît le charbon depuis le Moyen-Age… Mais il y a le pétrole ! et il est même avantageux de faire venir le charbon de l’étranger. Conséquence : à Saint Florent et dans les villages voisins, les cafés ont presque tous fermé. Pour faire ses courses il faut une voiture, aller dans les villes voisines, dans les grandes surfaces. Mais dans les villages, la vie a disparu.
En même temps qu’on détruisait les puits, on ouvrait des musées, parfois sur le lieu même de la mine… Un syndicaliste prend la parole et donne son point de vue : ceux qui ont passé leur vie au fond de la mine se retrouvent sans rien, leur maison ne leur appartient même pas, ce sont les étrangers qui achètent les vieilles maisons… Comment vivre dans un pays mort ?

§

I/ Source (texte) : MidiLibre
Titre original : « Saint-Florent-sur-Auzonnet : il y a 40 ans, le puits était dynamité. »
II/ Source Film : archives-video.univ-paris8.fr

Reblogué : par Mas de la Regordane/GD
Première publication : 30.11.2017
Dernière mise à jour : 17.12.2017

La Grand-Combe, la galerie de mine Sainte-Barbe (video)

La Grand-Combe : la galerie Sainte-Barbe avait marqué l’histoire des minesPhoto DR : L’entrée de la galerie Sainte-Barbe telle que l’on peut la voir aujourd’hui
.

I / La Grand-Combe : la galerie Sainte-Barbe
avait marqué l’histoire des mines

Un site oublié des visiteurs, pourtant digne d’intérêt.

Son appellation de « galerie Sainte-Barbe” peut traduire à elle seule son importance au sein des installations de Ricard du début du siècle dernier, dans ce qui était le pôle minier des Cévennes. Nommée du nom de la patronne des mineurs, vénérée dans tous les bassins houillers, elle allait avoir un rôle prépondérant à jouer dans l’évacuation du charbon à partir des puits du Pontil et [du puits] de la Fontaine en direction du [puits]  Ricard.

Murée voici une quinzaine d’années, la Galerie Sainte Barbe sert depuis, de collecteur d’eau, coulant à profusion et se déversant dans le ruisseau Grand-Combe ‘et non pas le ruisseau Sans Nom plus au nord). Il était dit aussi qu’elle ne tomberait pas dans l’oubli et méritait bien d’être intégrée dans le parcours des visites de la Maison du mineur. Pour cela, la municipalité en collaboration avec les Amis du musée du mineur, allaient aménager ses abords, restaurer sa magnifique architecture sur laquelle sera peinte une fresque, œuvre de l’artiste Jean-Claude Sibillat. Mais aussi, implanter un panneau explicatif sur lequel le visiteur pourra découvrir l’année du début de son creusement et surtout à quoi elle avait servi.

Un peu d’histoire sur la galerie Sainte-Barbe

On peut lire sur le panneau implanté à quelques mètres [à droite] de l’entrée de la galerie Saint-Barbe « que celle-ci avait été creusée au temps de la Compagnie des Mines de la Grand-Combe pour développer l’exploitation à partir des puits du Pontil, de la Forêt et de la Fontaine

1902 – «Son creusement est entrepris depuis la vallée Ricard à la côte 215 m, puis en …
1903 … à la côte 228 m à partir du puits Castelnau au Pontil.
1907 – la galerie principale jusqu’au puits du Pontil, longue de 2 330 m est terminée. Maçonnée, elle est large de 3,30 m et haute de 2,40 m. Les travaux d’aménagement, gares, recettes, pose des voies, des lignes électriques.., sont réalisés entre 1907 et 1909.
1909 (octobre) – La liaison avec le puits Castelnau est effective. Peu avant le terminus de ce puits, un embranchement de 410 m mène au puits du Pontil.
1914/18 – Un autre [embranchement] à 500 m de l’entrée menant au puits de la Forêt, verra durant la seconde guerre mondiale, sa longueur portée à de 426 m à 1 826 m jusqu’au puits de la Fontaine n° 2. Un dernier diverticule desservait l’exploitation du [puits de] Sans Nom. L’ensemble des galeries atteignait ainsi une longueur totale de 4 300 m.
1952 – Durant 50 ans, 25 millions de tonnes de charbon sortiront de la galerie Sainte-Barbe

Une belle initiative en somme, s’inscrivant afin de mettre en avant, deux précieux témoins de l’exploitation du charbon. On se souvient aussi que deux années plus tard, en 2011, dans le même style et avec la même collaboration, c’est le puits de la Trouche, par les vestiges de son chevalement en pierre, qui était invité à faire partie du patrimoine. Deux inaugurations qui avaient drainé à chaque fois la grande foule et l’honneur donné à André Pezon [décédé le 09.01.2014 à 88 ans, NdE], alors président des Amis du musée de couper les rubans.

Mais comment ne pas dire aujourd’hui que cette réelle volonté de voir ces deux entités de la ville compléter la visite de la Maison patrimoniale n’a pas été suivie d’effet. Il apparaît clairement que très rares sont les visiteurs, à se rendre sur place, admirer d’une part ce chevalement du puits de mine, le plus ancien dans le Pays grand-combien. Mais également, pourtant à quelques encablures du puits Ricard classé aux Monuments Historiques, l’entrée majestueuse de la galerie. La végétation abondante trahit même ce que l’on pourrait qualifier un sentiment d’abandon, tandis que des ronciers et autres figuiers s’incrustent dangereusement dans les fissures de sa façade. Il y aurait sans doute quelque chose à faire de ce côté-là, de même qu’organiser des visites de groupes dans ces lieux chargés d’histoire.

§

II / VIDEO années 50 – galerie Sainte Barbe
(visionner de 00′:40″ à 01′:52″)

00:26 – sortie de la galerie des mines de Sainte Barbe, de berlines remplies de charbon.
00:40 – gros plan sur le fronton de la Galerie Ste Barbe.
00:43 – gros plan sur le conducteur d’une locomotive électrique qui tire …
00:46 – …des berlines où sont installés des mineurs qui entrent dans la galerie
01:16 – sortie de berlines remplies de charbon.
01:25 – maintenant ce sont les mineurs qui ressortent de la galerie, à bord d’un train de berlines tirées par une locomotive électrique à bord de laquelle se trouve évidemment le conducteur et un mineur (contremaitre ?) qui descend en marche.  Sourires des mineurs … pour la caméra 😉

§

Source I : MidiLibre.fr
Publication : 2015
Titre original : « La Grand-Combe : la galerie Sainte-Barbe avait marqué l’histoire des mines. »
Source II : Youtube

Reblogué par : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.10.2017
Dernière modification : 02.01.2018

Ingénieurs des Mines de La Grand-Combe

2014-08-02 16.01.06-1
Photo : Médaille d’or des Mines

LISTE DES INGÉNIEURS (ET ASSIMILÉS*)
DES MINES DE LA GRAND-COMBE ET D’ALÈS

(détail des infos : date de naissance/décès – Titre, École – date d’arrivée et de départ de la  Compagnie des Mines/des H.B.C./des H.B.C.M./ville de Retraite/[dernière année connue])

A

AGNEL Siméon : 1875/?, ing. aux mines-1909
ANCELIN
Jean : 08.12.1923/?, EMP, HBCM-1944/80
ANDUZE Robert : 17.06.1929/?, ECP, HBCM-1984
AUCOUTURIER Joseph : 05.04.20/?, ing Gd-Combe 45/8?, R/Alès-99

B

BAILLE Martin : 1869/?, ing. aux mines Gd-Combe-1900/1902
BAJAN
 Pierre : 1912/?, ing. Civil Mines, Cie Gd-Combe-1946?/74
BARBERIS François : 05.01.30/?, ETMA, HBCM-1984
BARGETON Georges : 06.09.1927/?, ECL, HBCM-1984
BARON Jules : 1820/?, ing. usine plomb de Gd-Combe-1863
BARON Henri : 26.06.1918/29.04.2002, Centrale, Gd-Combe 1944/80
BARRAL M. : ?/?, chef domaines forestiers, cie mines Gd-Comb-1936
BARRAULT Narcisse : 1848/?, ing. mines Grand-Combe-1875/81
BATAILLE M. : ?/?, serv tech fond, Grand-Combe-1936
BEAU François Pierre : 9.10.1815/14.09.79, EP, Mines, Dg Gd-Combe-1849/63 – Maire Gd-Combe 1850/63. Élu Conseiller général. 2 petits fils MpF
BEAU François Auguste : 1851/?, ing. div Cie Gd-Combe-1881/96
BERNARD L. : ?/?, serv tech fond cie mines Gd-Combe-1936
BIGUET Charles : 1849/?, ing. mines Gd-Combe-1882
BLANC H. : ?/?, serv tech fond Grand-Combe-1936
BOFFY Gérard : 06.03.47/?, ETMA, HBCM-1984
BOISSIN Albert : ?/?, ing div T.P. de L’État (Mines), Alès
BONNEAU Norbert : 10.04.21/?, ing. mines, Gd-Combe-1960, Alès
BORGNETTA : ?/?, ing. cie Gd-Combe
BOUDROT
Pierre : 11.07.21/?, ing. Grand-Combe, Rt/Mtpellier(12)99
BOUTEILLE : directeur, S.A. des mines de Cessous-1922/1953
BOYER Pierre : ?/?, ing. serv tech fond cie, Dir. Gd-Combe-36/5?
BOYER René : 08.11.21/?, ing. Gd-Combe-53/9?, Rt/Mtpellier-2018
BRINGUIER : ingénieur, S.A. des mines de Cessous-1922/1953
BRUN Odilon : 188c/?, ing. Gd-Combe-(11)1905
BRUNEL Henri Frédéric : 1879/?, ing. 1910
BRUNEL Aimé : 20.08.30/?, EMSE, HBCM-1984
BUCLEZ H. : ?/?, serv tech fond cie mines Gd-Combe-1936
BUCLEZ Jean : 25.11.25/?, ing. ECP, Grand-Combe-194?/

C

CALLON Jules : 09.12.1815/08.06.75,EP,mineParis, Dg Gd-C-46/48,R75
CAMARET (de) Charles : 1853/?, ingénieur Gd-Combe-1888
CAPPELAERE : dir. général des H.B.C. [1960]
CASTELNAU Marc(elin) : 1823/?, ing. mécanicien Pise/Gd-Combe-1853/69
CASTELNAU (de) Clément : 08.05.1849/1907, EP, Mines, Dg Gd-C 96/98
CAYROL Joseph : 1836/?, ing. civil La Pise-1885
CAZAMIAN Pierre (fils) : médecin des HBC [1946-1954]
CHAZEL André : ?/?, chef compta, Grand-Combe (1962)
CLAIRET J. : ?/?, serv tech fond cie mines Gd-Combe-1936
CLÉMENT J. Jacques : 18.10.49/?, Dg ADIRA Alès, HBCM-1984
COFFINHAL M. : ?/?, chef serv appro? cie mines Gd-Combe-1936
COSTE : médecin des HBC [1948-1953]

D

DALMAS Edmond : 1883/?, ing. civil des mines-1909
DALMAS
 – Mines Gd-Combe, Retraite-(02)1963
DARODES Georges : 1853/?, ing. mines Grand-Combe-1900/09
DARTAYRE Pierre : 24.07.30/?, A. et M., HBCM-1984
DAUPLAN Marcel : ?/?, A. et M., chef compta cie mines-1936, R/Alès
DAVID Laurent : 1884/1958,ing.min-10.1906/29,dir.mines Rocheb-30/44
DELANNOY Georges : 26.07.1922/19.09.2011,EP, Gd-C-47/64, Dg 81/04
DELAUNAY Louis : 1860-1938, EP, Mines, pdt cons adm cie mines Gd-C
DELOCHE : ?/?, Grand-Combe [1960]
DESTIVAL Jules 1867/?, ing.div. Cie Grand-Combe-1898
DUBOIS Claud/e/ius : 1865/1926, La Gd-Combe, dir.adj.cial-1905/23
DUCASTAING
Jean : ?/?, ing. Fesc, Dg cie mines Gd-Combe-1936
DUCOS – Mines Gd-Combe R/(02)1961
DURAND Jean-Marie : 06.11.29/20??, ing. ASS, Gd-Combe, Hbcm-1984

E

ESTEVE Pierre : ?/?, Dga cie mines Grand-Combe-1936

F

FAISCAU : ?/?, ing. Grand-Combe-1950, R/Montpellier-(12)99
FALQUE
 G. : ?/?, ing. chef Grand-Combe-1936,
FALQUE P. / ?/?, ing div jour cie mines Gd-Combe-1936, Marseille
FLÉCHON Étienne. : ?/?, serv fond cie mines Gd-Combe-1936/64
FOULON (LE) Claude : 04.05.37/?, École Violet, Hbcm-1984
FOURNEL Émile : 30.05.34/?, EMSE, Hbcm-1984
FRANCO Nicolas : 24.10.1948/?, ETMD, Hbcm-1984
FRESSEIX de Veyvialle Barthélémy : 1816/? ing.civ.LaTrouche-1848
FUMAT Victor : 18.03.1842/07, ing. MinesParis, cie Gd-Combe-1864/95

G – H – I

GALLIER René : 10.01.24/?, docteur en droit, Hbcm-1984 [R(12)1999]
de GAULLE Xavier 9.11.1887/9.02.1955, ing.civ.mines, StMartV1920/22
GAUSSERES Amédée : 1876/?, ing. civ. mines Gd-Combe-1903/08
GIBRAT Robert : Ing, Fesc, prof d’électrotech. Éc/MinesParis
GODARD
 Jean : 1898/09.1972, ing.div.jour, Fesc, Gd-Combe-1936/(04)62
GONTIER Charles : 1878/?, ing. Gd-Combe-1903
GRAFFIN Louis C. Émile : 1829/?, ing.PP52/63, Dg cieGd-Combe 64/96
GUÉNARD C. : ?/?, ing cie mines Grand-Combe-1936/
GUILHAUMAT Jules : 1842/?, ing. aux mines-1873

IDOUX Henry : 1875/?, ing. aux mines-(01)1906

J

JALABERT Louis Ferdinand : 1828/?, ing. Cie Grand-Combe-1885
JOURDAN
 : 18??/197?, cocher aux mines, GdCombe, R/(05)1959

L

LAFITTE Henri : 1856/?, ing. mines Gd-Combe-1887 
LAGARDE
 : ?/?, cie mines Gd-Combe – R/?1963
LANGE Louis : 1856/?, ing cie Grand-Combe-1880
LARGUIER
 Émile : ?/?, ing serv cial cie mines Gd-Combe-1936
LAVERSANNE
Jacques : 15.09.49/?, Min Paris, Hbcm-1984
LAUNAY (de) Louis : ?/?, pdt cons adm cie mines Gd-Combe-1936
LIVET Georges 18?/19?, chef étud géol géom cie Gd-Combe-1918/52

M

MAGNE Joseph : 1878/?, ing. div. mines Gd-Combe-1904/10
MALGLOIRE
François : ?/?, ing Grand-Combe [1964]
MARCILLAT François : 1823/?, ing. Champclauson,Gd-Combe-1853
MARCY : ing. S.A. des mines de Cessous [1922-1953]
MARION Émile : ?/?, ing div jour cie mines Gd-Combe-1936/(04)1962
MARSAUT J.-B. : dirigeant de la cie de Bessèges-1859/1914
MATHET François : 1823/1908, MinesParis, ing. civ. cie Gd-C-1852/57
MAZODIER Marius : 1864/? , ing. ppl aux mines-1897/1902
MAZODIER Marie Maurice : 1863/?, ing. mines Gd Combe-1900
MENET Charles : 07.04.1955/?, CentraleParis, Hbcm-1984
MESMEUR : ing Grand-Combe-1955, R/Montpellier-(12)99
MESTRIUS
André : 23.09.27/?, minRabat, Dg CdF Én. Alès Hbcm-1984
MEUSNIER Charles : 1829/?, ing. civ. -1860
MOREL : Ing. chef mines Rochebelle, Dg groupe Sud Hbc-1942?
MUTELLE Robert : 21.07.23/?, ing. Grand-Combe, Alès

N – O

NIVOLIER Jean : 00.00.2?/?, ing. Grand-Combe,
OLLIER Jean Luc : 19.07.46/?, ETMA, HBCM-1984

P – Q

PEGUET (Pequet) Claude : 1853/? ing. mines Gd-Combe-1879/84
PEREZ
Paul : 01.12.55/?, A. et M., Hbcm-1984
PIN
Patrick : 31.07.47/?, médecin Hbcm-1984
PLA Richard : 15.07.51/?, A. et M., Hbcm-1984
PLACE (de) : 02.10.1884 (Réf. 2D1 plans du rdc et 1er étage)
PLANES
André : ?/?, ing chef serv cial Cie Mines Gd-C-1936
PLATON (xMartin) Hippolyte : 1825/, géom.chef, Cie Gd-Comb-1857/86
PLATON Hippolyte Gabriel : 1863/?, ing.civ, Cie Mines Gd-Combe-1897
POPEK Yvan : 01.01.43/?, MinDouai, HBCM-1984

R

RAVIART André : 28.10.1929/?, MinNancy, Dga HBCM-84-StEtienne, Alès
REGERAT
 Germain : 1878/19??, ing.aux mines Grand-Combe 1905/34
REINHARD A. : ?/?, Serv Tech Fond Cie Mines Gd-Combe-1936/12.1962
REVEL Bertrand : 08.07.56/?, MaitriseDroit, HBCM-1984
RICATEAU : Dg mines
ROTHSCHILD (baron James de) / actionn. Cie des Mines Gd-Combe-1936
ROUSSEL Henri : 21.06.31/?, A. et M., HBCM-1984

S

SAINT-JEAN : médecin des Houillères de Cessous [1929-1944]
SANGOY Victor : 1864/?, ing. div. aux mines-1895/98
SERPENTIER
François : 09.08.25/?, Médecin des HBCM Gd-Combe.
SERRADELL Henri : 20.08.23/?, EMSE, HBCM-1984
SOBOUL Émile, 1867/?, ing.div. Grand-Combe-1898/1905
SOUBEIRAN (de) Alfred : 1855/1936, EP75, MinesParis, Gd-Combe 1908/9
SOULIER – HBCM Gd-Combe – retraite 08.1959

T

TALABOT Paulin : ?/?, Grand-Combe 1833
TEIL Adrien : ?/?, Serv Tech Fond, Cie Mines Gd-Combe-1936
THIBAUD : ?/?, ing.chef Cie Grand-Combe, contemporain de Trautmann
TRAUTMANN Louis : 1821/?, EP, MinParis, ing.chef, Dg Cie Gd-Combe
TURPIN
 Michel : 188?/1958, IngPp, Fesc, Gd-Combe 1919/54, R/Alès

U – V – W – X – Y – Z

VARIN Félix (dit D’AINVELLE) : 21.01.1806/05.06.1857, EP, mines, 04.1847 Ing.chef,
Dg La Gd-Combe et Bessèges. Maire d’Alès. RT 03.03.1857
VOLLE
Jean : 18.05.23/?, Ing Grand-Combe, Alès, Marseille [12/99]

§

Abréviations :

A.et M. (Arts et Métiers) – ASS (…) – Cie Mines Gd-C 1936 (présent sur le listing 1936 de la Cie des Mines de la Grand-Combe) – ECP (Ecole Centrale Paris) – École VioletEP ( Ecole Polytechnique) – EMC (…) – EMSE (…) – EMP (…) –  ETMA (…) – ETMD (…) – G-C ou Gd-Combe (La Grand-Combe) – HBCM-1984 (présent sur le listing 1984 des Houillères du Bassin du Centre Midi, section Cévennes) – Ing. (Ingénieur) – MinDouai (École des Mines de Douai – Nord) – MinParis (École des Mines de Paris).

N’hésitez pas à nous communiquer d’autres noms,
dates ou précisions en cliquant
ICI

BONUS

1856/57 Liste des naissances à La Grand-Combe
1857/58 Liste des naissances à La Grand-Combe
1858/59 Liste des naissances à La Grand-Combe
en bas de page, retrouvez les années précédentes ou suivantes.

§

Source : archives G.Delannoy©
Première publication : 23.11.2017
Dernière mise à jour : 15.01.2018

La Grand-Combe au travers des âges (vidéo)

.
LGC8
.
La Grand-Combe est encore plus belle et fière qu’hier, autant travailleuse et pimpante qu’aujourd’hui et aussi vibrante d’espoir que demain.

Dans ce court-métrage la commune de La Grand-Combe est évoquée en ses trois âges et un bel hommage est rendu au passé, au présent et au futur de cette jeune commune de tout juste 181 ans … enfin, selon le calendrier républicain qui oublie que ce nom était déjà porté par ces lieux sous le règne du roi Louis le XIVème, soit il y a plus de 300 ans 😉
.

.
mairielagrandcombe Production : Mairie la Grand-Combe

Un film réalisé par : Marc LAFORET
À l’occasion des : Vœux 2012 de la municipalité
Source : DAILYMOTION
Titre original : « La Grand Combe dans le temps »
Texte et mise en page : masdelaregordane.fr
Première publication : 24.10.2017
Dernière révision : 09.12.2017

La Grand-Combe, concerts années 50 (vidéo)

La Grand’Combe, concerts des années 50
ConcertsLGC
.
Nostalgie des années 50 où les Grand-Combiens et Grand-Combiennes,
satisfaisaient à l’envie leur goût pour la musique :

Les musiciens de l’Harmonie des Houillères (devenue Harmonie Municipale) dans leurs uniformes noirs, aux boutons dorés frappés de deux pics en croix, donnaient l’aubade dans les rues de La Grand’Combe ou depuis le kiosque à musique de la place Bouzac, dominée par l’église Notre Dame de l’Immaculée Conception (achevée en 1864), lors des fêtes foraines ou de celle de la Sainte Barbe (4 décembre) laquelle durait jusqu’à 7 jours.

§

Source : YOUTUBE
Publié sur : masdelaregordane.fr.
Texte et mise en page par : GD/L2F
Première publication : 24.10.2017
Dernière mise à jour : 10.12.2017

Cet article vous a plu ? Lisez sur le même sujet :
Glorieuses Années de la Grand Combe 1777-2017.

§

La Grand-Combe Sainte Barbe 1950 – 2017 (vidéos)

C’est aujourd’hui le 4 Décembre 2017, souvenons nous, avec ce court métrage amateur, de l’ambiance extraordinaire de la Fête de Sainte Barbe il y a 67 ans à La Grand-Combe des années 1950 !
.

.

Et voici la version 2013 … en double exemplaire, s’il vous plait 😉
.

.

.
Revenant à la Grand-Combe en 2017,
voici un échantillon du spectacle de la Sainte Barbe.
.

.
§

Vidéo : Youtube
Rédaction et mise en page : Mas de la Regordane
Première publication : 18.10.2017
Dernière mise à jour : 10.12.2017