La Grand-Combe : où est passé le kiosque à musique ?

209_001_gard-la-grand-combe-le-kiosque-et-marcheIl court, il court le kiosque,
Le kiosqu’à musique de La Grand-Combe, Mesdames.
Il court, il court le kiosque à musique
Le kiosque du (haut)bois joli.

Il est passé par ici
Il repassera par là.

(Selon une comptine française du temps jadis.)

Article du Midi Libre de 2013 :

Le kiosque d’entrée de ville a pris place sur l’esplanade Ferdinand-Durand

Le kiosque d'entrée de ville a pris place sur l'esplanade Ferdinand-Durand
Le kiosque servira de support aux 24es Floralies le 1er mai (2013). © D.R

Durant la semaine, les employés communaux ont commencé à équiper le kiosque, réplique du kiosque à musique du plateau de Bouzac, qui ornait jusqu’alors le rond-point d’entrée de ville avant le début des travaux.

Démonté voici quelques mois, il attendait de connaître son nouvel emplacement. Et voici qu’il vient de le trouver en bordure de l’esplanade Ferdinand-Durand, à quelques mètres du rond-point Portal.

Mieux, le kiosque aura l’honneur de servir de support le 1er mai prochain (2013) aux 24èmes  Floralies et c’est un nouveau ruban qui sera coupé par les autorités à cet effet. Et voici que le trait d’union est vite trouvé, puisque l’on a reparlé durant la semaine de l’histoire du kiosque à musique que toutes nos tempes grises ont connu sur Bouzac et démonté dans les années 1960, malgré la réticence de la population.

Mieux, on ne sait pas ce qu’il est devenu. On a entendu, « qu’il aurait été vendu. » Et même aperçu « dans certaines grandes villes ». « Il doit y avoir des personnes encore aujourd’hui qui savent où il est. » Une chose est certaine lorsque les vieux démons resurgissent, comme cela a été le cas, les souvenirs de jeunesse également et même une certaine amertume. « On aurait jamais dû le laisser démonter, mais à l’époque, on se foutait de tout. »

§

Source : Midi Libre
Publié le 25.04.2013
Comptine : Youtube

Reblogué et commenté par GD.
Publié sur le blog, le : 04.06.2018

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Vie des mineurs de La Grand-Combe et des Cévennes

MineursBriquet
[Photo : C’est l’heure du Briquet (casse croute)]

CONDITIONS DE TRAVAIL  et  VIE DES MINEURS

1. Généralités sur le travail dans les mines de charbon en Cévennes

Au XIXe siècle, le développement de l’extraction du charbon dans le bassin minier d’Alès est notamment freiné par le manque de main d’œuvre, la main d’œuvre locale restant attachée à l’agriculture. En 1850, le mineur cévenol est encore un paysan-mineur. Il se consacre à la mine quand la terre ne le réclame pas, du début d’hiver à la fin du printemps.

Dans les années suivantes, les crises dans l’agriculture ajoutées au déclin de la sériciculture accélèrent l’exode rural dans le Massif Central et en Hautes Cévennes. A la mine, le recrutement ignore les habitants originaires du bassin houiller qui, s’ils quittent leurs occupations, préfèrent occuper des emplois de service dans les grandes villes. De plus, les protestants répugnent à travailler pour les compagnies minières et métallurgiques appartenant aux grands capitalistes catholiques. Les compagnies minières privilégient donc le recrutement de personnel, si possible de religion catholique, en Ardèche, en Lozère, Haute-Loire et un peu dans la vallée du Rhône. L’Ardèche et la Lozère fournissent les deux tiers des embauches. A compter de 1840, les compagnies minières du bassin houiller cévenol recrutent ainsi une main d’œuvre déracinée, logée dans des casernements insalubres, faiblement rémunérée, qui se soumet à l’ordre et la discipline prônés par la Compagnie exerçant une emprise paternaliste sur son personnel.

En 1911 et 1912, les besoins en charbon croissent avec le rapide essor industriel de la France. Les compagnies recourent à de la main d’œuvre espagnole et algérienne. Fin 1913, le bassin houiller cévenol emploie 16% de travailleurs étrangers. Mal vus, perçus comme des briseurs de grèves par les mineurs cévenols, ceux-ci obtiennent leur renvoi.

Pendant la guerre de 14-18, la Mine remplace les soldats mobilisés par des femmes, des personnes âgées, des prisonniers de guerre et de la main d’œuvre étrangère (Espagne, Europe centrale, Russie…) et coloniale (Afrique du Nord, Madagascar, Indochine). La Mine obtient aussi le retour des mineurs mobilisés, qu’ils soient locaux ou travailleurs des mines du Nord de la France envahies par les Allemands ou situées dans les zones de combat.

En 1918, une population hétéroclite travaille dans le bassin houiller cévenol. Les nombreux mineurs nord-africains constitueront désormais une fraction importante de la population étrangère du bassin. Les mineurs polonais sont regroupés à Saint-Jean de Valériscle, où une cité leur est dédiée avec une école polonaise créée en 1921 pour la scolarisation des enfants dans leur langue maternelle. Ils y resteront jusqu’en 1946.

En 1952, le bassin houiller cévenol emploie 19.371 ouvriers dont 77% de Français, 10% de Nord-africains, 5% d’Espagnols, 3% de Polonais et 3% d’Italiens.

2. Personnel de la mine

Les ingénieurs employés par les compagnies du bassin houiller cévenol sont majoritairement formés à l’Ecole des mines de Saint-Etienne. L’ingénieur est le seul représentant de la direction que côtoie le mineur. Il descend au fond journellement au fond de la mine pour organiser et diriger le travail st s’assurer de la sécurité.

Les agents de maîtrise (géomètre, dessinateur, comptable…) constituent 6% de l’effectif total ; ils exercent surtout des tâches de surveillance. Le géomètre dresse le plan de la mine donnant l’état des lieux et permettant de se repérer sur les chantiers.

Les maîtres-mineurs secondent l’ingénieur ; le plus souvent, ce sont d’anciens mineurs qui ont suivi une formation spécialisée.

Les mineurs de fond représentent 65 % de l’effectif total de la mine. En Cévennes, les couches de charbon sont souvent minces. Elles sont donc exploitées par des galeries assez basses dans lesquelles le charbon s’évacue fréquemment par trainage et, jusqu’au début du XXe siècle. Cette évacuation se fait à bras d’homme ou par traction animale. Le travail au font s’effectue par équipes de 6 à 10 mineurs. Différentes qualifications rendent compte du travail effectué. Le piqueur taille et abat le charbon ; il travaille à la main jusqu’en 1930, date à laquelle se généralise l’emploi du marteau-piqueur. Le travail du piqueur, particulièrement pénible et usant, s’effectue dans des positions souvent inconfortables ; le boiseur installe et entretient les soutènements qui empêchent l’effondrement des galeries ; le rouleur (25% des mineurs de fond) évacue le minerai abattu par le piqueur ; les ouvriers d’entretien, manœuvres et aides sont affectés aux tâches subsidiaires.

Les mineurs au jour représentent 25% de l’effectif total de la mine. Ils sont machinistes, mécaniciens, électriciens, lampistes ou placières (deux emplois souvent tenus par des femmes) ou gardiens…

Les placières travaillent sur le carreau ou dans les ateliers où elles trient, lavent, calibrent, conditionnent… le charbon. Elles sont généralement employées entre 12 et 20 ans ou, avec leurs enfants, lorsqu’elles sont veuves de mineurs. De 1904 à 1913, les femmes et jeunes filles comptent pour 16% des embauches dans le bassin minier cévenol. Les trois quarts sont âgées de 13 ou 14 ans. Les salaires féminins sont encore plus faibles que les salaires masculins. En 1909, les femmes et jeunes filles ne touchent que 70% du salaire versé aux adolescents apprentis au fond.

3. Travail des enfants à la mine

Avant 1914, les mines du bassin houiller cévenol emploient de très nombreux jeunes garçons et filles. Les jeunes de 12 à 16 ans constituent 6% du personnel des mines et ceux de 16 à 18 ans en constituent 7%. Les dirigeants considèrent que les enfants doivent être très tôt employés au travail à la mine afin de ne pas être rebutés par la pénibilité des tâches à accomplir. De plus, les enfants, plus dociles que les adultes, sont plus faciles à soumettre.

Les enfants travaillent d’abord au jour, au triage du charbon évacué de la mine. A 16 ans (souvent même avant), les garçons descendent au fond avec le statut d’apprentis ; ils sont affectés au roulage des wagonnets ou au trainage des paniers montés sur patins ; ils sont aussi manœuvres, aide-boiseurs et parfois aide-piqueurs. L’expérience acquise, ils deviennent des mineurs de fond. Après de longues années de travail, certains jeunes hommes peuvent suivre les cours de l’Ecole des maîtres-mineurs, créée à Alès en 1841, dont les archives attestent que nombre de ses élèves ont commencé à travailler à la mine à l’âge de 9 ou 10 ans.

4. Mouvements sociaux dans les mines cévenoles

Au XIXe siècle, la journée de travail du mineur dure douze voire quatorze heures. Les mineurs payés à la tâche perçoivent de très faibles rémunérations. Les conditions de travail sont rendues pénibles par les eaux d’infiltration et la poussière saturant les galeries où les effondrements et les coups de grisou sont fréquents.

A compter de 1840, les compagnies minières du bassin cévenol recrutent hors du bassin, en Ardèche et en Lozère essentiellement, une main d’œuvre plus docile. Déracinée, logée dans des casernements insalubres, faiblement rémunérée, elle se soumet à l’ordre et la discipline prônés par la Compagnie. 1848 et la proclamation de la IIe République voient l’explosion des mouvements ouvriers en France. La crise économique entraîne un chômage massif qui atteint le bassin houiller cévenol. De 1851 à 1870, le Second Empire est l’époque du capitalisme conquérant. Malgré un encadrement moral et politique serré, des grèves éclatent régulièrement dans les mines du bassin d’Alès, porteuses de revendications sur le relèvement des salaires, la réduction de la durée de la journée de travail, la fermeture des magasins de vivres de la Compagnie et le renvoi de certains cadres. Les compagnies minières en appellent à la gendarmerie, à l’armée, à la Justice, au livret ouvrier… Sévèrement réprimées, les grèves n’aboutissent pas à la satisfaction des revendications. Les meneurs sont licenciés et/ou arrêtés. Malgré tout, le mouvement syndical s’affirme peu à peu tandis que le socialisme se réorganise et retrouve ses assises.

Les crises que traversent la filière charbon dans les années 1890 et 1900, notamment du fait de la concurrence des charbons étrangers, amènent à réduire les salaires, le temps de travail et même les effectifs. Ainsi, de 1890 à 1913, le nombre de mineurs employés à Portes, Trélys, Cessous (Le Martinet) et Lalle (Bessèges) diminue de 30% tandis que la production régresse de 2,1 millions de tonnes en 1891 à 1,8 million en 1904. Défavorisées par le coût du transport, les mines de charbon du Gard ne comptent que pour 8% de la production nationale en 1890 et 5% en 1910.

Dans tout le bassin, les travailleurs revendiquent des améliorations dans les conditions de travail et la sécurité par de nombreuses grèves. Entre 1902 et 1911, l’échec des grèves, la répression patronale, la division des militants ouvriers, l’instabilité des syndicats, et la création des « syndicats-maison par les compagnies minières entravent le mouvement ouvrier dans le bassin houiller cévenol. Toutefois, en 1905, la durée légale de la journée de travail est ramenée à 8 heures pour les mineurs. A compter de 1909, les mineurs sont rémunérés à l’heure. En 1910, le Code du Travail est voté. 1914 voit la première grève de mineurs victorieuse. Le droit à la retraite est reconnu. Les mineurs obtiennent aussi le licenciement de travailleurs étrangers perçus et/ou utilisés comme briseurs de grève. En 1919, les mineurs obtiennent une hausse substantielle des salaires.

En 1936, les grèves concernent tout le bassin houiller cévenol (au Martinet, au Puits Pisani, la mobilisation ouvrière débute dès février). Les compagnies négocient avec les mineurs et accordent les hausses de salaires et avantages matériels réclamés. L’action syndicale se poursuit dans la métallurgie jusqu’à la répression de fin 1938.

La proclamation de la guerre suspend les revendications ouvrières. Très vite, les Cévennes protestantes et le bassin houiller, bastion du militantisme ouvrier et fief du Parti communiste, résistent par principe au régime de Vichy et les mesures prises à l’encontre des ouvriers, des jeunes et des Juifs renforcent cette opposition. Les mineurs se mobilisent à travers les grèves qui perturbent la production industrielle en 1941 à Trélys, en 1942 à la Grand Combe, Bessèges et Molières où des arrestations ont lieu. En 1942, les syndicats sont interdits, ce qui n’empêche pas la relance du mouvement syndical. Avec l’occupation de la zone sud, les entreprises minières gardoises bénéficient des achats allemands. D’ailleurs, en 1943, 60% de l’économie gardoise travaille pour le Reich. Début 1943, le recrutement des Mouvements de la Résistance s’étend au bassin houiller. Les mineurs participent aux attaques contre l’occupant et le régime de Vichy. Ils subissent, eux-aussi, la répression sanglante du régime de Vichy et de la Milice.

En juillet 1944, la grève générale des mineurs d’Alès, du bassin de la Grand combe, de Molières… paralyse la production. Violemment réprimée par les Allemands et la Milice, elle perturbe le repliement allemand après le débarquement des Alliés en Provence. En 1946, en contre partie des efforts de production abondante de charbon qui leur sont demandés, les travailleurs obtiennent le Statut du mineur garantissant leur salaire, leurs conditions de travail et la protection sociale de leur famille. Les profondes mutations qui transforment l’espace gardois à compter de 1950 s’accompagnent de la disparition progressive de l’extraction de charbon en Cévennes, malgré les luttes entreprises par les mineurs pour sauver leur outil de travail. Le bassin houiller cévenol se vide de l’essentiel de sa population active qui part vers des reconversions professionnelles plus ou moins faciles.

L’extraction du charbon s’arrête à Saint-Jean de Valériscle en 1953, au Martinet en 1959 et à Saint-Florent sur Auzonnet en 1973. L’exploitation se poursuit quelques temps encore à la Grand Combe et à Portes, avant de s’interrompre là-aussi.

5. Santé des mineurs et de leur famille

En 1848, les conditions de vie dans les villes minières sont très difficiles. La population du bassin houiller cévenol est dans un piètre état de santé. Le taux de mortalité infantile (décès d’enfants de moins de 5 ans) y atteint 252 pour 1.000 alors que la moyenne nationale est de 167 pour mille en France. L’espérance de vie du mineur voisine les 40 ans.

En 1914, 65% des mineurs cévenols meurent avant 55 ans et 20% avant 35 ans. Il faut attendre 1960 pour voir les accidents du travail se raréfier.

Silicose et pneumoconiose du mineur de charbon rassemblent les affections engendrées par l’inhalation de poussières minérales contenant du dioxyde de silice. La silicose proprement dite correspond à l’exposition aux poussières de silice pure ; la pneumoconiose du mineur de charbon résulte de l’inhalation de poussières mixtes (charbon et silice en proportions variables). Le développement de la maladie connait deux phases : une phase d’alvéolite après capture des particules minérales et une phase plus tardive de fibrose. En fonction de l’intensité de l’exposition et du profil évolutif propre à chaque individu, la pneumoconiose évolue d’une forme nodulaire simple à la fibrose massive progressive. Les complications possibles des pneumoconioses sont infectieuses, cardiaques ou dégénératives (emphysème, fibrose associée). Il n’existe pas de traitement spécifique des pneumoconioses. La prévention primaire reste le meilleur traitement. La surveillance des sujets à risque est fondamentale pour permettre une reconnaissance précoce de la maladie et une réparation du dommage subi dans le cadre des maladies professionnelles.

La poussière est inhalée lors du creusement dans la roche des travers-bancs (galeries reliant le puits aux chantiers d’abattage du charbon). La mécanisation de l’abattage aggrave cette nuisance puisque les machines (marteaux-perforateurs et marteaux-piqueurs) produisent beaucoup plus de poussières que les outils à main. Jusqu’à la Loi du 2 août 1945, les compagnies minières ne reconnaissent pas la silicose comme maladie professionnelle du mineur.

En 1898, la Loi fait progresser la réparation des accidents du travail à la mine. Généralement, la Compagnie offre au mineur blessé un emploi moins pénible et elle embauche les veuves et orphelins de mineurs décédés d’un accident de travail. En 1879 et 1880, 34 mineurs meurent suite à des accidents du travail dans le Bassin houiller cévenol.

6. Conditions de vie des mineurs

Au XIXe siècle, la révolution industrielle entraîne la concentration de populations souvent étrangères dans les bassins miniers où elles sont contraintes de s’installer. Ces ouvriers doivent être rapidement logés à proximité de leur lieu de travail. Les logements sont d’autant plus difficiles à trouver que prévaut, en cette première moitié du XIXe siècle, une véritable pénurie de logements en France. Les ouvriers recrutés hors du bassin minier vivent donc dans des conditions déplorables.

Durablement marqués par les théories de Saint-Simon, la plupart des capitaines d’industrie mènent une politique « paternaliste » envers leur main-d’œuvre visant à prendre en charge chaque instant de la vie de l’ouvrier, pour assurer son bien-être, mais surtout pour mieux le contrôler. Le saint-simonisme rêve d’un « nouveau christianisme » dont les fondements seraient la science et l’industrie, et l’objectif la plus haute productivité. Par ailleurs, des utopistes imaginent les ouvriers vivant et travaillant en coopérative.

Pour remplacer dans l’urgence les baraquements érigés spontanément par les nouveaux arrivants pour se loger, la compagnie apporte la solution de la « caserne ». C’est un bâtiment en longueur, à deux ou trois niveaux construit à proximité des puits d’extraction, souvent en rase campagne. Les logements d’une pièce sont desservis par des couloirs et des escaliers communs. Bien que cette solution soit peu coûteuse, facile à réaliser et qu’elle permette une surveillance aisée, la caserne comme tout immeuble comportant des espaces collectifs où les ouvriers peuvent se rencontrer, se réunir…, est un « foyer d’immoralité » aux yeux du paternalisme patronal. La Compagnie ouvre des magasins où s’approvisionnent les mineurs. Devenus plus tard des économats, ils feront partie des cibles des revendications syndicales à cause de l’inféodation à l’employeur qu’ils créent et seront interdits en 1910.

A partir de 1860, à la « caserne », la Compagnie préfère la maison individuelle, où l’ouvrier vit en famille et où le jardin potager ne joue pas seulement un rôle économique. Cette maison individuelle s’insère dans une cité ouvrière créée de toute pièce. Le logement accède directement à l’espace extérieur public. D’un seul niveau, il comprend deux pièces. Les critères d’attribution des logements, basés sur la valeur de l’ouvrier à l’atelier, font de ces habitations une récompense sociale.

Ces cités minières ne sont pas habitées par les seuls ouvriers mineurs. Elles logent aussi des cadres et des employés, d’où la diversité des types de maisons et de leur implantation dans la cité. En construisant les cités, la Compagnie veut attacher ses ouvriers au sol houiller en excitant chez eux le sentiment de l’épargne et l’amour de la propriété. Elle cède à ceux qui se distinguent par leur bonne conduite des parcelles de terrain… et leur avance de l’argent pour les aider à les aménager. L’ouvrier élevé à la condition de propriétaire devient économe et rangé ; il travaille avec courage et surtout, nouvel ami de l’ordre, il abandonne… les cabarets.

Rappelons les ravages causés par l’alcool parmi les ouvriers aux XIXe et XXe siècles. Ainsi, St-Jean de Valériscle, premier site d’extraction industrielle du charbon dans la haute vallée de l’Auzonnet compte 14 cafés en 1914 et un mineur peut boire 5 à 6 litres de vin par jour (de faible degré d’alcool, il est vrai !), plus de l’absinthe dont la consommation sera interdite en 1917.

Créer une cité ouvrière de qualité réduit considérablement le turnover de la main d’œuvre. Des investissements parfois considérables sont lancés, qui s’ajoutent à l’immobilisation de capitaux exigée par l’ouverture d’un puits de mine, par exemple, mais les compagnies amortissent la dépense grâce à la pratique de loyers suffisants pour rentabiliser l’investissement. En dehors des logements, les compagnies édifient également dans les cités des écoles, église, coopérative, cantine, salle des fêtes, complexe sportif, dispensaire médical, pharmacie…

Créer une cité ouvrière à proximité de son usine n’est donc pas simplement une œuvre philanthropique mais d’abord le fruit d’un calcul de rentabilité du travail. Elle permet en effet de garder à proximité du lieu de production une population réputée très mobile et ainsi de conserver le plus longtemps possible les bénéfices d’une main-d’œuvre qualifiée. Cette population est attirée par des logements confortables, mais aussi par de nouveaux équipements financés par le patron. C’est un moyen de contrôler la vie de l’ouvrier, en orientant totalement sa vie dans et hors de l’usine, du berceau jusqu’à la maison de retraite.

Au XXe siècle, les ouvriers voient de plus en plus mal un tel contrôle social. Les classes populaires aspirent à la propriété individuelle et à une amélioration de leur condition sociale, au-delà de leurs simples conditions sanitaires. Malgré le contrôle strict des dirigeants patronaux, une telle concentration de populations ouvrières permet, paradoxalement, une meilleure organisation syndicale des ouvriers dans la première moitié du XXe siècle. Ce sont ces mêmes ouvriers qui deviennent souvent les fers de lance des grandes grèves de 1936 en France. Les villages ouvriers constituent l’une des expressions les plus achevées de l’impact exercé par l’industrialisation sur l’organisation sociale en général, et sur la vie des hommes, des femmes et des enfants  en particulier. Ce type d’urbanisation va se prolonger jusque dans les années 1960, car la pénurie de logements sociaux s’aggrave après les destructions de la seconde guerre mondiale. Il n’en demeure pas moins qu’en France, les politiques immobilières patronales ont engendré dans l’ensemble un habitat ouvrier de qualité médiocre.

§

Sources écrites :

  • Le Gard de la Préhistoire à nos jours, sous la direction de Raymond HUARD – Editions Jean-Michel Bordessoules, Saint-Jean d’Angély 2003
  • Les mines des Cévennes – Michel VINCENT – Terre cévenole – St-Hilaire de Brethmas,2006
  • Balade en sol mineur. Histoire des mines du bassin houiller d’Alès – Hubert RIVELAINE – Le Plein de sens Editions – Montpellier, 2003§

    Source : www.st-florent-passe-present.fr
    Rédaction  :  Edmée Fache

    Reblogué par : Mas de la Regordane
    Première publication : 09.02.2018
    Dernière mise à jour : 09.02.2018

 

Listing sociétés 30110 La Grand-Combe

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Source : tva-intra-gratuit.fr
Mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.01.2018
Dernière mise à jour : 01.02.2018

De l’Harmonie des Houillères à l’Orchestre Variation’s

LgcEcoleMusique
Interview de Marc Dumas, directeur de l’École de Musique de la Grand-Combe.

Historique

1990 – Septembre : création de l’École de musique
1998/1999 : création de l’association des Parents d’Élèves et Amis de l’École municipale de Musique de la Grand-Combe (A.P.E)
2003 – Dissolution de l’association de l’Harmonie Municipale de La Grand-Combe
2015 – 210 élèves et 14 Professeurs et 17 disciplines.

Classes (liste non exhaustive, par ordre alphabétique) :

– classe d’accordéon
– classe de chant
– classe d’éveil musical
– classe musique d’ensemble
– classe d’orchestre
– classe d’orgue
– classe de piano
– classe de tuba

Calendrier des activités :

– Auditions : de décembre à février
– Contrôle (de pratique instrumentale) : février
– Examens : mai
– Remise des Prix, Gala de fin d’année et auditions : juin
(1er gala 1991 – prochain gala : juin 2018)

3 CD disponibles :

– Gala 2010 pour les 20 ans de l’École de musique
– Gala 2015 pour les 25 ans de l’École de musique
– Orchestre Variation’s (13 morceaux de musique)

Coordonnées :

L’École de musique communautaire de La Grand-Combe,
rue des Pelouses – 30110 La Grand’Combe.
Directeur : Marc Dumas
Tél. : 04 66 34 45 03
Mail : musiquegrandcombe.pgc@gmail.com
Page Web : ecoledemusique.grandcombe.pagespro-orange.fr
Site Web : http://www.ecoledemusique.fr (en création).

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Sur le même sujet : Fêtes-et-fanfare-à-La-Grand-Combe-1950-Vidéo

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Source : Vidéo YOUTUBE (de 47’30 »)
Publié par : Les Jardins du Gard TV
Réalisé par Llorente Production, décembre 2015
Ajoutée sur le Net, le : 04 janvier 2016

Mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 29.01.2018
Dernière mise à jour : 30.01.2018 (article en cours).

Garde dans les mines de charbon

Qui étaient les gardes des mines ? Un documentaire inédit leur est consacré

Le garde, c’était « les yeux et les oreilles de la mine ». Des personnages centraux du coron, mais dont le rôle ambigu a été, paradoxalement, très peu mis au jour. Eux consignaient toutes leurs activités. Grâce à ces archives, le documentaire « Sous l’œil des Houillères » propose un décryptage inédit du système de surveillance du bassin, le S.S.B.

« Sous l’œil des Houillères » a exhumé des archives du centre minier de Lewarde des documents inédits.

« Sous l’œil des Houillères » a exhumé des archives du centre minier de Lewarde des documents inédits.

Dans les corons, le garde des mines était une figure familière. Pourtant, il reste peu de témoignages sur le rôle, bien plus complexe et ambigu qu’il n’y paraissait, de ceux parfois appelés les « hommes en noir ».

Pour un documentaire qui sera diffusé sur France 3 le 6 novembre après Le Grand Soir 3, le réalisateur Richard Berthollet a examiné des centaines de pages des archives du centre minier de Lewarde. En une cinquantaine de minutes, le réalisateur distille des images rares de ces agents qui se «  tenaient soigneusement à l’écart des caméras et des appareils photos  », des témoignages, de Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle aux gardes eux-mêmes.

https://player.vimeo.com/video/235353890Teaser du documentaire « Sous l’oeil des Houillères »
from Pictanovo on Vimeo.

Le point de départ ? La bible des gardes

«  Ce documentaire, c’est une histoire qui a commencé il y a dix ans.  » À l’occasion d’un film qu’il réalise sur le Racing-club de Lens, le journaliste se plonge une première fois dans les archives des Houillières. «  Dans une boîte, au hasard, je tombe sur un mémento  ». C’est ce qui donnera corps à ce projet de documentaire. «  Ce premier document, c’est une «bible» du S.S.B. intitulée « Mémento » à l’adresse du personnel du Service de Surveillance du Bassin qui explique, sur une centaine de pages, ses missions et son mode de fonctionnement. Et, parfait contre-point, nous avons également trouvé des trombinoscopes de gardes accompagnés de centaines de procès-verbaux de surveillance couvrant la période du début des années cinquante à la fin des années soixante-dix. Complémentaires, ces documents dessinent les contours idéologiques et opérationnels du SSB.  » Au fil des boîtes rigoureusement classées et conservées par les archives de Lewarde, le pourquoi et le comment de la surveillance se dessine.

Une histoire inédite

«  Je connaissais le garde, mais pas le côté systématique.  » Richard Berthollet, épaulé par l’historienne Marion Fontaine, explore un pan peu connu et rarement traité de l’histoire des mines. «  Il n’existe pas de livre exclusivement dédié à ce sujet.  » Le documentaire fini, c’est «  une immense fierté, d’habitude, on s’aide des livres d’histoire. Là on a fait le boulot avant.  »

«  Il a aussi fallu comprendre qu’est-ce qui a radicalisé l’État.  »

Le documentaire nous entraîne du XIXe siècle – quand les compagnies minières privées font régner leur ordre – jusqu’à la nationalisation.

Alors que les mineurs pensent que la mine va « leur revenir », la surveillance empire et devient un système sous l’effet conjugué des grèves de 1948 et de la guerre froide. Puis s’invitent dans le documentaire et dans les corons les « événements d’Algérie » avant la fermeture des derniers puits qui marque l’extinction du SSB. L’histoire du bassin minier vue sous un jour inédit.

Pour le voir en avant-première ou à la télévision

Le documentaire « Sous l’œil des Houillères » sera diffusé à deux reprises.

Dans un premier temps, une avant-première de ce documentaire de Marion Fontaine et Richard Berthollet est organisée mercredi 11 octobre, à 20 heures au Leaud (Arenberg Creative Mine), sur le site minier de Wallers-Arenberg (rue Michel-Rondet à Wallers-Arenberg). Seront présents Richard Berthollet, réalisateur,

Marion Fontaine, co-auteure, Amy Benadiba, directrice-conservatrice du Centre historique minier de Leward notamment avec qui un échange est organisé à l’issue de la projection.

Réservation indispensable à diffusion@exquise.org ou au 03 20 43 24 32.

Le documentaire sera ensuite diffusé sur France 3, le 6 novembre, après Le Grand Soir 3, vers 23 heures.

Un portrait en clair-obscur

Le garde des mines contrôle la propreté du trottoir après la livraison du charbon, arrange les conflits de voisinage, connaît le prénom de tous les enfants de la famille et peut aussi ramener par l’oreille celui qui dérape… Le garde, agent de « proximité » avant l’heure, est alors aussi un agent de surveillance. Il possède des fiches sur chaque foyer, exerce une surveillance politique et syndicale, comme le raconte le documentaire. Un mauvais rapport du garde, et la demande de logement redescend en bas de la pile. Un bon rapport (contre un tuyau sur un voisin) et on gagne « les faveurs » des Houillères.

Nostalgie

Le portrait brossé révèle un rôle sombre («  entre milices et barbouzes  », dit le documentaire) et qui évolue au fil du temps. Les gendarmes reconvertis en garde des mines laisseront ensuite la place à d’anciens porions. D’anciens gardiens témoignent, racontent certaines dérives mais parlent d’une époque heureuse où régnaient l’ordre et le travail. La nostalgie du temps de la mine n’est jamais loin.

«  Dans ce cas, les personnes regrettent un rapport humain, c’est paradoxal, en direct avec le propriétaire  », rapporte Richard Berthollet, le réalisateur, quand le garde portait leurs voix auprès de la compagnie des mines. Le garde, un personnage plus complexe qu’il n’y paraît au fil du temps, entre la «  fonction d’îlotage  », de proximité rappelée par Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, et la menace sur «  les libertés individuelles » que décrit un autre témoin… «  C’est tout ça qui donne à cette nostalgie une certaine ambiguïté que le film tente d’expliciter  », reprend le réalisateur.

P.Drouet

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Par Pauline Drouet | 

Blogué par : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 25.01.2018
Dernière Mise à Jour : 25.01.2018

Mai 1948, La Grand-Combe, les mineurs fidèles à leur Foi

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L’école et le monopole

… Le 9 Octobre, Pie XII meurt, d’une mort mystérieuse après une mystérieuse maladie qui dura quatre ans. Avec lui allait disparaître l’intangibilité de la doctrine, la sécurité de la foi, la continuité de la Tradition, la solidité des colonnes de l’Église.

Le cardinal Tisserand, un français, grand savant, et grand libéral, va régner sur le Vatican pendant trois semaines.

Un nom circule déjà, Montini, mais il n’est pas cardinal, il lui faudra attendre. Le parti moderniste du Sacré Collège va pousser un candidat de transition très âgé qui va lui préparer la place, il faudra onze tours de scrutin pou réduire l’opposition qui mettait ses espoirs en des hommes de Tradition, les cardinaux Ottaviani et Siri. Le 28 Octobre, le cardinal Roncalli est élu, ce sera Jean XXIII. Une grande brèche est ouverte dans l’Eglise.

En France, pouvoir temporel et pouvoir spirituel vont accélérer la vitesse de désagrégation de la conscience, de la charité, de l’honneur, de la foi. Pouvoir temporel et pouvoir spirituel vont collaborer pour mater les sursauts populaires de saine conservation, regain d’un bon christianisme ancestral.

Un exemple, d’une actualité brûlante : l’école catholique, la grande ennemie et la grande victime de la Révolution.

Dans la misère depuis le début du siècle, elle est particulièrement éprouvée depuis 1945 et 1947 par le « plan Langevin-Wallon »(1), plan marxiste « de changement de la société ». Parents et enseignants poussés à bout par l’injustice et la menace d’abrogation de la loi Barangé, manifestent à Paris en Avril 1958 sous la quatrième République en décomposition. Le vélodrome d’hiver ne put contenir les dizaines de milliers de parents. Les responsables des associations, les orateurs ne ménageaient pas l’ardeur de leurs harangues. Le clergé de Paris était représenté, fait exceptionnel, la hiérarchie encourageait. La vigueur des propos du cardinal Feltin aiguillonnait cette foule bien décidée à obtenir justice des pouvoirs publics.

Vint Mai 1958, puis l’apostasie de septembre et la pression d’un pouvoir autocrate. Rien n’avait changé à l’échelon local dans l’esprit des défenseurs des écoles ; les A.P.E.L. au printemps 1959, veulent sauver les écoles régies par la loi Barangé qui n’est qu’une duperie. Elles reprennent leur combat pour la justice scolaire. Si la base a conservé sa vigueur, la tête a faibli. A l’occasion de leur congrès national à Caen les 8, 9 et 10 mai 1959, les A.P.E.L. par un grand meeting le 10 mai dans la capitale de Basse Normandie veulent montrer au gouvernement leur détermination d’obtenir satisfaction.

Il faut ici faire une pose et regarder en arrière avant de nous pencher sur ce congrès de Caen.

Aujourd’hui en 1984, malgré le sursaut populaire manifesté à Nantes, Bordeaux, Rennes, Lyon, Lille, Versailles pour la défense d’une école libre, dévoyée, il est difficile après 25 ans ou 35 ans, de bien comprendre ce qui s’est passé en 1959, en 1951.

Il faut au moins remonter au lendemain de la Libération et connaître les événements survenus à partir de 1946.

La guerre scolaire qui couve depuis 100 ans a été rallumée par le Parlement français par la loi du 17 mai 1946, nationalisant les Houillères du centre et du midi de la France. Les compagnies privées des Houillères, dans le midi comme en Lorraine et dans le Nord, avaient fondé et entretenaient des écoles catholiques gratuites pour leurs ouvriers. A la rentrée scolaire d’Octobre 1946, les mineurs comme par le passé, choisirent librement leur école. Mais le 30 novembre 1946, le Comité provisoire de gestion des Houillères, aux mains des communistes, informait par écrit les directeurs des écoles catholiques du bassin des Cévennes qu’elles seraient laïcisées à la date du 1er janvier 1947.

En conséquence, 103 maîtres et maîtresses seraient à cette date congédiés.

Théoriquement, c’est l’État qui est devenu patron, mais la C.G.T. commande. 1500 chefs de famille sont concernés, ingénieurs, contre-maîtres, ouvriers de fond. Presque tous cégétistes. C’est le seul syndicat, hormis une C.F.T.C. embryonnaire. Cégétistes ces mineurs ? pour défendre leur profession, peut-être ! Mais pour sauvegarder leurs enfants, il n’y a plus de C.G.T. qui compte ! Ils pensent sainement, immédiatement ils réagissent : « On ne nationalise par nos enfants comme du charbon. » Une A.P.E.L. est créée. La C.G.T. menace, mais la rentrée scolaire de Janvier 1947 s’effectue comme par le passé. L’A.P.E.L. tient plusieurs réunions publiques et coordonne les protestations.

En février, à Paris, une délégation de mineurs est reçue par P.H. Teitgen vice-président du Conseil, ce député démocrate chrétien, qui l’année précédente se vantait d’avoir fait mieux que Robespierre. Ce moderne ministre de la terreur dit aux mineurs : « Acceptez la laïcisation en exigeant qu’on vous laisse vos maîtres non congréganistes. » Ils refusèrent net ce honteux marché.

En Mars, le conflit s’étend aux bassins houillers de la Loire, d’Aquitaine, de Provence.

En Mai, les organisations anti-religieuses et maçonniques se mobilisent pour influencer le gouvernement du socialiste Ramadier. La laïcisation est décidée par le ministre de l’Education Nationale pour la rentrée d’octobre, mais à la veille de l’inventaire des locaux scolaires en juillet, les familles des mineurs occupent les écoles.

La rentrée se fait avec les maîtres religieux et laïcs non rétribués. Il faut trouver des millions, subir des procès, en engager d’autres. Le problème dramatique de l’enseignement catholique est né là et ne fera que se compliquer depuis quarante ans parce que la seule solution : le bon scolaire attribué à la famille pour le choix dans le respect et la justice, comme en Belgique ou d’autres pays, les parlementaires démocrates, de la gauche à la droite, n’en veulent pas.

Et dans tout cela, où est la hiérarchie catholique ? Absente, muette, inexistante !

Le 15 mai 1948, après trois jours de discussions, l’Assemblée Nationale adopte le projet socialiste de laïcisation des écoles des houillères, par 297 voix contre 270.

Le 21 mai, les mineurs de « La Grand’Combe » dans le Gard, protestent contre « la loi scélérate » et jurent que pas un enfant ne sera obligé d’aller à l’école laïque. Ils s’affirment disposés à tous les sacrifices, « y compris celui du sang ».

Le président de l’A.E.P. (Association Education Populaire) conduit à Rome une délégation de mineurs reçue par Pie XII.

La résistance aux assauts du préfet, des commissaires, des C.R.S. dura des mois. Les condamnations des tribunaux ne firent qu’exaspérer les catholiques. Trois équipes de mineurs parcourent la France, ces orateurs improvisés soulèvent l’enthousiasme à Paris, en Bretagne, en Vendée, en Lorraine, dans le Nord, surtout dans les milieux populaires restés plus chrétiens. Les A.P.E.L. de toutes régions remirent à tous les préfets une motion de solidarité à l’égard des mineurs.

Les A.P.E.L. et les amicales se préparent à envoyer des délégations de soutien à la « Grand’Combe » le 23 Avril 1949. Le gouvernement (c’était le septième depuis trois ans) recula encore. Le grand rassemblement eut lieu. Tous les journaux de France y avaient leurs envoyés spéciaux avec les reporters de Pathé-journal et toute la France lut, vit et entendit comment avec le Frère Marcel, directeur de l’école de la Grand’Combe, les mineurs défendirent la Foi au chant du Magnificat et du cantique : « Nous voulons Dieu dans nos écoles. »

C’est ce courant populaire dû aux laïcs avec quelques frères des Écoles Chrétiennes et quelques sœurs de Saint Vincent de Paul, qui contraignit les parlementaires à faire quelque chose pour calmer l’agitation. Ce fut la misérable loi Barangé.

A chacun des chapitres de notre étude, nous posons la question : que font les évêques ? Où sont les évêques ? Nous sommes obligés de constater que s’ils ne sont pas là, c’est de l’autre côté de la barricade que nous les apercevons. Defensor Civitatis, défenseur de la Cité, tel fut le beau titre donné à maints nobles évêques au cours des âges, à la tête de leurs ouailles, parfois même de leurs troupes, pour défendre la foi contre les barbares de toutes espèces. Souvenons-nous de Saint Émilien, cet évêque de Nantes, mort à la tête de ses soldats en Bourgogne !

A la recherche des causes de la désagrégation de l’Église et de la perte de la foi nous trouvons la désertion et la responsabilité des évêques d’hier et d’aujourd’hui.

Quelle est cette loi Barangé ? Elle porte le nom du député MRP – donc libéral – du Maine et Loire, qui en est l’auteur et fit adopter son projet par le Parlement en 1951 afin de calmer la colère des parents. Elle consistait à octroyer une allocation de 4 000 francs anciens par élève et par an. « Une misérable aumône qui n’aurait jamais dû être acceptée car elle a permis de faire oublier les revendications légitimes que les catholiques n’auraient jamais dû cessé de faire valoir jusqu’à complète satisfaction. » a écrit Pierre Lemaire.

Cette escroquerie est l’œuvre des politiciens libéraux ayant trahi leurs électeurs catholiques. Ce mauvais coup a ses origines dans un « plan d’ensemble d’éducation et d’enseignement national » élaboré dans la clandestinité pendant l’occupation. Plan où l’enseignement privé ne devait plus avoir place, revanche espérée des sectaires contre l’école catholique à laquelle le gouvernement du Maréchal Pétain avait rendu ses droits et sa mission dans le pays, ce qui n’était qu’un minimum de justice.

On trouve la substance de ce plan dans les « Chroniques de la Résistance », publiées après la Libération en 1945 par Maxime Blocq-Mascart (2), membre du Conseil National de la Résistance.

Tous les projets de lois scolaires proposés au Parlement et voté par celui-ci depuis 1945 sont issus de ce plan maçonnique.

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Photo : 28.05.1948 manifestation laïque à La Grand-Combe.

Un grand rassemblement de parents, suscité par le vaillant défenseur de l’école catholique Mgr Cazaux, évêque de Luçon, attira en avril 1950 plus de 100 000 personnes à Saint Laurent-sur-Sèvres. Il y fut décidée la suspension du paiement des impôts pendant 4 mois ; des saisies ne découragèrent pas les protestataires. Le gouvernement recula, mettant un frein à la réalisation des propositions de loi tendant à l’exécution complète du Plan. Quoique des députés catholiques libéraux se soient faits complices de ce forfait.

Il faut savoir, pour saisir et comprendre le ridicule et l’impudence de cette loi Barangé, que l’allocation de 4 000 francs anciens [40 Nf, 6 € ! NdE] par élève était également octroyée à l’enseignement public dont les maîtres sont payés par l’État et les bâtiments entretenus aux frais des communes. En outre, la loi ne s’appliquait qu’aux élèves de 6 à 14 ans, maternelle et secondaire étant exclus.

C’est donc au début de ce retour de la guerre scolaire, que l’ensemble de la hiérarchie catholique aurait dû remettre les principes d’existence de l’école sur son vrai terrain, son seul terrain : les droits de Dieu sur les créatures et les droits de l’Église à les enseigner.

Qu’aucun député catholique n’ait eu la fierté de réclamer la justice en faveur de l’école catholique au nom des droits de N.S.J.C. sur les sociétés et l’éducation, qu’il ait fallu un biais en invoquant les seules difficultés matérielles pour obtenir une libéralité, c’est la preuve du manque de liberté et de foi, une preuve de l’impuissance du législateur lié au système, soumis aux pressions, contraint par le « Plan ». Pour en authentifier l’existence en voici une manifestation. Le compte rendu officiel du Convent de 1952 du Grand Orient de France accordant une place extrêmement importante au problème de l’école avec le programme qu’il présente :

« Désarmer entièrement pour éduquer entièrement… Vouloir la réforme de notre enseignement donc être laïque, mais la vouloir financièrement… Il ne doit y avoir une seule école nationale… En attendant la grande revanche que nous devons préparer vigoureusement et obtenir, nous devons maintenir le principe de la nationalisation de l’enseignement avec, comme conséquence, la suppression des écoles privées confessionnelles, la nation prenant en charge tout l’enseignement entièrement laïcisé. »

Les effets inopérants de cette loi ramènent vite le mécontentement. En 1956, l’abrogation de cette malheureuse loi est demandée. Elle sert de prétexte à la présentation par le Gouvernement d’un projet dit « Concordat Scolaire », il reconnaîtrait des écoles dites agréées dont les professeurs seraient payés par l’État, mais elles seraient placées sous le contrôle de l’État.

On a constaté avec stupeur qu’un projet similaire est proposé aux parents par un dirigeant d’A.P.E.L, Monsieur Lizop à qui les parlementaires ont confié la direction d’un « Secrétariat d’Étude de l’Enseignement Libre ». La collusion est certaine entre certains prétendus défenseurs de l’école libre et certains centres maçonniques voués à la lutte contre l’école catholique. Une campagne d’intoxication dans ce sens se faisait en même temps auprès des A.P.E.L .

Pierre Lemaire, le défenseur de la famille, écrit en mai 1956 :

« Et l’on est obligé de déplorer que certains journalistes catholiques mènent des « négociations » qui sont pour le moins inquiétantes. Les conversations de Mgr Courbe (3) et M. Hernu, succédant à celles du cardinal Tisserand et de M. Mendès, et ces dernières à celles du cardinal Feltin avec André Marie et Berthouin, ne sont pas sans inquiéter vivement les observateurs. Elles les inquiètent même d’autant plus qu’elle s’accompagnent auprès des catholiques de consignes de silence et de passivité qui ne peuvent que favoriser le mauvais coup préparé par les sectaires laïcs aux ordres de la Franc-Maconnerie et du Parti Communiste, alliés une fois de plus dans une œuvre néfaste.

« Ainsi, d’une part, on « négocie » à propos d’une affaire où il n’y a pas de négociations possibles parce qu’il n’y a pas de compromis possible lorsqu’il s’agit d’un droit fondamental, et d’autre part, on évite le plus possible de mettre les catholiques et l’opinion publique générale au courant de la position exacte de la question et de la gravité de la menace. Et donc, de ce fait, on réalise les conditions nécessaires pour que les masses catholiques se trouvent absolument incapables de réagir quand l’attaque sera lancée.

« On évite de poser la question de l’École sur ses bases véritables et on laisse diffuser des opinions aux conséquences les plus dangereuses. Sait-on, en effet, que la fausse théorie prétendant que l’École Libre constitue un service public a permis de mettre au point un projet de nationalisation qui prévoit « la réquisition des locaux et… des maîtres » !… Le Pays tout entier ne devrait-il pas être informé de ce projet aussi criminel que scandaleux ? On laisse des groupements ou des personnalités à étiquettes chrétiennes prendre des positions contraires à l’École Libre, et cela sans jamais les condamner. On laisse la grande masse des catholiques dans l’ignorance du danger actuel et dans l’inaction alors que, mobilisée, elle représenterait une force véritablement invincible.

« Il y a donc dans ce silence et dans cette passivité une véritable trahison.

« M. Lizop, président national des A.P.E.L, devrait comprendre que, si légitimes que soient les intérêts des maîtres, il n’est pas possible dans l’état politique actuel de la France, de leur donner une situation comparable à celle des professeurs de l’État, que l’organisation d’un corps professoral national unique libre peut donner à l’État des moyens de pression qu’il n’aurait jamais sur une infinité de petits groupes de personnes ; enfin, que ce n’est pas la situation des maîtres qui prime, mais la subsistance d’une École Libre. Pas un seul maître libre, véritablement conscient de sa mission, ne contredira ce principe ; les sacrifices immenses acceptés par les maîtres libres le prouvent.

« Pour que l’École Libre subsiste et puisse remplir sa mission, elle doit avant tout sauvegarder absolument sa liberté.

« L’École Libre ne peut accepter aucun contrôle de la part de l’État à l’exception de ceux très réduits admis actuellement : titres selon la loi du 15 Mars 1850, règlements d’hygiène et de sécurité valables pour tout établissement public, contrôles fiscaux valables pour toute entreprise régulière.

« L’École Libre ne peut accepter de contrôle que des parents qui ont naturellement le droit de contrôler les personnes à qui ils confient l’éducation de leurs enfants. »(4)

Les troubles politiques ne permettent aucun règlement, l’agitation continue. Ce sera la réunion d’avril 1958 au Vélodrome d’hiver, puis le premier Congrès national des A.P.E.L à Caen en 1959. Mgr Cazaux espérant beaucoup de ce Congrès avait quelques jours avant adressé aux Vendéens un appel à la prière pour son succès.

« Cette prière, écrivait-il, m’apparaît d’autant plus nécessaire que la question scolaire se repose aujourd’hui avec un caractère renouvelé d’urgence et de gravité… La situation est telle que l’impatience et le mécontentement ont tendance à grandir rapidement et à gronder au cœur des enseignants comme des amis et usagers de l’École Libre… Ils ont conscience de rendre un grand service au pays et à l’État lui-même qui sans eux ne pourrait donner des classes et des maîtres à tous les écoliers de France… Les élèves du premier et deuxième degré de l’enseignement libre coûteraient à l’État plus de 80 milliards [d’Anciens Francs, 80 millions de NF. Nde]… N’ont-ils pas dès lors le droit de répéter ce que le grand Cardinal Mercier disait au gouvernement de son pays : « Nous ne demandons pas que l’État nous paie nos écoles, mais qu’il nous rembourse les économies que nous lui faisons réaliser ».

[LA Trahison]

Le 10 mai 1959, les parents attendaient beaucoup de cette démonstration. Cars et trains spéciaux avaient déversé à Caen sur un immense parc agricole plus de 80 000 personnes. Au cours de la messe dite sur un grand podium en présence d’une douzaine d’évêques, l’homélie de l’un d’eux fit l’effet d’une douche froide sur cette assistance qui s’était déplacée de toutes les régions de France pour recevoir des directives d’action, des assurances de soutien, non pour entendre des semonces et des appels à une sage discipline. La journée commençait mal, mais le repas avait un peu estompé la déconvenue lorsque le premier orateur inscrit au programme de l’après-midi, Monsieur d’Azambuja un des défenseurs des écoles des houillères, monte à la tribune. Connu pour son courage, les applaudissements nourris saluent son arrivée. Quelle ne fut pas la stupeur de cette foule lorsqu’elle entend : « Mes amis, j’avais un discours à vous faire, des encouragements à vous prodiguer, mais on me met dans l’impossibilité de les exprimer. » Puis il quitte le micro. Ses successeurs à la tribune, plus dociles sans doute, adressent aux congressistes des conseils aussi lénifiants les uns que les autres. Le bouquet de cette journée de dupe fut la motion finale inspirée, et vraisemblablement imposée par les évêques venus pour cela, la voici en son entier :

« 80 000 congressistes réunis à Caen et mandatés par les 800 000 familles usagers de l’enseignement libre :

« Prennent acte avec satisfaction de l’adhésion de plus en plus large donnée par l’opinion publique française aux principes d’une liberté effective d’enseignement.

« Ils affirment une foi de plus que la famille tient de la loi naturelle et par priorité le droit de diriger l’éducation de ses enfants et donc celui de choisir l’école qui coopérera avec elle dans cette tâche sacrée, sans que ce choix devienne pour les parents un poids financier aussi injuste qu’insupportable. Ils appellent de leurs vœux pressants une législation inspirée de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et réalisant enfin une véritable justice pour les parents et pour les maîtres de l’enseignement libre. »

Un authentique manifeste marxiste. La hiérarchie amenait les catholiques sur le terrain de l’adversaire lui empruntant sa dialectique et ses armes. Une faute qui appelait une défaite.

A Caen, le soir de ce 10 mai, la foule s’écoule assommée, dépitée vers les parkings et la gare. Chacun se demande pourquoi les dirigeants des A.P.E.L. l’ont tant incité à faire un tel déplacement pour une telle comédie. Quelques-uns, quelques-uns seulement, car le secret a été tenu, ont appris que le président national des A.P.E.L. avait été convoqué d’urgence la veille au soir à Blois, où se trouvait le général de Gaulle, qui donna ordre de ramener au silence ces importuns sous menace d’arrêter tout projet de règlement de la question scolaire. C’était une première réponse du grand homme aux « Oui » des catholiques au Référendum. Pour lui tenir tête, il eut fallu un Cardinal Mercier… ou un Cardinal Pie, des hommes ayant foi en la puissance de Dieu, en Dieu seul et en son Église. La France ne le méritait plus.

Le gouvernement Debré qui a pour ministre de l’Éducation Nationale un vieux militant socialiste M. Boulloche, crée en Juin 1959 une commission d’étude, dénommée du nom de son président P.O. Lapie autre député socialiste sectaire. Cette « commission Lapie » n’avait en réalité aucunement mission de rechercher une juste et honnête solution, mais de préparer les voies à une intégration de l’enseignement privé. D’ailleurs sa composition de douze membres désignés par le ministre révélait son orientation (!) : Magistrats, professeurs d’université, académiciens dont l’inévitable Wladimir d’Ormesson, tous appointés ou honorés par l’État, pas un seul représentant de l’Enseignement Libre ! Un aveu ! Son porte-parole déclara officiellement : « Faire de l’école publique, non pas la grande école nationalisée d’autorité, mais la grande école nationale, acceptée sinon de tous, du moins de presque tous ou à côté de l’instruction proprement dite serait enseigné ce qui constitue notre bien moral commun à tous, étant entendu que chaque enfant pourrait avoir en outre toute facilité de recevoir l’enseignement religieux souhaité par sa famille. Tel est… le but général suivi par la commission. »

Autant dire mainmise à peine camouflée de l’État sur tous les enfants !

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Photo : 1920 (?) La Grand-Combe, place de la victoire, sortie des écoles chrétiennes.

Pendant ce temps les manifestations se multiplient dans le pays. Les unes des associations catholiques, les autres des organisations laïques ou anti-religieuses pour impressionner le gouvernement.

En novembre, le rapport Lapie est rendu public, le projet de loi Boulloche également, ils sont assez semblables. On peut les résumer en ces solutions possibles :

  • l’intégration totale, pour les écoles qui en feront demande,
  • contrat d’association,
  • agrément ou contrat simple,
  • liberté

Première étape en l’attente d’une unification ultérieure. Personne n’est satisfait, les ministres eux-mêmes sont divisés. Le premier ministre Debré dans l’impasse, propose un remaniement du premier article du projet, le ministre Boulloche démissionne. Debré prend sa place et propose son projet qui sera voté à la Chambre par 427 voix contre 71. L’amendement était : « Reconnaît le caractère spécifique tant des établissements privés que de l’enseignement qui y est donné. » Ce fut la loi Debré.

Ce peu de choses a permis de rallier la majorité des voix. Ainsi fut livré à l’Etat sans Dieu, à ses exigences, à son esprit sectaire, à son contrôle l’ensemble de l’enseignement catholique. Restait le choix de se livrer pour un peu de confort, ou de se garder libre et à Dieu dans la pauvreté.

Par cette manœuvre, Satan allait mettre en tentation, dans l’obligation de faire un choix entre une apparence de satisfaction des besoins matériels légitimes ou le sacrifice dans l’honneur et dans la fidélité à la Foi.

Ce fut un drame de conscience pour ceux qui allaient devoir faire ce choix : les directeurs et directrices, les curés, les présidents d’A.P.E.L de chaque école. Il était proposé une amélioration, une aide financière. Maîtres et parents dans leur grande majorité très ignorants de la doctrine de l’Église, et, il faut le dire, d’une piété et d’une pratique très souvent superficielle, parfois inexistante pour un certain nombre. Comprendraient-ils un refus des avantages matériels de cette loi ?

Y a-t-il une résistance possible, une possibilité d’échapper à ce piège ?

Vu l’attitude de la hiérarchie, vu la mentalité du clergé paroissial, vu le climat de l’esprit de soumission instauré par le régime gaulliste, vu les articles démobilisants du journal mensuel des A.P.E.L : « La Famille Éducatrice » servi à tous les parents d’élèves de l’Enseignement libre, journal sous influence et contrôle de la hiérarchie, il faudra beaucoup de courage aux responsables pour résister à la tentation de refuser ou même limiter les dégâts consécutifs à l’application de cette loi.

Mais voyons-en les principaux articles :

« Le texte de la loi Debré

Article 1 :

…L’Etat proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts.

…Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’Etat. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants, sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance, y ont accès.

Intégration

Article 3 :

Les établissements d’enseignement privé peuvent demander à être intégrés dans l’enseignement public…

Association

Article 4 :

Les établissements d’enseignement privé du premier degré, du deuxième degré et du technique, peuvent, s’ils répondent à un besoin scolaire reconnu, demander à passer avec l’État un contrat d’association à l’enseignement public.

Le contrat d’association peut porter sur une partie ou sur la totalité des classes de l’établissement. Dans les classes faisant l’objet du contrat, l’enseignement est dispensé selon les règles et programmes de l’enseignement public. Il est confié, en accord avec la direction de l’établissement, soit à des maîtres de l’enseignement public, soit à des maîtres liés à l’État par contrat.

Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public…

Contrat Simple

Article 5 :

…Le Contrat Simple porte sur une partie ou sur la totalité des classes des établissements. Il entraîne le contrôle pédagogique et le contrôle financier de l’État.

Peuvent bénéficier d’un contrat simple les établissements justifiant des seules conditions suivantes : durée de fonctionnement, qualification des maîtres, nombre d’élèves, salubrité des locaux scolaires. Ces conditions seront précisées par décret…

Comités de conciliation

Article 6 :

Il est créé dans chaque département un Comité de conciliation compétent pour connaître de toute contestation née de l’application de la présente loi…

Article 8 :

…Nouvelle loi dans neuf ou douze ans, pour les écoles sous contrat simple.

Article 9 :

Les contrats prévus à l’article 5 ne peuvent être conclus que pendant une période de neuf ans à compter de la promulgation de la présente loi. Toutefois, le gouvernement pourra, après avis du Comité national de conciliation, prolonger ce régime pour une période supplémentaire n’excédant pas trois ans… »

Comment cette loi a-t-elle été reçue, jugée par ceux qui étaient en mesure, supposons-le, d’en comprendre le sens et la portée ?

Le cardinal Roques, président de la Commission Épiscopale de l’enseignement : « Il faut attendre que cette loi-programme ait été précisée par les décrets d’application pour s’en faire une idée exacte… »

Le cardinal Gerlier : « Il semble qu’elle puisse servir de base à un rapprochement qui sans offenser personne ouvrirait la voie à la paix scolaire… »

Le cardinal Liénart : « Une solution non de simple coexistence entre les deux, mais de rapprochement et de coopération entre le public et le privé. Cet esprit n’est pas pour nous déplaire… »

Le cardinal Feltin : « Nul parmi nous ne chante victoire, d’autant plus que restent à promulguer les décrets d’application. »

Satisfaction !

On pourrait en citer d’autres, à quoi bon ? Ils nous écœurent et nous durcissent le cœur. Mais allons en face, là où l’on sait à quoi s’en tenir. Ce ne sont pas des chuchotements d’antichambre épiscopale, mais clamés du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale, la réalité des gens qui savent ce qu’ils veulent :

« Un jour de nouvelles majorités reviendront à l’entière séparation des églises et de l’État. Ce jour-là tous les établissements et les maîtres qui auront sollicité le concours des fonds publics seront considérés comme ayant affirmé leur vocation d’entrer dans le service public de l’enseignement, et il sera ainsi fait. Ce n’est ni une menace, ni un chantage. C’est la conséquence logique de ce que vous allez décider. C’est la logique du système. C’est aussi notre volonté et au nom de mes amis, je prend l’engagement de la respecter. Je n’envie pas votre satisfaction. »

L’homme intelligent, cohérent qui a écrit cela est Guy Mollet, secrétaire général du parti socialiste. Nous devons constater un quart de siècle après qu’il y a cohérence, fidélité et continuité. Il n’y a pas eu aggiornamento au parti socialiste (SFIO) !

Quelques jours après J.J. Servan-Schreiber écrivait dans « L’Express » : « Quand M. Guy Mollet annonce à l’Assemblée que le combat ne cessera pas jusqu’à l’abrogation totale des lois qui viennent d’être votées et jusqu’à la nationalisation pure et simple des établissements confessionnels qui auront été nourris par les fonds publics, nous l’approuvons sans réserve. Ce qu’il dit là est nécessaire, incontestable pour un républicain. Et ce qu’il prédit arrivera. C’est clair. »

Georges Suffert un catholique de gauche journaliste dans différentes feuilles socialistes, bien formé par ses amis écrivait le 24 Décembre 1959 dans « France Observateur » : « Que la majorité se retourne et toutes les structures seront en place pour que la nationalisation des écoles ayant accepté de signer des contrats avec l’État soit du jour au lendemain chose faite… et l’Église aura perdu le bénéfice psychologique que son indépendance lui avait valu. »

Wladimir d’Ormesson qui n’était pas un ami de l’école catholique écrit avec sa grosse plume dans son « Figaro » : « Peut-être qu’à l’usage, les français s’apercevront-ils qu’une situation – si simple au fond – aura enfin été exorcisée. Qu’écoles publiques laïques, c’est-à-dire neutres, (l’innocent !) et qu’écoles privées, c’est-à-dire d’inspiration chrétienne, peuvent non seulement coexister mais collaborer dans la liberté… C’est quand cette étape sera franchie que pourra s’entrevoir le vaste réaménagement de l’éducation nationale dégagée des plis du passé, où tous les enfants de France pourront trouver ensemble ce que leurs parents ont le droit d’exiger pour chacun d’eux. »

Cet écrit montre quel travail d’intoxication les gens initiés au Grand Plan de laïcité, pouvaient réaliser auprès de l’opinion, auprès des parents ne voyant pas de profonde différence entre enseignement public et enseignement privé.

Il est vrai que depuis la fin de la guerre, depuis 1945, l’enseignement libre s’est aligné en bien des points sur l’enseignement laïque. Il faut reconnaître que déjà une bonne partie du clergé ne soutenait plus les écoles paroissiales et trop souvent ce sont les parents seuls qui ont maintenu les écoles malgré l’opposition des curés indifférents ou parfois hostiles (5) aux encycliques sur l’éducation de la jeunesse.

La terrible loi Debré est promulguée, les décrets d’application sont sortis, au sein et à la tête des écoles de longues discussions vont s’engager entre partisans des diverses solutions. Le piège est tendu. Le troupeau est au bord du ravin, qui va y tomber ? Que vont faire les pasteurs ? Les « defensores civitatis » ? La question est superflue ! Ce sera bien sûr encore le « oui », le « oui » modulé. Le « oui » dur des inconscients pour le contrat d’association, le « oui » mou des inquiets pour le contrat simple. Le non, conscient et fier sera l’honneur du petit, oh ! tout petit troupeau de quelques unités.

Dans le grand silence et l’embarras des évêques, une voix s’éléve et limite les dégâts pour son diocèse : Mgr Puech évêque de Carcassonne. Sa note publiée dans sa Semaine religieuse du 20 Août 1960 explique lucidement la nocivité de cette loi, il dit :

« On le voit, une telle conception, de tendance totalitaire, ne reconnaît à l’école libre qu’un rôle momentané de suppléance. Bien plus elle est incompatible avec la notion d’une école chrétienne où la « logique de notre foi » réclame que l’enseignement lui-même soit chrétien, et pas seulement l’éducation.

« Or toutes les dispositions de la loi et des décrets, s’orientent si bien selon cette regrettable perspective, que la première mesure proposée pour « régler les rapports de l’Etat et de l’enseignement privé » c’est l’intégration, c’est-à-dire la disparition de cet enseignement privé… Les écoles chrétiennes préfèrent aux moyens de vivre leurs raisons de vivre. »

Voilà la parole sage et courageuse qui aurait pu, qui aurait dû au cours de ce conflit résonner dans chaque diocèse.

Puis Monseigneur Puech dit pourquoi les évêques ont accordé leur confiance ; parce que, poursuit-il, « Les déclarations du gouvernement à la tribune du Parlement ont expressément promis que seraient respectés dans les classes sous contrat l’autorité du directeur, la liberté des maîtres, le caractère propre de l’enseignement. »

Naïveté, marchandage ou connivence ?

L’évêque de Carcassonne lui, n’accorde pas sa confiance, il donne les directives suivantes pour son diocèse :

« Aucune école catholique ne doit demander l’intégration qui lui ferait perdre jusqu’à sa raison d’être.

« Aucune école catholique ne doit souscrire un contrat d’association, dans l’état actuel des textes législatifs et réglementaires ; les risques sont trop graves de perdre les caractères spécifiques d’un enseignement chrétien et même d’aboutir à une intégration différée. »

Malheureusement l’évêque a cédé pour les contrats simples oubliant que les écoles chrétiennes doivent « préférer, aux moyens de vivre, leur raison de vivre ».

Certes pour ces contrats simples l’ingérence de l’État paraissait limitée. Mais ce droit de contrôle, l’État va en user sur les maîtres payés par l’État, qui vont perdre leur indépendance et vont resserrer leurs liens syndicaux avec leurs collègues de l’enseignement laïc. Le caractère spécifique va se dégrader, les programmes y contribueront largement. En bien des écoles la mentalité deviendra rapidement aussi mauvaise que dans les écoles de Jules Ferry.

Comment l’enseignement catholique s’est-il engagé dans ce système ? Rares sont les établissements qui ont demandé l’intégration. Un nombre important a souscrit le contrat d’association, la majorité a opté pour le contrat simple, très petit fut le nombre des écoles restées libres et pauvres.

Notes :

1 – Henri Wallon, professeur au Collège de France, collaborateur du journal « L’Humanité », ministre de l’Éducation Nationale du Gouvernement Provisoire en 1944.
2 – Membre du Comité Constitutionnel en 1958, il coopéra à l’élaboration de la Constitution de la Vème République.
3 – Evêque auxiliaire de Paris, secrétaire général de l’Action Catholique.
4 – « Documents-Paternité » Mai 1956.
5 – Cf. la révolte de 26 curés nantais en mars 1964 contre leur évêque qui avait rappelé au cours d’une réunion des A.P.E.L.  : « La nécessité d’une école chrétienne… Aujourd’hui comme hier le Magister de l’Église estime que la place normale de l’enfant chrétien se trouve à l’école chrétienne. »

§

Source : civitas-institut.com
Par :  

Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 02.01.2018
Dernière mise à jour : 22.01.2018

Mines 1914-1922 : Paternalisme Vs Syndicalisme

MédailleCieMines

LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
ET LE DÉCLIN DU CONTRÔLE SOCIAL
DANS LES MINES DU GARD (1914-1922)
par Fabrice SUGIER

En 1913, les neuf compagnies minières du Gard forment, avec deux millions de tonnes de charbon extrait et 12 000 ouvriers occupés, le 3ème bassin houiller français (tableau 1).

Nous l’avons étudié en détail dans notre thèse, et nous n’allons nous intéresser ici qu’à un aspect bien particulier, celui du contrôle social. En prenant l’exemple du bassin cévenol, et en choisissant la période 1914-1922, nous voulons essayer d’examiner les conséquences de la situation de guerre et des bouleversements sociaux qui l’ont suivie sur les entreprises et les populations de l’arrière. La problématique exposée, le déclin du contrôle social, peut donc nous permettre d’accréditer ou de tempérer, dans ce cas précis, l’idée de « fin d’un monde » souvent attachée à l’époque du premier conflit mondial. Nous allons d’abord présenter les différents aspects du dispositif patronal de contrôle social à la veille de 1914 ; puis nous tenterons de discerner les tendances d’évolution pendant et après la guerre.

Tableau 1. – Le bassin gardois en 1913 (Archives du Service des Mines à Alès)

Les entreprises minières et le contrôle social avant la Grande Guerre

Le dispositif mis en place par les compagnies cévenoles entre 1840 et 1875 n’est pas très original par rapport à d’autres déjà décrits pour d’autres bassins (Carmaux, Blanzy, Nord-Pas-de-Calais), ou même d’autres industries. Nous nous contenterons donc d’en exposer brièvement la doctrine et d’en décrire les principaux traits.

La doctrine patronale

Communément appelée « paternalisme », elle repose sur deux thèmes majeurs. Tout d’abord, il existe une communauté d’intérêts entre le patron et l’ouvrier. Ainsi, J.-B. Marsaut, dirigeant de la Compagnie de Bessèges de 1859 à 1914, parle du « lien moral d’une aspiration commune à l’ordre, à la tranquillité et à l’harmonie, indispensables au bien de tous entre les ouvriers et la Compagnie qui leur procure le travail ». Le Moniteur des Cévennes, journal financé par la Compagnie de La Grand-Combe, lui fait écho en soulignant la complémentarité des uns et des autres. Les chefs apportent « la haute intelligence » et « l’habile direction », et les ouvriers « l’amour de la paix, de l’ordre et du travail ». Mais convergence d’intérêts ne signifie pas égalité, d’où la mise en avant d’un deuxième thème, celui de la famille, appliqué à l’entreprise. Le directeur est « ce bon père qui nous fait tant de bienfaits » et qui est « préoccupé par l’amélioration constante du bien-être matériel et moral de son personnel ». Il a donc vocation à régir entièrement la vie de son personnel, ses « enfants », dont il est moralement responsable. Les convictions chrétiennes de nombreux chefs d’entreprises minières cévenoles donnent une force particulière à ce thème, après les descriptions tragiques données par Villermé ou Zola de l’état moral des populations ouvrières. Les métaphores sont omniprésentes dans le discours patronal. Elles tournent par exemple autour de la dualité punition-récompense. Ainsi, tout comme ils doivent écarter les mauvaises fréquentations, « les pêcheurs en eau trouble en quête de mandat électif », les dirigeants miniers doivent savoir punir leur personnel. Le renvoi, en cas de grève, est une « leçon de choses, une leçon nécessaire, profitable à tous et salutaire ». En retour, les mineurs qui accepteront ces règles en retireront bénéfice : « Gardez-leur toujours le respect et l’obéissance, vous y trouverez votre récompense plus tard », recommande le dirigeant d’une association aux mineurs, en parlant de leurs « chefs ».

La politique de contrôle social

Au-delà des différences entre compagnies, elle s’appuie sur quatre piliers essentiels.

Un recrutement sûr

La question du recrutement est primordiale : il doit être mené de façon à ce que le nouvel embauché ait le plus de chances de s’adapter aux règles de la « ville-usine »7. Pour ce faire, plusieurs règles sont observées.

Tout d’abord, le recrutement est très localisé. En 1912, en moyenne, 41,5 % des mineurs adultes du fond occupés par une compagnie cévenole sont nés dans les agglomérations où sont installés ces puits ; et 58,7 % dans une commune du bassin. Par ailleurs, 37 % sont originaires des départements ruraux du Massif Central, mais il s’agit là d’un recrutement centré sur quelques cantons, véritables « terres à mineurs ». La carte de la page suivante montre bien qu’il n’y a pas forcément continuité géographique, mais choix de critères religieux. Les cantons marqués par la présence protestante (au sud du bassin, et sur sa périphérie nord : Barre-des-Cévennes, Saint-Germain- de-Calberte, Valgorge…) sont évités, alors que les efforts des compagnies se portent prioritairement sur les hautes vallées de l’Allier et de l’Ardèche, indéf ectiblement attachées à la foi catholique : Langogne, Coucouron, Mont- pezat, Thueyts, Le Cheylard. Au total, sept des dix cantons ardéchois et lozé- riens qui fournissent le plus de main-d’œuvre sont à 100 % catholiques. Plusieurs témoignages oraux (difficilement vérifiables mais concordants) soulignent d’ailleurs le rôle des curés locaux dans le choix des candidats à l’embauche.

Parallèlement, l’étude du fichier du personnel de la Compagnie de La Grand-Combe révèle trois constantes, qui apparaissent comme autant de « précautions » de l’employeur. Tout d’abord, le recrutement est essentiellement familial. Entre 1904 et 1913, 76,1 % des embauchés possèdent un ou plusieurs parents travaillant déjà à la compagnie. L’adaptation est donc plus facile. D’autre part, il est souvent rythmé par les mêmes étapes : première embauche à 13-14 ans (44 % des ouvriers recrutés sur place), puis ré-embauchage tout de suite après le service militaire. Pour tous ces mineurs, l’absence de toute autre expérience professionnelle rend plus aisée leur acceptation des règles relatives au fonctionnement de la mine et de la ville-usine. Enfin, pour tous les autres, la compagnie exige le plus souvent des antécédents à la mine. Entre 1908 et 1912, 82 % des ouvriers embauchés ont déjà travaillé dans une exploitation française, dont 71,9 % à la Compagnie de La Grand-Combe elle-même, ou chez ses entrepreneurs. Ceci doit bien sûr permettre de réduire le nombre des réactions de rejet que l’on rencontre partout à l’égard du travail souterrain, et qui y explique l’ampleur du « turn-over ».

 

Le recrutement des mineurs par cantons, 1912


Les sursalaires et les dépenses de prévoyance patronale

La politique de recrutement essaie de créer des attaches morales ; mais, pour attirer et retenir l’ouvrier, elle se double de l’octroi de divers avantages matériels. Énumérons-les rapidement, car nous les rencontrons dans la plupart des compagnies françaises.

Les suppléments de salaires comprennent, en particulier, les gratifications pour la Sainte-Barbe (un jour de salaire), les primes aux médaillés du travail (un mois de salaire versé par la Compagnie de Rochebelle), les allocations familiales (créées en 1911 à La Grand-Combe : deux jours de salaire en moyenne par enfant au-delà du troisième et par mois, en 1914).

Les avantages en nature sont surtout les allocations gratuites de charbon (16 % des dépenses facultatives à La Grand-Combe en 1914), les logements loués à des prix très inférieurs à ceux des particuliers (725 logements, soit un pour six ouvriers, à La Grand-Combe en 1914, avec 410 jardins).

La fourniture de services de santé prend une place croissante. Toutes les compagnies rémunèrent un service médical, dont l’organisation est calquée sur celle de l’exploitation : un docteur par division à La Grand-Combe, un hôpital par siège d’exploitation à la Compagnie de Bessèges. Les effets de cette politique sont indéniables, puisque le taux de mortalité baisse alors plus rapidement que la moyenne française, le taux de mortalité infantile étant inférieur au taux national dès après la guerre9.

Des secours et des pensions sont assurés aux non-actifs, et ce bien avant les lois sur les caisses de retraites et de secours mutuels. De plus, les compagnies versent diverses aides aux plus démunis. A La Grand-Combe, ce sont « les secours aux indigents du chantier » (1,4 % des dépenses de prévoyance patronale en 1913).

Le contrôle des comportements et des esprits

La compagnie contrôle la vie de la commune où elle s’est implantée. A La Grand-Combe, elle a créé de toutes pièces une ville dont elle a construit et possède tous les aménagements et bâtiments publics : mairie, commissariat, gendarmerie, église, temple, écoles, cimetières… Elle pourvoit d’ailleurs à leur entretien, en payant les fournitures, le mobilier, l’éclairage et les frais de fonctionnement (paiement des agents de police, des fonctionnaires municipaux, des enseignants). Au total, la Compagnie dépense près de 150 000 F à l’entretien de « sa » commune en 1913.

Les dirigeants des compagnies détiennent, jusqu’à la veille de la guerre, le quasi-monopole de la représentation politique. Les directeurs sont également maires de leur commune et conseillers généraux. Et le député de la circonscription est F. de Ramel, actionnaire important de la principale entre-prise, de 1889 à 1914. Au-delà des procédés de fraude, plusieurs types de pressions permettent ce monopole : les libéralités, la pression des personnels d’encadrement (maîtres-mineurs), et le chantage à l’emploi et à la fermeture des mines (comme le fait avec succès le marquis d’Étampes dans le canton de Saint-Ambroix en 1910).

Afin d’affermir et de pérenniser cette domination, les compagnies s’efforcent de contrôler la vie privée de leurs ouvriers. Trois outils sont utilisés. Par le biais de l’école et de l’Église (sermons de la Sainte-Barbe, en particulier), on inculque aux ouvriers ou futurs ouvriers une morale fondée sur le respect de l’ordre établi, l’exaltation du travail, l’acceptation de sa condition. L’instrument associatif est également important. Grâce à diverses associations (musicales, sportives, professionnelles ou d’entraide) créées à l’initiative de la compagnie et contrôlées par elle, celle-ci régit, d’une certaine façon, jusqu’aux loisirs de son personnel. D’une manière générale, peu d’éléments de la vie privée de l’individu vivant dans une cité minière échappent au contrôle de la compagnie qui y est installée. Par exemple, les registres du personnel de la Compagnie de Cessous comportent, pour chaque ouvrier, les rubriques « fréquentation des cabarets » L’ « ordre et économie », « caractère ». À La Grand-Combe, les veuves ne touchent les allocations de la Compagnie que si elles ont « une bonne conduite ».

Toutefois, aux yeux des compagnies, ce contrôle de la vie publique et privée ne peut être efficace que s’il est légitimé et reconnu par l’ouvrier lui- même. C’est le sens des grandes manifestations publiques organisées ou suscitées par les compagnies, et en premier lieu la Sainte-Barbe, fête des mineurs. Le déroulement de celle-ci, minutieusement réglé par un ordre de service, est à la fois affirmation et reconnaissance publique du pouvoir de la compagnie (la présence de chacun y est d’ailleurs absolument obligatoire pour percevoir la gratification). Ainsi, ce jour-là (chômé), à La Grand-Combe, chaque ouvrier doit se rendre au siège de sa division en ordre. Puis il participe à un défilé dans l’ordre hiérarchique de la mine (cadres de la division, médaillés du travail, ouvriers et retraités). Les cortèges de chaque division se retrouvent ensuite, selon un rite immuable, sur la grande place de la ville, sous l’oeil de la direction et d’un représentant du conseil d’administration, avant que tous n’entrent (là aussi dans un ordre précis) dans l’église pour une messe solennelle. Ainsi s’affirme la cohésion du groupe social, en même temps que la primauté de la hiérarchie, même en dehors du lieu de travail.

Un refus de toute contestation

Malgré ces garde-fous, le pouvoir social des compagnies se heurte à plusieurs types d’opposition. Elles y répondent par une double attitude.

Elles refusent toute ingérence dans la gestion de leur personnel. Vis-à-vis de l’administration, la position patronale est inflexible : les pouvoirs publics doivent faire respecter la liberté du travail et l’ordre public, mais non se poser en intermédiaire en cas de différend entre l’employeur et son personnel. En novembre 1910, le ministre du Travail demande au préfet du Gard d’intervenir pour faire rapporter les renvois à caractère politique prononcés à Molières. Mais le préfet lui répond, le 19 novembre, « qu’ayant été sept ans sous-préfet d’Alès… (il est) payé pour savoir qu’on empêche difficilement les Compagnies minières de procéder à des renvois, même malencontreux ». De façon encore plus énergique, les directeurs des mines nient toute représentativité des syndicats, seulement formés, selon le directeur de Bessèges, de « repris de justice » et de « meneurs étrangers au pays ». Ainsi, en juillet 1914, le directeur écrit à son conseil d’administration qu’il n’a pas cédé aux injonctions du préfet : « J’ai insisté, et les autres directeurs m’ont suivi, qu’en aucun cas nous ne voulions connaître la Fédération des Mineurs du Gard et son secrétaire Chapon, et que nous ne connaissions que nos ouvriers et nos délégués-mineurs… et que je m’abstiendrais d’assister à une réunion où la Fédération des Mineurs du Gard serait représentée ». Par conséquent, contrairement à ce qui se passe dans la Loire et le Nord- Pas-de-Calais (depuis 1891), il n’existe pas de conventions collectives signées sous l’égide des préfets.

La répression des « écarts » et des contestations du système est tout aussi rigoureuse. Les renvois frappent individuellement tous ceux qui affichent leur opposition aux valeurs qui cimentent le groupe social : religion, patriotisme, respect de la loi. En 1910, G. Nouguier est renvoyé pour avoir avoué être franc-maçon ; U. Cartier pour avoir participé à une mutinerie à Nîmes ; et J. Veyrenc pour avoir été condamné après avoir été pris péchant à la dynamite. En cas de grève ou de toute autre contestation collective, les mesures sont encore plus spectaculaires. En 1890, sur 7 370 ouvriers appartenant aux compagnies touchées par la grève, 701 sont renvoyés. A La Grand-Combe, en 1897, 1 246 mineurs sur 4 400 sont mis à pied après avoir participé à une série de mouvements. En 1902 puis en 1906, une épuration tout aussi sévère est effectuée à Rochebelle après chaque conflit.

Le dispositif de contrôle social des compagnies minières gardoises s’appuie donc sur quatre principes essentiels : la sélection préalable de l’ouvrier embauché, l’octroi d’avantages matériels pour l’attacher à la compagnie, le contrôle étroit de la vie à l’extérieur comme à l’intérieur de la mine, et enfin la répression de tout écart et le refus de toute ingérence dans le fonctionnement de ce système. Mais, constant dans ses principes, celui-ci n’est pourtant pas immuable dans les faits.

La tendance au déclin dès avant 1914

Tout d’abord, il faut noter que cet encadrement étroit n’a jamais concerné tous les ouvriers. Malgré les efforts des compagnies, environ un tiers des mineurs résident dans les villages ruraux voisins. Ainsi, au prix de longs trajets quotidiens, ils gardent une indépendance beaucoup plus forte vis-à- vis de leurs employeurs, une fois sortis de la mine. Mais surtout, même dans les cités minières, certains aspects parmi les plus spectaculaires du contrôle social disparaissent au début du XXe siècle. Ainsi, la gratification de la Sainte-Barbe n’est plus remise à la sortie de la messe, les mineurs ne sont plus obligés de participer à celle-ci pour la recevoir. Autre exemple : à Bessèges, la prime versée par la Société des Amis de l’Ordre et du Travail n’est plus attribuée en fonction de critères « moraux », mais devient un sursalaire attribué aux ouvriers stables (plus de dix ans de présence à la compagnie). Enfin, en 1914, après la grève de février, les compagnies se montrent beaucoup moins sévères envers leur personnel, puisqu’une vingtaine de renvois seulement sont prononcés dans tout le bassin. A ces divers phénomènes, on peut avancer quatre éléments d’explication.

Le coût

Les débouchés commerciaux des compagnies gardoises sont très limités, et leur aire « naturelle » de vente, la région marseillaise, très attaquée par les charbons anglais. Aussi la hausse du profit global ne peut-elle être obtenue que par une augmentation du profit unitaire, et non par un accroissement des ventes. Le prix de vente étant fixé par la loi du marché, les entreprises ne peuvent donc jouer que sur les coûts de revient. L’effort de compression porte alors sur les dépenses facultatives, en particulier sur celles jugées les plus coûteuses par rapport aux résultats attendus et obtenus. Par exemple, toutes les compagnies renoncent les unes après les autres à encourager à tout prix l’épargne, en faisant fonctionner des caisses d’épargne privées offrant un taux d’intérêt supérieur à celui de la Caisse d’épargne d’État (le double au départ).

La poussée socialiste et syndicale

Juste avant la guerre, plusieurs scrutins politiques et professionnels voient une nette poussée des forces hostiles à la domination patronale. Le résultat le plus spectaculaire est l’élection d’un député socialiste, M. Valette, dans la deuxième circonscription d’Alès, en 1914. D’autre part, en 1910 et 1914, s’implantent dans presque tous les centres miniers des organisations syndicales, dont l’audience croît rapidement après la grève de février 1914.

La déchristianisation

Phénomène quasi général, elle n’épargne pas le bassin houiller gardois, comme en témoignent les plaintes des autorités religieuses, ou la chute de la fréquentation des écoles religieuses (2 315 enfants dans celles de La Grand-Combe à la fin du XIXe siècle, 1 680 en 1911. Ainsi, un des canaux privilégiés de l’idéologie patronale voit se réduire son audience et donc son efficacité.

L’effet des réformes ouvrières

Avec les lois de 1894 sur les caisses de retraites et de secours, de 1898 sur les accidents du travail, de 1909 sur les économats…, les ouvriers sont beaucoup moins dépendants des libéralités ou des réalisations des compagnies. Par exemple, ils ne sont plus obligés de rester toujours dans la même compagnie pour espérer percevoir une retraite.

À la veille de la guerre, le système d’encadrement élaboré par les compagnies depuis plusieurs décennies connaît donc un certain déclin. Mais, en fait, celui-ci est en partie consenti par les compagnies elles-mêmes (compression des charges facultatives) ; et, d’autre part, il ne remet pas réellement en cause leur domination sur les cités minières.

1914-1922 : les tendances d’évolution du contrôle social

La situation de guerre et ses conséquences

Elle est profondément déstabilisante, car elle impose aux compagnies une double ingérence dans la gestion de leur personnel. Cependant, l’évolution n’est pas linéaire.

1914-1916 : le renforcement du pouvoir social des compagnies

Jusqu’en 1916, la situation de guerre paraît affermir le contrôle social des entreprises. En effet, avec le système des mises en sursis d’appel, les compagnies peuvent choisir nominativement les ouvriers retirés du front pour revenir à la mine ; et inversement, y renvoyer ceux qui ne remplissent pas correctement leur devoir de producteur de charbon. C’est, bien sûr, un moyen de pression considérable, qui permet de maintenir à l’écart de l’exploitation la plupart des syndicalistes. D’autre part, la situation générale de pénurie et de vie chère redonne aux coopératives patronales une importance qu’elles avaient perdue avec la loi sur les économats. Fortes de leur puissance financière et dotées d’une monnaie d’échange très recherchée, le charbon, les compagnies peuvent alors beaucoup plus facilement que les détaillants locaux se procurer tous les produits de consommation courante en grande quantité et à meilleur prix. Elles dominent donc à nouveau le commerce dans le bassin. Enfin, le démantèlement des organisations syndicales, lors de la mobilisation, élimine pour un temps de l’entreprise un contre- pouvoir dont la puissance allait en s’accroissant. Ainsi, sur tous ces plans, nous pouvons parler de reconquête provisoire de terrains de contrôle. De plus, jusqu’à la fin de 1916, les dirigeants miniers parviennent à éviter une intervention trop directe des pouvoirs publics dans la gestion de leur personnel. Le déroulement des négociations salariales de 1915 et 1916 en est une bonne preuve. Prenons le cas de la première, qui se déroule entre août et octobre 1915. Face à l’inflation, qui érode les salaires (perte de 20 à 25 % du pouvoir d’achat), les syndicats réclament une hausse générale des salaires. Les compagnies refusant de négocier, les demandes sont centralisées au niveau régional puis national, et appuyées par les élus socialistes et radicaux des régions minières : Valette, Durafour, Bouveri…, tous membres de la Commission des Mines de l’Assemblée nationale. Constatant le blocage de la négociation, les pouvoirs publics interviennent, et en premier lieu M. Sembat, ministre socialiste des Travaux publics. Le 15 septembre 1915, celui-ci demande à l’ingénieur en chef du Service des mines une enquête sur l’évolution des salaires, des prix à la consommation, et des prix de vente du charbon depuis 1914. La réaction des compagnies ne tarde pas. Le lendemain même, la principale d’entre elles, La Grand-Combe, imitée par ses voisines, annonce qu’elle accorde désormais une allocation de cherté de vie. La rapidité de l’intervention montre bien qu’elles ne veulent pas paraître obéir à une injonction. D’autre part, elles tiennent à déterminer elles-mêmes le montant et les modalités des révisions de salaires. Il s’agit d’une prime- temporaire et donc révocable, et non d’une hausse de salaire. D’autre part, cette allocation est mensuelle et proportionnelle aux charges de famille, ce qui permet d’en exclure les ouvriers les moins assidus et de diviser les bénéficiaires. Et ensuite, malgré le mécontentement des syndicats et les nombreuses démarches de l’administration pour faire ouvrir des négociations, les compagnies s’en tiennent strictement à ces mesures et refusent tout compromis. Le même processus se déroule à l’automne 1916. Ainsi, durant cette première partie de la guerre, les entreprises minières tendent plutôt à renforcer leur contrôle sur les populations, en continuant à maintenir les deux autres protagonistes (syndicats et pouvoirs publics) à l’écart de la gestion des personnels.

1917-1918 : L’évolution

1917 voit un renversement complet de cette tendance. Deux éléments peuvent aider à l’expliquer. Tout d’abord, l’accroissement considérable des besoins en charbon (et surtout en charbon français, car la houille importée pèse de plus en plus lourd sur les dépenses de l’État) conduit les pouvoirs publics à généraliser les mises en sursis d’appel. Trois circulaires du ministère de la Guerre des 6 février, 20 mai et 30 juin 1917 décrètent le rappel des classes 1903 à 1912, en même temps que sont assouplies les conditions d’ancienneté à la mine (circulaires du 25 décembre 1916 et du 10 juin 1917). Ainsi, fin 1917, les sursitaires représentent-ils dans le Gard plus de 80 % des effectifs du fond. Or, selon les termes de la loi de 1899 qui régit la mobilisation, les pouvoirs publics doivent contrôler les conditions de travail et de salaires des ouvriers retirés du front pour être affectés à l’arrière.

Ce droit de regard n’en prend donc que plus d’importance. Mais ce n’est sans doute pas l’élément primordial. Celui-ci est sans doute à rechercher dans la dégradation rapide du climat social. Dans le bassin cévenol, la montée du mécontentement est nettement perceptible à travers les plaintes face à la vie chère, à la spéculation, au rationnement, qui contrastent avec l’augmentation des profits. Même si la corporation reste jusqu’au printemps 1918 à l’écart des grands mouvements de grève, elle est très majoritairement prête à une cessation générale du travail. Ainsi, dans le Gard, dès la fin novembre 1917, tous les syndicats miniers consultés par leur Fédération nationale se prononcent à la quasi-unanimité en faveur de la grève générale, si des augmentations de salaires ne leur sont pas accordées. Pour le pouvoir, la menace est grave. L’arrêt de la production de charbon paralyserait l’économie de guerre et menacerait donc la défense nationale. D’autre part, dans un contexte européen d’agitation, l’entrée dans la lutte d’une corporation aussi importante que celle des mineurs ferait craindre que le pays ne tombe dans une situation révolutionnaire comme la Russie.

Au printemps 1917 se déclenche la première vague importante de grèves depuis 1914 : 18 conflits et 2 808 grévistes en France en avril ; 285 et 76 207 en mai ; 285 et 108 801 en juin. Le Gard n’y échappe pas, avec de multiples mouvements à Nîmes, et une agitation croissante chez les mineurs et les métallurgistes. Tel est le cas dans la plupart des bassins houillers, puisque le congrès de la Fédération nationale du Sous-Sol, réunie à Paris les 17 et 18 juin 1917, agite pour la première fois la menace d’une grève générale corporative du sous-sol si une augmentation générale de 1,50 F à 2,00 F par jour n’est pas accordée. Les élus socialistes et radicaux de la Commission des Mines, qui essaient depuis le début du conflit d’imposer une intervention publique dans la gestion économique et sociale des charbonnages, saisissent alors l’occasion. Le 19 juin, Valette, député du bassin gardois, invoquant les devoirs du gouvernement vis-à-vis des sursitaires, dépose un projet de loi qui reprend purement et simplement les doléances salariales de la Fédération du Sous-Sol. Cette initiative joue alors comme repoussoir. Le 21 juin, le Comité central des Houillères écrit aux compagnies : « Nous sommes dans une période extra-normale et menacés d’une intervention législative imminente qu’il faut tout faire pour éviter » 19. Pour éviter d’institutionnaliser un droit de regard parlementaire, il demande donc aux exploitants d’accepter et de conclure rapidement la négociation avec les syndicats sous l’égide des pouvoirs publics. À Alès, la réunion qui se tient le 25 juin à la sous- préfecture est sans précédent. Pour la première fois, les dirigeants des compagnies acceptent de discuter des salaires avec l’administration et les représentants du personnel. Lombard, directeur de la Compagnie houillère de Bessèges, en est bien conscient : « Après avoir examiné la question sous toutes ses formes, nous avons dû accepter, nous avons fait une triste et pénible besogne… en un mot et pour résumer, nous sommes entamés par la Fédération du Sous-Sol ».

De juin 1917 à décembre 1918, cette double ingérence ne fait que s’amplifier. Le dispositif de contrôle social patronal en est affecté d’une double façon.

De plus en plus, les négociations se déroulent à Paris entre le gouvernement, les dirigeants de la Fédération du Sous-Sol et le Comité central des Houillères. Ainsi, durant la négociation qui se prolonge de novembre 1917 à février 1918, aucune démarche n’est entreprise par les syndicats cévenols, et aucune compagnie n’annonce de mesure salariale. Même les modalités d’application de l’accord national sont soigneusement déterminées par les circulaires du Comité central des Houillères, comme celles du 14 janvier 1918 sur le paiement des indemnités de cherté de vie, et du 9 février 1918 sur les bordereaux de salaires. Ainsi se trouve altérée l’image de la ville- usine se suffisant à elle-même, et celle de la « famille » vivant en harmonie et refusant tout « étranger ».

D’autre part, l’intervention publique et syndicale dans la gestion des personnels est institutionnalisée par la création, dans chaque bassin, de commissions mixtes locales (31 janvier 1918) et régionales (24 septembre 1918). Jusqu’à l’armistice, ces commissions paritaires sont chargées de rédiger les bordereaux de salaires et d’orienter leur révision.

En 1914-1916, la situation particulière de guerre n’a pas affecté, pour l’essentiel, le dispositif de contrôle social. Elle lui a redonné une certaine vigueur dans certains domaines. Mais à partir de 1917 la nécessité de maintenir l’ordre public impose au gouvernement de compléter sa législation en matière économique par une intervention dans le domaine social. Celle-ci n’est au fond que la conséquence logique des dispositions légales régissant la mobilisation et les mises en sursis d’appel. Mais elle apporte un changement considérable dans le Gard, où il n’existait aucune expérience véritable de négociation. Ainsi s’effondre, au moins pour un temps, le quatrième pan de la politique d’encadrement social, le rejet de toute ingérence.

L’après-guerre : 1919-1922

Les conséquences de la guerre sur le contrôle social ne se font pleinement sentir que dans les années suivantes, avec l’émergence de nouveaux comportements sociaux et de nouvelles nécessités économiques.

Le problème de la main-d’œuvre

La politique de recrutement, premier volet du dispositif patronal, est ébranlée par deux phénomènes : l’accroissement de la mobilité et le tarissement du recrutement rural.

Les vides créés par la guerre (disparition de 10 % de la population active, nombreux mutilés) suscitent chez les survivants une aspiration vers le haut : fonctions de maîtrises, industries nouvelles à hauts salaires (construction mécanique, automobile, industrie électrique…). De plus, le fort appel de main- d’œuvre dans les régions à reconstruire du Nord et de l’Est contribue à créer un déséquilibre dans les rémunérations. Fin 1921, le salaire moyen journalier d’un piqueur cévenol est de 19,04 F, soit 26,5 % de moins que dans le Nord-Pas-de-Calais (25,90 F). Par conséquent, la mobilité s’accroît. Si nous la mesurons par un taux ainsi calculé :

entrées + sorties pendant l’année n
effectifs au 31/12/n + effectifs au 31/12/n- 1

nous obtenons 21,2% en 1913 (taux record jusque-là), mais 42 % en 1920, 46,5 % en 1921, 52,4 % en 1922. Ainsi, en théorie, le personnel peut se renouveler en deux ans. De plus, le phénomène ne touche plus seulement les manœuvres, mais également les ouvriers qualifiés : la Compagnie houillère de Bessèges perd 17,2 % de ses piqueurs entre 1919-1922, contre 7,1 % en 1909-1912.

Souci majeur des exploitants, le tarissement du recrutement rural est attesté par de multiples témoignages. Ainsi, le directeur de La Grand-Combe estime que « le recrutement normal, dans la Lozère et dans l’Ardèche particulièrement, a été considérablement réduit par suite des vides creusés par la guerre dans les populations, et par les effets de la prospérité de l’agriculture ». De même, les migrations saisonnières, qui constituaient un des apports principaux en main-d’œuvre, diminuent très sensiblement. La conjonction de ces deux phénomènes suscite une pénurie de main-d’œuvre plus forte que jamais. Comme dans tous les bassins houillers, les compagnies cévenoles se tournent alors vers la main-d’œuvre étrangère. 938 immigrés vivaient dans l’arrondissement d’Alès en 1911 ; ils sont 3 825 fin 1921, et 8 479 fin 1923. A cette date, ils représentent environ 20 % des effectifs gardois.

L’hémorragie des effectifs est stoppée, mais au prix du sacrifice (difficilement consenti par les exploitants) du premier fondement du contrôle social : un recrutement localisé et familial sur quelques terres catholiques. Et, par là-même, il devient beaucoup plus difficile d’inculquer à une partie croissante du personnel les valeurs qui cimentaient le groupe social.

L’évolution des mentalités

Bien que difficile à cerner sur une aussi courte période, elle est aisément perceptible. De nombreux contemporains notent une aspiration à un mieux- vivre, à un délassement après quatre années de guerre et de vie très dure : augmentation du temps de travail, rationnement, pression du contrôle militaire… Ainsi, le sous-préfet parle du « désir de détente physique et morale éprouvé par tous » et de la volonté d’une « vie heureuse, facile et sûre ». F. Lyon, secrétaire du syndicat catholique de La Grand-Combe, en montre bien les conséquences sur les mentalités, en particulier chez les jeunes : « Deux seules choses les animent dans ce chaos : l’amour des sports et les choses immorales (cinéma, dancing). Celui de la famille, du respect de l’obéissance et du travail, a complètement disparu ». D’autre part, les années 1919-1920 voient se développer un très fort élan d’émancipation vis-à-vis de la domination politique des compagnies. Dès 1919, toutes les municipalités sont socialistes, sauf La Grand-Combe qui le devient en 1925. De même, lors des élections professionnelles, les candidats proches des directions sont écrasés par leurs adversaires de la C.G.T. Tous ces phénomènes révèlent clairement aux dirigeants des compagnies que les valeurs qu’ils prônent sont devenues étrangères et même intolérables à un grand nombre d’ouvriers : primauté de la hiérarchie à l’intérieur comme à l’extérieur de la mine, reconnaissance publique par les ouvriers de leur allégeance, respect strict de la morale. La défense à tout prix de ces valeurs ne pourrait donc se faire que par une répression accrue. Or, celle-ci est impensable, dans une période d’agitation sociale grave, et à un moment où la main-d’œuvre professionnelle est très rare. Aussi les compagnies renoncent-elles aux aspects les plus coercitifs et les plus répressifs de l’encadrement des comportements, c’est-à-dire au troisième volet de leur dispositif de contrôle social. Le meilleur symbole en est sans doute la transformation de la Sainte-Barbe : le défilé organisé par la compagnie est supprimé, tout comme le rassemblement sur la place principale et la cérémonie des discours patronaux. Cette journée devient alors une fête comme les autres, sans doute plus brillante, mais désormais sans aucune « mise en scène » ni légitimation.

Le problème du coût

Le problème chronique des débouchés devient encore plus aigu après le retour à une économie de marché, et avec le développement des produits de substitution. Aussi la compression des coûts de production redevient- elle une nécessité vitale, même après deux vagues de baisses des salaires en 1921 et 1922. Les dépenses facultatives s’en trouvent forcément affectées, comme le montre l’exemple de la Compagnie de La Grand-Combe (tableau 2). Les sursalaires en numéraire paraissent les plus visés. Par exemple, les gratifications distribuées le jour de la Sainte-Barbe sont les mêmes qu’en 1914, c’est-à-dire qu’elles ont perdu les trois quarts de leur valeur réelle. Ainsi, même si les avantages concédés demeurent importants, le deuxième volet du dispositif de contrôle social, le sursalaire, n’est pas épargné par les conséquences de la guerre.

Tableau 2. – Dépenses patronales de « prévoyance à titre gracieux », Compagnie de La Grand-Combe (A.D. Gard, 18 J 804-813)

La réaction des compagnies

Le déclin des formes traditionnelles de contrôle social ne signifie pas que les compagnies renoncent à intervenir sur ce terrain. Seulement, elles adaptent leur politique ouvrière aux nouvelles données économiques et sociales.

Elles s’efforcent, en priorité, de retrouver leur liberté pleine et entière en matière de gestion salariale, et plus généralement de conditions de travail. Ainsi, le 14 juin 1921, le Comité central des Houillères écrit au gouvernement que les exploitants refuseront désormais de siéger dans les commissions mixtes chargées de réviser les bordereaux de salaires. A l’intérieur même de l’entreprise, les dirigeants miniers entendent donc bien revenir aux pratiques d’avant-guerre, et refermer la parenthèse des institutions paritaires.

À l’extérieur de la mine, il n’y a pas une mais deux politiques ouvrières. Vis-à-vis de la main-d’œuvre immigrée, les compagnies pratiquent une politique de surveillance très stricte. Celle de La Grand-Combe, en particulier, s’emploie à recréer pour chaque colonie étrangère une sorte de milieu national, dans des cités construites à l’écart des agglomérations (Combe-Ferral à Saint- Jean de Valériscle, pour les Polonais). L’octroi d’avantages importants (logements de bonne qualité et approvisionnement à prix réduit, école spéciale…) a pour contrepartie l’exigence d’un comportement irréprochable. Le moindre écart de conduite ou toute attitude d’opposition politique ou syndicale à la compagnie est alors immédiatement puni de renvoi. Ainsi, vis-à-vis des étrangers, le dispositif patronal de contrôle social est régi par les mêmes principes que celui pratiqué à l’égard des autochtones jusqu’en 1914. Le changement est donc surtout sensible vis-à-vis de ces derniers. En effet, les compagnies orientent alors leur politique vers le soutien aux sports et aux loisirs. Avant 1914, elles subventionnaient déjà des activités de ce type, mais celles-ci étaient très minoritaires par rapport aux associations religieuses, patriotiques ou d’entraide. Après 1919, le gonflement spectaculaire des dépenses engagées pour les clubs sportifs, les harmonies musicales montre bien leur volonté de prendre en compte et d’utiliser à leur profit le désir de détente physique et morale (tableau 2). Ainsi, à La Grand-Combe, l’entreprise soutient dix clubs sportifs : deux de football, un de boxe, d’escrime, de sport taurin, de cyclisme, de course à pied, de tir, d’athlétisme et de basket. Elle réalise pour eux d’importants travaux, comme l’aménagement du stade de l’Impostaire ou la transformation de l’ancienne usine à zinc en gymnase. Enfin, elle paie tous les frais de fonctionnement : salle, chauffage, éclairage, transport des équipes. Au total, alors que les dépenses facultatives de prévoyance patronale globales ont diminué de 19 % entre 1919 et 1922, celles relatives aux sports et aux loisirs ont progressé de 238 %. Il s’agit alors de retenir les ouvriers dans le bassin en essayant de créer le mieux-vivre auquel ils aspirent, sans pour cela engager des dépenses trop lourdes en matière de salaire ou de logement. En tout cas, cette inflexion de la politique patronale est bien perçue par les syndicalistes comme une stratégie de contrôle social. Par exemple, en juillet 1922, I. Michel, délégué-mineur et maire communiste du Martinet, apostrophe ainsi ses concitoyens : « Rejoignez votre syndicat au lieu d’aller flanquer des coups de pied dans la lune, dans votre société de football où vos maîtres ont su si bien vous embrigader, au lieu d’aller entendre des auditions de musique que vous fait donner la compagnie pour tromper votre faim.»

L’examen du bassin cévenol entre 1914 et 1922 peut nous livrer deux leçons. Tout d’abord, le dépérissement du système patronal de contrôle social mis en place au milieu du XIXe siècle est amorcé avant la guerre ; mais celle- ci l’accélère très fortement dans tous ses différents aspects. D’autre part, ce déclin ne signifie pas que les entreprises renoncent à l’encadrement des populations ouvrières hors du lieu de travail. Ceci est aussi bien sensible vis-à-vis des mineurs français qu’à l’égard des ouvriers étrangers. Toutefois, le changement est fondamental. Auparavant, les dirigeants miniers essayaient d’imposer leurs idées et leurs références morales à leur personnel. Celles-ci n’ont pas changé après la guerre, mais désormais les compagnies doivent tenir compte de l’évolution des mentalités de leur personnel, et l’accepter.

§

Source : Persee.fr (version annotée)
Par : Fabrice Sugier, auteur d’une thèse sur la classe ouvrière et le mouvement ouvrier dans les mines de charbon du bassin d’Alès, 1914-1922.
(1990), Fabrice Sugier poursuit ses recherches sur les mineurs du Gard pendant la Seconde Guerre mondiale.

Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 31.12.2017
Dernière mise à jour : 31.12.2017

La Grand-Combe après la mine, 1995

LGCvueGenerale1.JPGLA GRAND-COMBE

Voici un texte écrit par une professeure à l’École d’architecture de paysage (Université de Montréal, Québec, Canada) dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est particulièrement pessimiste et terriblement réductrice. Mais bon … c’est un point de vue intéressant pour le débat du re-nouveau de La Grand-Combe, ville qui n’a pas cessé, depuis son existence, de relever les défis.

Paysage de mine, paysage miné –
Appropriation créatrice et action destructrice (Extrait)

Depuis la fermeture des puits en 1985 [1993/2001, NdE], la vie locale de la Grand-Combe, petite ville minière située à une quinzaine de kilomètres d’Alès, est fortement marquée par la crise économique. Le nombre d’habitants (environ 6 500 en 1993) est en déclin, avec une forte proportion d’anciens mineurs à la retraite et de chômeurs.

La configuration du lieu en fait un isolat géographique, enclavé au pied des Cévennes, éloigné des axes de circulation principaux qui relient Alès, Montpellier, Nîmes. C’est aussi un isolat culturel, un microcosme créé pour l’exploitation du charbon au milieu du XIXe siècle. Le déclin de l’activité de la mine est lisible dans l’ambiance de la ville et de ses alentours. Les nombreuses façades aux volets fermés, le rythme de vie ralenti créent une atmosphère engourdie. Au cœur de la ville, les bâtiments de traitement du charbon ayant été récemment détruits, le site du Puits Ricard forme aujourd’hui une friche de 30 hectares s’étendant jusqu’à la gare, béante, grise, fermée au nord par une haute colline de remblais.

  Photo J. Epstein : Mine dans le paysage.

Tout autour de la ville, des vestiges rouillés d’infrastructures industrielles et des éléments de bâtiments en briques rougeâtres parsèment le paysage qui est asséché, avec des terrils qui se consument encore, vers Champclauson, entrecoupé de remblaiements. Le remblai plus visible est celui qui recouvre l’ancien petit village de la Forêt, jouxtant la Grand-Combe juste au nord du site du Puits Ricard. Des pans entiers du paysage sont enfouis sous de tels amoncellements de pierres grises, accumulés à mesure que furent creusées les galeries et lentement reboisés avec des plantations de pins. (Photo J. Epstein.)

Un site façonné par la mine

L’aspect désolé de ce lieu est le résultat de l’activité ancienne de la mine, au moins autant que la conséquence de son arrêt. Les marques du déclin économique sont si fortes qu’on a tendance à oublier que la détérioration du site avait commencé pendant le fonctionnement de la mine. Les terrils, la destruction d’hectares de forêts de châtaigniers remplacés par des pins, l’assèchement de sources et les remblais dus au creusement des galeries se firent dans la durée, lentement. Cette altération se poursuit avec la mine à ciel ouvert par laquelle les Houillères ont remplacé l’exploitation des mines de fond depuis quelques années, étendant les détériorations en amont de la friche industrielle, vers Villefort.

Mais le déclin économique et la diminution du nombre d’habitants depuis la fermeture des puits de fond, jouent aussi un rôle déterminant dans cette évolution. Tant que la Grand-Combe était peuplée et active, les effets destructeurs de la mine s’accompagnaient en effet de pratiques d’appropriation de cet espace par les mineurs, notamment la culture des jardins. Les deux façons dont la mine s’était inscrite dans ce lieu (appropriation créatrice individuelle et collective avec les jardins ; action destructrice globale de l’industrie) formaient une dynamique qui a maintenu pendant longtemps une relation d’équilibre entre le sauvage, la nature cultivée et l’industrie. On peut faire l’hypothèse que les actes de façonnement de ce territoire par les mineurs jouaient un rôle dans le maintien de cet équilibre, aux plans esthétique, morphologique, biophysique et surtout symbolique, influant sur la perception que les habitants avaient de cet espace. Cet équilibre est maintenant rompu ; un certain seuil de détérioration du site par l’industrie semble avoir été dépassé. Aujourd’hui, le déclin des gestes d’appropriation laisse une place prépondérante à l’enfrichement, à l’action destructrice de la mine à ciel ouvert, à l’assèchement et aux ravages causés par les feux. Les actes de façonnement du paysage disparaissent, donnant à voir un pays de plus en plus vide, où la présence des mineurs est de moins en moins visible.

La manière dont les pratiques disparues, les usages encore vivaces, les traces d’anciennes coutumes encore lisibles dans le territoire sont évoqués, décrits, montrés par les anciens mineurs éclaire cette dynamique du déclin. Descriptions et observations permettent de cerner les mutations du rapport entre gestes créatifs et destruction globale du site ; elles révèlent comment est perçue la relation entre le paysage d’ensemble et ses détails ; elles soulèvent aussi des questions sur le changement de statut des mineurs qui passent du rôle d’acteurs à celui de spectateurs des transformations de cet espace, et sur l’évolution de leurs représentations d’un lieu qui, autrefois vécu et approprié, devient aujourd’hui un paysage dont ils perçoivent l’inéluctable dégradation.

Les jardins

Le complexe minier s’est incrusté dans les reliefs accidentés du milieu rural et montagnard cévenol. La plupart des habitants des collines autour de la ville ou des anciens villages cévenols intégrés dans le « périmètre minier » de la Grand’Combe étaient à la fois paysans et mineurs. Les tâches étaient parfois réparties entre la femme qui entretenait le jardin et l’homme qui travaillait à la mine, mais dans bien des cas hommes et femmes étaient employés par la mine et entretenaient le jardin après leur journée de travail. Les jardins étaient situés soit autour des maisons, sur des terrains plats ou en terrasse, soit sur des lots beaucoup plus éloignés de l’habitat principal, le long des chemins des galeries ou dans des prairies. Dans l’évocation de ce que fut ce lieu du temps de l’activité de la mine, ce sont des images de verdure idyllique qui ressortent, images idéalisées de l’époque où la Grand-Combe et ses alentours étaient habités, « vivants », contrastant fortement avec le site actuel décrit comme « vide, triste, sombre, mort ». Ces jardins sont aussi décrits comme les symboles d’une abondance passée, avec leurs récoltes qui assuraient bien plus que l’auto-subsistance de chaque famille, certaines productions étant régulièrement vendues entre voisins. On évoque aussi le marché de la Grand-Combe qui rassemblait – et qui rassemble encore dans une moindre mesure – les mineurs, les paysans-mineurs et les paysans venus des parties plus éloignées des Cévennes.

Les descriptions et l’observation des jardins révèlent aussi des éléments dont on parle moins : la façon dont la mine y était inscrite avec des objets miniers récupérés et « détournés » pour la culture des légumes ou comme objets décoratifs. Ce type de réappropriation est plus évident dans les petites communes autour de la ville, où le nombre de « petits jardins » potagers et d’agrément était autrefois très important. Mais elle existe aussi dans les jardins situés dans la Grand-Combe, sur les collines au-dessus de l’ancien site de la centrale de la Pise. La plupart des objets réutilisés dans les jardins étaient encombrants, lourds, le plus souvent rouillés, tordus, et en très mauvais état. Il s’agit le plus souvent de « rails, ferrailles, tiges de fer biscornues ». (Taurines, Cammarata 1988) Ces différents matériaux étaient le plus souvent réutilisés pour la confection de tonnelles. Les anciens rails qui servaient à la progression des berlines dans les galeries étaient utilisés comme piliers ou comme armatures pour le soutien des grillages, pour les poulaillers ou les clapiers ou pour confectionner des clôtures. Les anciennes boiseries en pin étaient réutilisées pour construire des réduits et des garages. Des objets isolés étaient aussi réutilisés, de façon plus décorative : berlines servant de bacs à eau pour l’arrosage, morceaux de charbons mis en évidence dans une partie du jardin.

Ces pratiques de réappropriation s’apparentent à celles des milieux ouvriers ; c’est « la perruque » dont parle de Certeau (1980 : 68-74). Elles donnent à la culture utilitaire des jardins une dimension créatrice, personnelle. Cependant, ces « détournements » sont peu pensés en termes esthétiques et restent très étroitement liés à des fonctions utilitaires. Ils reflètent autant une relation de dépendance vis-à-vis de la mine qu’une créativité individuelle librement réappropriée. Les anciens mineurs parlent peu des conditions de récupération de ces objets, où se lit la dépendance dans laquelle ils vivaient : les petits lopins de terre cultivés en jardins avaient souvent été loués ou vendus par la mine, la réappropriation et la réutilisation des objets avaient même été codifiées par les Houillères, chaque mineur achetant à bas prix sa part de ferrailles au cours de ventes s’effectuant régulièrement. Par cette récupération, comme par les autres conditions de la vie quotidienne (logement, éducation, soins…), « le mineur, peu à peu (…) s’instituait comme membre de la famille minière ». (Taurines, Cammarata 1988)

L’ambivalence entre réappropriation et dépendance semble expliquer la discrétion de ces marquages, leur absence d’ostentation. Quand ils étaient entretenus, les terrasses et jardins cultivés constituaient dans le territoire des fragments de nature verdoyante, parfaitement visibles, mais les détails du marquage des jardins n’étaient pas perceptibles de loin. Hormis quelques rares cas de mise en scène d’éléments bâtis de la mine (anciens puits entourés de fleurs), ces jardins dénotent l’inscription de la mine de façon ponctuelle, comme en pointillé. Les objets, comme la berline ou le morceau de charbon, peuvent être montrés avec fierté, mais la lecture de ces ensembles d’inscriptions n’était possible que par un regard rapproché, en nuances et vues de près. Les jardins étaient habituellement faits par les mineurs en prévision de leur retraite. Pour les retraités, de moins en moins nombreux, qui continuent à les entretenir, la présence des marques d’appropriation contribue encore à donner un sens « minier » à cet espace, avec toutes les ambivalences et les contradictions de la mine – valorisation/dévalorisation, fierté/dépendance. Mais cette lecture est bien plus elliptique qu’elle ne fut. Ces marques, ces repères sont de plus en plus ténus dans le paysage. Les terrasses et les jardins abandonnés, le « retour à la nature sauvage » et l’enfrichement qui « assombrissent » le lieu sont évoqués comme une évolution inévitable.

L’action destructrice de la mine

Certains usages de la nature (promenades en forêt, cueillette de champignons, baignades), qui ont toujours eu de l’importance, donnent aujourd’hui au mineurs un statut de témoins de l’action destructrice de la mine.

L’évocation des promenades en forêt autour de la Grand-Combe est le prétexte à décrire des coins de nature où on se réunissait l’été, « au frais » ; ce sont des lieux valorisés, comme les jardins, pour leur verdure et la présence de l’eau. Ces lieux, situés à l’intérieur du « périmètre minier », sont tout proches de la ville, mais cachés, « dans la forêt » ou le long du Gardon. Dans certains cas, l’usage « récréatif » et l’agrément contemplatif du lieu s’accompagnaient et s’accompagnent encore de gestes d’appropriation. Juste au-dessus de la Grand-Combe, vers le lieu-dit La Forêt, des cabanes et des bancs ont par exemple été construits de façon tout à fait sommaire par des familles maghrébines qui viennent encore s’y réunir et célébrer des fêtes. Mais si certains de ces usages sont encore vivaces, la plupart des lieux évoqués ont disparu, enfouis sous les remblais de la mine. Les anciens lieux de promenade maintenant recouverts de pierres sont décrits comme ayant été des oasis jadis « frais, verts, avec des sources ».

Au-delà de l’idéalisation propre à la mémoire, les anciens mineurs décrivent des souvenirs précis de ruisseaux, de chemins, avec maints détails sur la disparition d’espèces animales, de plantes, de sources. Ces lieux sont ceux devant lesquels ils passent chaque jour depuis plusieurs décennies, dont ils connaissent les détails, dont ils ont vu les plus petits recoins disparaître. Ils montrent aussi des coins de nature ou des lieux-dits qui sont encore visibles, mais déjà inaccessibles, et dont on sait qu’ils seront bientôt enfouis par la mine à ciel ouvert, dans le creux de la combe. C’est le cas notamment du petit village de Notre-Dame de Laval, en contrebas du Mas Dieu, où se trouvaient de nombreux objets miniers réutilisés dans le cimetière et l’église. Ces repères sont de plus en plus réduits, encerclés par la mine à ciel ouvert ou déjà enfouis. Les derniers indices des coutumes associées au mode de vie minier sont dominés par l’image d’ensemble de la dégradation.

En décrivant ainsi ces détériorations, les mineurs montrent une conscience fine des transformations de leur espace, jusque dans ses composantes écologiques. Cette observation consciente est d’ailleurs devenue une conscience paysagère, qui semble née de la déprise industrielle, et de l’évolution de leur statut. Autrefois acteurs des transformations de cet espace, ils ne sont plus aujourd’hui que les spectateurs de ce qui devient dès lors un paysage. Mais ils révèlent aussi leur impuissance face à ces mutations. Cette absence de « prise » (Berque 1992) sur le devenir du paysage n’est pas spécifique à cette situation, mais ici le fatalisme et le sentiment d’impuissance sont peut-être accentués par l’ambivalence créée par la mine, les anciens mineurs ayant participé malgré eux, par leur travail, à ces détériorations dont ils perçoivent aujourd’hui les conséquences visuelles et écologiques.

Deux autres points sont importants à relever. Pendant l’activité de la mine de fond les mineurs voyaient la nature se détériorer lentement et les coins de nature disparaître peu à peu. Or, c’est seulement depuis la fermeture de la mine que le déclin est perçu comme irréversible (???, NdE]. Il semble donc probable que pendant l’activité de la mine, la perception des détériorations globales du paysage, à laquelle s’ajoutait la perception des nuisances dues au traitement du charbon, étaient compensées par la vitalité de la culture quotidienne. Dans le même sens, le rôle de l’appropriation d’objets de la mine dans les jardins peut être interprété comme un palliatif, ou encore un antidote, à l’action destructrice de la mine. Créer et décorer des zones de verdure avec les objets de l’industrie qui la détruisait peut avoir été pour les mineurs une façon d’annuler symboliquement les actions destructrices, dont ils n’étaient pas les « décideurs », mais auxquelles ils participaient.

Mais la signification des gestes d’appropriation qui se construisaient à travers un bricolage de valeurs et de connaissances, ne saurait se réduire à cette seule fonction symbolique. Cette interprétation laisse ouverte en particulier la question du rôle concret des gestes de réappropriation dans la formation morphologique et esthétique du territoire, dans sa dynamique biophysique. La compréhension des significations culturelles de ces gestes gagnerait à être complétée par une analyse de leur rôle physique et « écosystémique », par une étude reliant ethno-botanique, géographie et écologie. Il serait notamment important de connaître leur apport dans le maintien des ressources en eau, analysant en quoi l’entretien des jardins jouait un rôle dans l’irrigation des terres, en quoi leur abandon a contribué à l’assèchement.

Absence d’ostentation et authenticité

L’importance de la proximité du regard, dans le marquage des jardins, dans les promenades, dans l’observation des détails de leur espace, semble laisser croire que les anciens mineurs aient été et seraient encore étrangers à la notion de paysage comme ensemble visuel cadré, vu de loin, hérité de la tradition picturale. Or, même si les « vues de près » semblent prédominantes, il serait simpliste de réduire leurs formes de regard actuelles et passées à ce seul registre. Comme dans toute perception, le rapport au paysage se jouait et se joue dans une imbrication complexe de vues proches, lointaines, d’images cadrées, mobiles, d’ambiances. C’est l’« expérience variée » dont parle Wittgenstein (1958), la dynamique « phénoménologique » de la perception dont les interactions sont aussi denses que celles du bricolage de sens par les gestes (Epstein 1984).

Par contre, il est une caractéristique qui semble spécifique à cette situation : l’absence d’ostentation dans leurs manières de parler du site. Cette absence d’ostentation que nous avions relevée dans le marquage des jardins, se manifeste tout particulièrement par une quasi-absence de représentations picturales de l’espace et par une résistance de la part des anciens mineurs à la mise en spectacle du paysage. Il y a une volonté tacite et parfois clairement énoncée de ne pas « mettre ce lieu en paysage », de ne pas en faire un objet de consommation.

Les anciens mineurs connaissent bien, soit par les médias, soit par les actions de requalification qui ont pris place à la Grand-Combe même, les discours institutionnels qui ont aujourd’hui cours sur la « mise en paysage » des espaces (Lizet 1991 ; Cloarec, de la Soudière 1992). Les projets de réaménagement du site minier s’appuyaient sur la nécessité d’un changement d’image du site, d’une mise en valeur de son paysage, d’un développement du tourisme comme alternative à la mine. Mais ces tentatives de requalification n’ont trouvé aucun écho chez les anciens mineurs et se sont soldées par un échec. Cette situation est tout à fait différente de celle d’autres régions en crise (zones post-industrielles ou rurales) où certains chercheurs ont relevé une « intériorisation », par les habitants, de modèles paysagers valorisés dans le cadre du tourisme, et qui finissent par coexister avec les modes anciens de représentation de l’espace (Cadiou 1991). Ici, le devenir du site continue à être associé à la détérioration, à la toute-puissance de la mine, maintenant à ciel ouvert. La mise en valeur de tout « potentiel touristique » est dévalorisée ; ils n’y croient pas. [???, NdE]

Judith Epstein

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Source originale : books.openedition.org
Consultez la source : plus complète (notes, références …)
Titre original : Paysage de mine, paysage miné – Appropriation créatrice et action destructrice (Extrait, p.123-133)
Editeur : © Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995
Auteure : Judith Epstein, professeur à l’École d’architecture de paysage, Université de Montréal, Québec, Canada.

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Blogue et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 30.12.2017
Dernière mise à jour : 30.12.2017

La Grand-Combe 1881, mineurs en grève

à La Grand’Combe dans le bassin minier du Gard en 1881

1 triage la grand combePhoto : vue générale des charbonnages de La Grand’Combe.

Extraits …

Le pasteur Draussin et la grève de 1881 à La Grand-Combe

Le pasteur Hippolyte Draussin (1845-1929) est un enfant du pays, un Cévenol, né à Alès. Il a fait ses études de théologie à la faculté de Montauban, qu’il a terminées en 1867 et devenu pasteur de l’Église réformée.

En décembre 1881, une grève est déclenchée à la Grand’Combe puis elle s’étend à Bessèges pour une hausse salariale. Il s’agit de l’une des premières grèves dans les mines du Gard (4). Le pasteur Draussin, qui ne réside plus dans le Gard, rédige alors un article où il exprime son opinion sur les conditions de travail à la mine. Il ne précise pas les causes immédiates de la grève, mais donne des informations générales sur le travail des mineurs qu’il connaît bien et analyse leurs rapports avec la Compagnie pour les lecteurs de son journal.

Article de L’Église libre relatif à la 1ère grève importante à La Grand’Combe (1881)

« Une grève a éclaté dans le bassin houiller de La grand’Combe (Gard) qui emploie plus de 4 000 ouvriers. Il faut avoir vu de près ces rudes populations de mineurs, dont la vie se partage entre le labeur pénible et périlleux des galeries souterraines et les loisirs d’un foyer domestique généralement sombre, malpropre, étroit où tous les objets sont imprégnés de charbon, – pour savoir quelle sympathie elles méritent et quelle indulgence a droit leur manque d’éducation, nous pourrions presque dire leur grossièreté.

Conduites à la baguette (nous ne disons pas partout mais dans la plupart des bassins), traités comme un troupeau par les Compagnies d’exploitation, qui exigent d’elles non seulement l’assiduité au travail et la docilité aux ordres des chefs (cela est de strict droit), mais la servilité politique ou religieuse, et qui jettent sans miséricorde sur le pavé tout employé mal noté pour ses opinions – pressurées de diverses manières – ces populations sont dans un état constant de rivalité contre leurs maîtres.

Certes nous n’aurions garde de nous porter garant de la légitimité de tous leurs griefs et nous savons qu’elles ne se rendent pas toujours un compte exact des difficultés multiples ni des causes économiques de leur situation. Le mineur, comme tout ouvrier en général, se préoccupe fort peu des fluctuations du marché, de la hausse et de la baisse des produits de l’industrie qui l’occupe, des nécessités de la concurrence, des pertes énormes chiffrées par centaines de mille francs et par millions qu’une dépréciation momentanée des produits fait subir à la Compagnie ou au patron. Mais pourquoi en prendrait-il souci et rabattrait-il ses prétentions dans les moments difficiles, tandis que les périodes prospères pour ses patrons ne lui ont valu à lui aucun accroissement du bien-être ?

Et comment, poussé par l’indifférence ou la dureté de ses maîtres, l’ouvrier ne choisirait-il pas la première occasion favorable pour leur déclare la guerre ? Or l’occasion favorable, c’est généralement une augmentation dans les prix de vente des produits de l’exploitation. Quand une compagnie vend au-dessous du prix de revient, elle ne perdrait rien à la suspension du travail de ses mines et l’ouvrier serait mal venu de réclamer une augmentation de salaire. Mais quand elle réalise de gros bénéfices par quelque hausse plus ou moins provisoire, plus ou moins anormale, dans le prix de sa houille ou de son minerai, les ouvriers, s’ils viennent à l’apprendre, sont tout disposés à réclamer leur part au bénéfice sous forme d’une augmentation de salaire. La prétention est généralement exorbitante et injuste parce qu’elle est calculée sur une période de prospérité sans tenir compte des mauvais jours qu’a traversés et que traversera encore l’industrie.

Mais encore une fois, c’est là une arme légale, et quand le capital et le travail vivent en état d’hostilité, il ne faut pas s’étonner que chaque adversaire attaque au moment qui lui paraît le plus favorable. Hostilité déplorable : c’est d’union et de solidarité qu’il faudrait parler : mais les grandes compagnies songent-elles à traiter leurs ouvriers comme des auxiliaires dignes de respect ? Font-elles quelque chose pour leur instruction, pour leur moralisation ? Rarement. En revanche elles les exaspèrent par certaines vexations, par des injustices scandaleuses. Ainsi, paraît-il la Compagnie houillère de la Grand’Combe avait laissé les abus suivants s’établir chez elle.

Il est d’usage de faire sur la quantité de charbon extrait une réduction d’à peu près un quart pour pierres et matières étrangères. C’est cette réduction qu’on appelle « à Barjac ». Mais lorsque le maître-ouvrier juge, de visu, que le wagonnet ou la benne amenée par l’ouvrier contient une quantité de pierres supérieures à la quotité du quart, le tout est envoyé « à Barjac », l’ouvrier est ainsi frustré du prix de son travail et la compagnie bénéficie du charbon net trouvé dans les récipients. Elle abandonne, dit-on, à la caisse de secours la moitié de ce produit net, mais sous quel contrôle ? Toujours est-il que l’ouvrier, après avoir travaillé 10 à 12 heures, croit avoir gagné environ 5 francs, tandis que par ces manœuvres sa journée est réduite à 3,50 francs. Or il faut considérer que le maître-mineur ou l’agent chargé de la réception du charbon peut avoir quelque intérêt à multiplier les « Barjacs ». Il reçoit à la fin de l’année une gratification dont le chiffre est variable suivant les services rendus à la compagnie et le zèle dont il a fait preuve.

Ce n’est pas tout : l’ouvrier est obligé de se fournir en denrées alimentaires aux magasins de la compagnie qui l’exploite ainsi dans son travail et son épargne, bénéficiant elle par tous les moyens, au détriment de ceux qui vivent et travaillent à son service. Voilà dit-on les causes principales de la grève. S’il en est ainsi, la grève est légitime et nous souhaitons que les mineurs ne reprennent leur travail qu’après avoir obtenu pleine satisfaction sur les deux points que nous venons d’exposer.

En pareille occurrence, le rôle de l’État est d’assurer le maintien de l’ordre, la liberté des travailleurs et des grévistes, et de veiller avec soin aux menées des brouillons du dehors. Si les compagnies se persuadaient une bonne fois que leur devoir est d’inspirer confiance aux ouvriers, de respecter en eux les droits de la dignité et de la liberté individuelle, si elles consacraient une partie des bénéfices de leurs opérations à l’aménagement des logements ouvriers, à l’ouverture d’écoles, de bibliothèques, de cercles de lecture, si elles encourageaient les sociétés de secours mutuels, les sociétés coopératives de consommation, le vieil antagonisme du capital et du travail se dissiperait et les grèves deviendraient promptement impossibles. Mais, hélas ! cet âge d’or est peut-être bien loin de nous (5) ».

Quelle est l’évolution à la suite de cette grève : les vœux du pasteur sont-ils exaucés ?

Une décennie après la grève, Yves Guyot (1843-1928), homme politique, journaliste et économiste français, écrit dans La Tyrannie Socialiste : « Le 20 février 1882, sur l’invitation de M. Desmons, MM. Clémenceau, de Lanessan, Brousse, Laporte, Girodet, Henri Maret se rendent à Alais pour faire une enquête sur la grève de la Grand’Combe, terminée depuis un mois. Juste au moment où ils arrivent, la grève de Bessèges éclate, comme le constatait, non sans malice, M. Goblet, alors ministre de l’Intérieur. (Séance du 10 mars 1882.) […]. Quelle autorité voulez-vous que l’honorable M. Desmons et ses collègues puissent avoir alors sur les ouvriers surexcités par Fournière ? C’est à Fournière que vont les sympathies.

Ainsi, MM. les députés de l’extrême gauche, se trouvant sur les lieux pour l’enquête qu’ils voulaient faire au sujet de l’affaire de la Grand’Combe, sont intervenus avec les meilleurs intentions dans la grève de Bessèges, et voilà comment ils ont été obligés de quitter la région déclarant qu’il n’y avait rien à faire pour eux en présence d’hommes qui n’avaient d’autre but que d’exciter la guerre civile. Voici en quels termes M. Fournière avait annoncé ce fait dans le journal « Le Prolétaire » : « Bessèges. Cinq heures, scène violente avec de Lanessan qui, aux applaudissements des gardes-chiourmes, vient décourager les ouvriers, et Fournière, qui soutient la grève générale. – Acclamations : vive la grève ! vive la révolution sociale ! Le drapeau noir est arboré (6) ».

Un peu plus tard, voici ce qu’en dit M. Curières de Castelnau, ingénieur en chef des Mines, qui pour sa part fait l’éloge funèbre du directeur de la Compagnie, E. Graffin (1829-1898). Elu conseiller municipal de la Grand’Combe en août 1855, E. Graffin avait été nommé maire en 1868 et a dirigé la municipalité jusqu’à sa mort, il a en outre été élu conseiller d’arrondissement en octobre 1874, et conseiller général en décembre 1879 :

« Il était surtout un chef intelligent et énergique, il avait à un haut degré le don du commandement. D’une très grande activité, il exerçait ses fonctions d’ingénieur principal ou de directeur de l’exploitation par une action de présence presque continuelle sur les travaux. D’un caractère très ferme et bienveillant, d’une humeur aimable, enjouée, toujours égale, il savait inspirer à ses subordonnés la confiance, l’affection et le respect. […]. Pour son personnel, il avait les sentiments d’un père. Il en connaissait presque toutes les familles; il se réjouissait de leurs joies, il prenait part à leurs peines et savait leur témoigner l’intérêt bienveillant et discret que son excellent cœur lui inspirait. Il a participé à l’établissement des institutions de prévoyance patronale dont la Compagnie, bien avant les lois sociales actuelles, avait doté la Grand’Combe pour protéger ses ouvriers et leurs familles contre les conséquences de la maladie, de l’accident et de la vieillesse, mais c’est à lui que la population doit la fondation sur des bases nouvelles de la Société de Prévoyance qui, depuis 1890, assure aux ouvriers de la Grand’Combe des retraites supérieures à celles que les mineurs des entreprises similaires peuvent espérer (7) ».

De fait, la Compagnie de la Grand’Combe est réputée pour avoir développé un modèle remarquable de paternalisme (8). Enfin récemment, dans son ethnographie de La Grand’Combe datée de 1992, C. Eckert évoque cette réalisation en ces termes :

« La Grand-Combe est créée en 1846 conformément à la structure typique des cités industrielles développées au XIXème siècle sous l’égide d’une entité économique. Elle a été baptisée du même nom que la Compagnie. L’agglomération urbaine reflétera donc la force de l’industrialisation de l’activité charbonnière. La Compagnie implanta une ville minière […] Pendant plus d’un siècle, la Compagnie a marqué de sa présence la vie locale, toute une époque où bon nombre de Grand-Combiens ont vu leur «devenir» déjà tracé. Il existait une forte interaction entre deux mondes – travail/domestique – dont les espaces se sont avérés complémentaires. Nous soulignons la politique menée par la Compagnie pour stimuler l’endogamie professionnelle et l’auto-reproduction de la famille ouvrière grand-combienne, ceci assurant la pérennité du travail à la mine de père en fils. La famille a donc toujours occupé une place primordiale dans cette société. Dans tous les domaines sociaux, la Compagnie s’est imposée comme pilote. Elle prendra à sa charge la responsabilité de loger son personnel, de l’éducation des enfants, et la mise en place de tout un système de protection sociale, notamment à travers la mise en œuvre d’une Caisse de Secours, d’une Caisse de Retraites et d’écoles, une assistance rare dans le monde ouvrier du XIXème siècle. La Compagnie fait naître donc non seulement un noyau de développement industriel sur lequel elle a le contrôle direct, mais elle engendre le développement d’un noyau urbain maquillé des principes urbanistiques qui suivent la logique de la Compagnie. Effectivement, la Compagnie aura ce contrôle administratif et exécutif pendant une longue période et combinera son action politico-paternaliste auprès de la communauté de travail à l’exécution du pouvoir local : la ville sera le miroir des intérêts de la Compagnie. Ce n’est qu’en 1925 que la ville fondée par la Compagnie devient la ville dirigée par des représentants-défenseurs des intérêts ouvriers (9) ».

Notes

(4) Selon Yves GUYOT, dans La Tyrannie Socialiste, 1893, livre VI, « Le parlement et les grèves », p. 200, l’instigateur est de la grève est le citoyen Fournière. Guyot écrit : « Je dois le faire connaître à la Chambre, car c’est lui qui est le véritable auteur de cette grève. Fournière est un jeune homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, ancien ouvrier bijoutier, qui, aujourd’hui, ne travaille plus autrement qu’en propagande révolutionnaire. Les collectivistes envoient en province des voyageurs en révolution : j’ai nommé M. Fournière ; je puis nommer MM. Malon, Guesde et la citoyenne Paul Minck. Je vous ai dit, messieurs, que Fournière avait été l’instigateur de la grève de la Grand’Combe, en novembre dernier. J’ai entre les mains le manifeste qui a été publié à ce moment-là. Dans ce manifeste, je lis des phrases comme celles-ci : “ En attendant l’émancipation totale de tous les exploités, en attendant que le prolétariat rentre en possession de tous ses biens injustement détenus par la classe capitaliste, il nous faut poursuivre cette lutte de classe, triompher sur un point des monopoleurs, en attendant que le parti ouvrier, solidement constitué et conscient de son but, dise à tous les citoyens : « Frères ! debout, en avant pour l’émancipation sociale ! ” »

(5) L’Église Libre, 23-12-1881.

(6) Yves GUYOT, La Tyrannie Socialiste, 1893, p. 203.

(7) http://www.annales.com/archives/x/graffin.html E. GRAFFIN (1829-1898), École des mines de Paris (promotion 1849). Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole des Mines, Mai 1898.

(8) Les patrons du XIXe siècle furent surtout influencés par de nouveaux théoriciens comme Frédéric Le Play, considéré comme le père fondateur du Paternalisme. Fin XIXe, un discours et des pratiques paternalistes vont proposer de régler la question sociale. Un patronat éclairé tente consacre des moyens importants au logement, à l’éducation, à la santé, aux loisirs des ouvriers.

(9) Cornélia ECKERT, L’agonie de la civilisation des gueules noires: ethnographie dans une ville minière (La Grand-Combe, France), 1992, pp. 48-50. www.vibrant.org.br/downloads/v3n2_eckert.htm.

Indications bibliographiques

Wikipédia : Compagnie_des_Mines_de_la_Grand’Combe_et_des_chemins_de_fer_du_Gard
Site Internet : patrimoine-minier.fr/cévennes/index.html : Bassin Houiller des Cévennes – Patrimoine Industriel Minier

Site Internet : archives nationales. culture. gouv.fr. Répertoire Compagnie des mines de la Grand’Combe.

ECKERT Cornelia, L’agonie de la civilisation des gueules noires : ethnographie dans une ville minière (La Grand-Combe), p.35-36 www.vibrant.org.br/…/v3n2_eckert.htm

GAILLARD Jean-Michel, Un exemple français de ville-usine, La Grand’Combe (Gard) et sa « Compagnie des mines » 1836-1921, thèse de troisième cycle, Paris X, Nanterre, 1974.

PACZKOWSKI Claude, VIELZEUF Aimé, VIGNE Jean. La Grand’Combe en Cévenne : mines et mineurs du canton. 208 p., Lacour, Nîmes, 1991.

RIVELAINE Hubert, Balade en Sol mineur, Les mines du bassin houiller d’Alès, 139 p. Le Plein de Sens, 2005.

ROGER Isabelle, « L’apport de la compagnie minière au développement de La Grand’Combe 1830-1946 » Mines et mineurs en Languedoc-Roussillon. Actes du XLIX° Congrès de la Fédération Historique du Languedoc Roussillon, Alès les 22 et 23 mai 1976. Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon.

TESSIER Catherine, La politique sociale de la compagnie des mines de la Grand’Combe (1836-1914), Maîtrise d’histoire, Université Jean Moulin Lyon 3, 1997, 121 p.

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Source : maison-histoire-aphpo.fr
Par : Madeleine Souche
Mise en ligne : 29-10-2010

Reblogué par : Mas de la Regordane
Première publication : 30.12.2017
Dernière mise à jour : 30.12.2017

Henri Baron, 36 ans au charbon

EcoleMineStEtienne

VIE DE MONSIEUR HENRI BARON

Henri BARON est né vers la fin de la grande guerre, le 26 juin 1918, de parents commerçants, à Montpellier. Son père tenait un commerce rue de la Loge. Le jeune Henri a fait ses études primaires à Montpellier, puis a suivi à Béziers les enseignements des Frères des Écoles Chrétiennes (au P.I.C.) qui l’ont conduit au double baccalauréat : «Math Élem » en juin, «Philo Lettres» en octobre. Après une « Math Sup. » et une « Math Spéciale » à Montpellier, il est allé à Lyon, terminer sa préparation aux concours. Admissible à Polytechnique, il est reçu à l’École Centrale ainsi qu’aux Mines de Saint-Étienne et de Nancy.

Nous sommes alors en 1939. C’est la déclaration de guerre. Il est alors mobilisé le 15 septembre 1939 à l’École d’Artillerie de Poitiers. Il fera la campagne de Belgique comme aspirant puis la retraite sur Dunkerque. Là, il aura la chance d’être embarqué sur un bateau anglais. Transféré en Algérie, il sera démobilisé le 31 octobre 1941 à Alger. Il rejoindra immédiatement Saint-Étienne, car il a choisi l’École des Mines de cette ville où il fera ses trois années de scolarité qui le conduiront au titre d’ingénieur. Il en sortira donc en mai 1944.

Cette même année, il se marie avec Pierrette CAMBON, originaire elle-même de Montpellier, qu’il a rencontrée en 1942 et avec qui il s’était fiancé en 1943. A cette époque de restriction, l’achat d’un costume posait un problème de tickets et il n’était pas question de les investir dans un habit de cérémonie à usage limité. Henri BARON s’est donc marié en grande cape, tenue des Ingénieurs des Mines de Saint-Étienne, à l’étonnement des Montpelliérains qui ne connaissaient pas cet uniforme. [voir photo]

Il commence alors sa carrière professionnelle, engagé comme Ingénieur du Fond par la Compagnie des Mines de la Grand Combe. Il sera affecté successivement aux Exploitations des Mines « Luminières », « Champclauson » puis au siège de « Ricard ». Fin 1946, les Mines de la Grand Combe sont nationalisées et deviennent le « Groupe Centre » du Bassin des Cévennes, lui-même rattaché à la nouvelle entité « Charbonnages de France ». En 1948, il est promu Ingénieur Divisionnaire et nommé Chef des Sièges « Laval-Mazel » et « Oules ».

Huit ans plus tard, il est promu Ingénieur Principal et à ce titre sera responsable du secteur « Trescol » du Groupe Centre, à la fois pour le fond et le jour. Au total, il est chargé d’une production de 2 500 tonnes par jour avec un effectif de 2 000 personnes. En 1960, il prendra en outre le commandement du secteur « Sud » qui comprend les Sièges de « Rochebelle, Destival, Fontanès et Saint-Martin de Valgalgues ».

En 1962, il est appelé à des fonctions moins directement opérationnelles. Il devient chef des « Services Généraux » de l’ensemble du Bassin, regroupant sous son autorité les Services « Sécurité », « Organisation », « Essais », « Matériels ». En 1968, il dirigera pendant une courte période le Service des « Études économiques, statistiques et contrôles de gestion » du Bassin.

En effet, c’est cette même année 1968 que sont promulgués les décrets « Bettencourt » (du nom du ministre de l’époque) : les sept Bassins (Aquitaine, Auvergne, Blanzy, Cévennes, Dauphiné, Loire et Provence) sont regroupés en un seul Bassin dénommé : « Houillères du Bassin du Centre et du Midi » (HBCM) dont la direction générale est fixée à Saint-Étienne. Henri BARON, dès 1969, est appelé à cette nouvelle direction générale où, promu Ingénieur en Chef, il assume la centralisation et l’unification de la Gestion des Ingénieurs et Cadres Supérieurs ainsi que la coordination et l ‘harmonisation de la Gestion des Personnels « Maîtrise et Ouvriers ». En 1976, il devient Secrétaire Général des HBCM, il supervisera alors l’ensemble des Services Administratifs. Il gardera ses fonctions jusqu’au 1er janvier 1980, date à laquelle, faisant valoir ses droits à la retraite, il se retirera dans sa ville natale de Montpellier.

Ce déroulement de carrière montre une incontestable réussite professionnelle. Ce sont, bien entendu, des qualités techniques qui l’ont permise mais également des qualités humaines. Il est intéressant de souligner à cet égard la part importante de fonction de gestion de personnels qu’il a assumée. Madame BARON me faisait remarquer que, bien que l’essentiel de cette activité se soit déroulée près d’Alès et pour les dix dernières années à Saint-Étienne, elle n’en a pas moins déménagé une dizaine de fois. En effet, l’Ingénieur, Responsable d’un puits, résidait dans le logement prévu à cet effet à une très proche distance de « son puits ». Il ne faut pas oublier en outre, qu’à l’époque, le téléphone était une « denrée » très rare et que souvent seul le logement de l’Ingénieur en disposait. Madame BARON m’indiquait d’ailleurs que son mari, lorsqu’il montait dans sa chambre, débranchait rapidement son téléphone du salon pour aller le rebrancher immédiatement à l’étage de peur qu’un appel ne parvienne pendant ce court laps de temps. Peut-être « en rajoutait-il un peu » comme l’on dirait maintenant. L’avantage par contre de ces déménagements successifs était une amélioration progressive du « standing ». En effet le monde de la Mine était très hiérarchisé et chaque promotion conduisait à un logement un peu plus grand avec un jardin tendant progressivement vers le « parc ». Je n’ai pas connu, bien sûr, les diverses habitation de Monsieur et Madame BARON, mais j’ai pu constater ce phénomène lors d’un stage que j’ai effectué dans les Mines de la Sarre. Là, Monsieur l’Ingénieur en Chef était presque un châtelain. Mais peut-être les Cévennes et Saint-Étienne n’étaient-ils pas la Sarre et Monsieur et Madame Baron n’ont-ils jamais été des châtelains !

En 1980 donc, Henri BARON retrouve sa ville natale où il aura une vie sociale très active. Déjà, durant sa période d’activité professionnelle, il avait été un militant dynamique dans les milieux syndicaux et associatifs. En effet, il avait été Président du Syndicat des Ingénieurs du Bassin des Cévennes de 1959 à 1969 et à ce titre de 1959 à 1964 et en 1968, 1969, Administrateur du Bassin des Cévennes.

Il avait été également à la Grand Combe, Président du club sportif omnisports bien qu’il n’ait jamais pratiqué lui-même de sport. Comme dit Madame BARON, il était et il le disait lui-même un sportif de gradins. Mais il fallait un Ingénieur des Mines comme Président et il s’était dévoué. Cela dénote d’ailleurs un trait de son caractère, il était très serviable et ne savait pas refuser. C’est ce qui l’a conduit à s’occuper de la Société des Ingénieurs Civils de France dont il deviendra le Président régional une fois à la retraite. De même il sera Président de l’Association Languedoc-Roussillon d’ « Intermines » (le regroupement des anciens élèves des trois écoles des Mines : de Paris, Nancy, Saint-Etienne) de 1980 à 1989. Les promotions d’Officier au titre de l’Ordre National du Mérite et de l’Ordre des Palmes Académiques viendront récompenser son action en 1988.

Parmi toutes ses activités, il en est une qui mérite que l’on s’y attarde un peu. Il s’agit de son goût pour l’histoire, spécialement pour l’histoire médiévale. Ce goût avait pu se concrétiser car Mme BARON possédait dans l’Aveyron, à Sainte Eulalie-de-Cernon une maison. Cela lui permit de découvrir dans le village une ancienne commanderie. Sa réhabilitation et sa mise en valeur l’ont occupé activement. Il a convaincu le Maire de l’intérêt de cette découverte. Il a également, dès 1966, fondé un foyer rural orienté vers l’initiation des jeunes ruraux à l’Histoire et aux Arts Médiévaux. Ceci l’a conduit à devenir Maire-Adjoint et Membre de la Société des Arts et Lettres de l’Aveyron. Madame BARON trouvait d’ailleurs que cela faisait beaucoup d’activités extérieures dont Henri BARON s’occupait au détriment des questions de la maison. Mais il se défendait, paraît-il, en disant que son épouse s’en occupait tellement bien qu’il était inutile qu’il le fasse. Je retiendrai pour moi cette pirouette.

Henri BARON est entré en 1988 à l’Académie et il y fut un membre de qualité et assidu. C’est d’autant plus méritoire que malheureusement il était atteint d’une rétinite pigmentaire, maladie génétique qui lui fut transmise par sa mère. Cette maladie s’est développée progressivement pendant sa retraite. Son champ visuel s’est réduit petit à petit, jusqu’à ce qu’un soir, il demande à son épouse si l’applique lumineuse du coté de son lit était éteinte, or elle était allumée. Madame BARON m’a confié que ce souvenir lui était très douloureux. Cette perte d’autonomie qui le contraignait à se faire aider par un fidèle ami Louis PELISSIER pour ses déplacements ou par son épouse, obligeait également celle-ci à respecter un ordre rigoureux dans la maison pour lui permettre de garder ses repères.

Il paraît, que malgré les difficultés que lui créait cet handicap, Henri BARON ne s’était pas départi de sa joie de vivre, de son dynamisme et de son humour. Il m’a été indiqué qu’il témoignait de sa joie de vivre en intronisant, dans l’Ordre International des Anysetiers dont il était dignitaire, les nouveaux membres par des discours en vers. Je suis tout admiratif car j’en serai bien incapable et heureusement cet exercice ne m’a pas été demandé aujourd’hui.

Et puis, ce 29 avril 2002, alors qu’il était dans sa 84ème année, il est décédé dans la maison familiale qu’il occupait, dans la nuit, calmement, sans souffrance, d’un problème cardiaque. Le SAMU n’a pu que constater le décès. Il semblerait que rien ne laissait prévoir cette fin, un électrocardiogramme réalisé deux mois avant n’avait rien indiqué et aucun accident n’était intervenu antérieurement. Au dire de Madame BARON, ce fut d’une certaine façon une belle fin de vie même si, bien sûr, elle l’aurait souhaitée plus tardive.

Henri BARON a eu une vie riche, bien remplie, complète, que ce soit professionnellement ou familialement. En effet, Monsieur et Madame BARON ont un garçon et une fille qui eux même ont réussi leur vie professionnelle et familiale, quatre petits enfants. Beaucoup de gens souhaiterait avoir une vie comparable. Si c’est toujours une tristesse de voir disparaître quelqu’un, je crois, à avoir entendu parler les amis qui l’ont connu, qu’ils retiendront de lui, la leçon d’optimiste et de courage qu’il aura donné jusqu’à la fin malgré le lourd handicap qui avait accompagné la dernière étape de sa vie.

Pour ma part, je viens d’essayer de rendre compte de la vie de cet homme que j’aurai aimé connaître, d’abord pour ses qualités humaines mais également afin de m’entretenir avec lui de son activité professionnelle.

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Source : Académie des Sciences et Lettres de Montpellierd – 2005
Par : Pierre Louis,  successeur et auteur de l’éloge d’Henri Baron

Blogué et mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 29.12.2017
Dernière mise à jour : 30.12.2017

Emile Aujoulat, 30 ans de mines à La Grand-Combe

LGC.12
Photo de La grand-Combe (30110) dans les années 1900 ?

[Jolie trouvaille sur Internet que cette page personnelle décrivant parfaitement et en un style simple, mais réaliste, l’ambiance des « Riches Heures des Mines de La Grand-Combe. »]

AUJOULAT des HUBACS

[1908] C’est le 29 mars 1908 à La Grand-Combe que nait Émile Auguste AUJOULAT, dernier des 3 fils ayant survécus, le benjamin de Louis Jean Pierre AUJOULAT et de Marie Lucie DOMERGUE.

[1911] Il n’a pas 3 ans, lorsqu’en 1911, meurt cette soeur ainée, Anne Marie Rosalie, qui fût, sans nul doute, une seconde maman. Mais il est bien trop jeune pour en avoir des souvenirs.

[1919] Au retour de la guerre, selon la coutume, son frère ainé Louis reprend la ferme familiale. Son cadet, Ernest qui est aussi son parrain, part travailler aux Mines. Il a peut-être 14 ans, mais il doit contribuer aux travaux de la ferme.

[1924] A la mort de sa mère, en 1924, il n’a pas 16 ans. Seul avec son père, suite au départ de l’ainé, ils tentent de reprendre cette moitié de ferme. Tâche impossible, ils se replient sur leur petit commerce, et autres travaux saisonniers, surtout l’hiver, à la …

Compagnie des Mines de La Grand-Combe :

à 15 ans, du 19 Octobre 1923 au 05 Avril 1924,
à 16 ans, du 26 Septembre 1924 au 09 Mars 1925,
à 18 ans, du 15 Novembre 1926 au 25 Avril 1927,
à 22 ans, du 01 Mars 1930 au 02 Avril 1930.

[1934] Mais sur la commune de Saint Étienne de Lugdares, il fait la rencontre de Sidonie Eva Vialle, originaire du Brouzet[-les-Alès ?], et plus jeune de 6 ans. Ils se marient dans cette commune le 07 Avril 1934. Il avait 26 ans, et elle avait 20 ans. Ils s’installent à La Grand-Combe, ou à peu près 15 mois après …

[1935] … nait Francis, le 14 Juillet 1935. Ils déménagent, du quartier [commune] des Salles du Gardon à celui de Ribes, la dernière rangée de Maison, la plus haute [rue des Églantiers].

[1937] Puis le 07 Juin 1937, c’est la naissance de Raymond, et un peu plus tard …

[1943] le 20 Juillet 1943, [la naissance] de Colette. La maison devient trop petite, et ils se déplacent, toujours à Ribes, mais dans une maison plus grande (cuisine, couloir, 3 autres pièces et toilette/douche). Enfin, le petit dernier, Michel, le 11 Décembre 1953, alors que l’ainé à déjà 18 ans.

Pour faire vivre toute cette famille, Émile travaille à la Compagnie des Mines de La Grand-Combe. D’abord MANOEUVRE, ses origines fermières, sa connaissance du soin des animaux, notamment des chevaux pendant son service militaire, son respect de la personne et de la hiérarchie, lui permettent de devenir le COCHER DES INGÉNIEURS.

[1948 ?] Le dimanche, il menait en calèche à la messe, les femmes des Messieurs Godard, Guénard, Marion … En semaine, c’était leurs enfants qu’il conduisait à l’école, à coté de l’Usine à Zinc. Son fils ainé, Francis, se rappelle encore lorsqu’il pouvait grimper à l’arrière de cette calèche.

[1954 ?] Avec la motorisation, les chevaux disparaissent des Mines, et il se retrouve manoeuvre, toujours pour la Compagnie des Mines de La Grand-Combe, mais à l’usine du Parc à Charbon.

[1961]  Après ses 30 ans de service, il prend sa retraite en 1961, à 53 ans. Mais il aime le travail et Michel, son plus jeune, n’a que 8 ans. Déjà, hors journée, il travaillait chez Allain, pour livrer le charbon. Il continue, et en plus, travaille aussi à l’Usine de Biscotte, située à la cime de Ribes. Et pour se reposer, il lui reste encore ses trois jardins avec vignes (Les Hautes Faïsses de Ribes, L’Impostaire, et Le Pont des Salles) : il fait son vin et son alcool, car il a le droit de brûlage, (malheureusement non transmissible).

[1977] N’oublions pas son plus grand plaisir, ou comment lier l’utile à l’agréable : durant des années, finalement jusqu’à ce que son petit fils prenne la relève, à son tour, à 14 ans, en 1977 : les longs week-end de Pâques, Pentecôte, les saisons d’été, avec son cousin, le Père Martin, à la buvette de la Trappe de Notre Dame des Neiges. [à 71 km de La Grand-Combe]

[1981] Bon mangeur, bon vivant, il est décédé le 11 Janvier 1981, dans de grandes souffrances que la médecine de l’époque ne pouvait encore que peu soulager, sinon guérir. Seule, cette foi inébranlable qui renverse les montagnes.

Son épouse, Sidonie Eva, restera encore quelques années dans cette cité de Ribes. Puis elle se rapprochera un peu plus de La Grand-Combe, quelques temps en face de l’ancienne gare routière, route de Trescol, ensuite aux Pelouses,  finalement à la Maison de Retraite des Pins, à l’Arboux.

[2006] Le temps venant, bien qu’en pleine santé physique, son esprit s’est progressivement éloigné des réalités de ce monde, et cette mère au foyer, toujours très attentionnée pour la famille, les proches, fervente croyante, pieuse et pratiquante, jusqu’à son dernier jour, s’en est allée ce mercredi 11 Janvier 2006, soit 25 ans, jour pour jour, après son mari Émile.

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Source : aujoulat.free.fr
Par : Thierry AUJOULAT

Reblogué sur : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 18.12.2017
Dernière mise à jour : 20.12.2017
P.S. les années entre [ ] ont été ajoutées par nos soins.

Fêtes chrétiennes à La Grand-Combe (video)

EgliseLGC2
Photo : Notre Dame de l’Immaculé Conception de La Grand-Combe

1836 – année de la fondation de La Grand-Combe qui comptait alors 574 habitants,

1851(04.11) – sur la place Bouzac, une grande croix de fer est érigée et bénie par monseigneur Jean-François, Marie Cart (1799-1855), évêque de Nîmes qui accorde en ce jour de clôture de jubilé, quarante jours d’indulgence, pour une durée perpétuelle, à quiconque réciterait un Notre Père et un Ave Maria en passant devant elle.

1852 (00.10) – consécration de l‘église de Champclauson, premier édifice religieux construit par la Compagnie des Mines de La Grand’Combe.

1857 (04.10) – église de la Grand’Combe : suite à une allocation des plus généreuse de la Compagnie des Mines de la Grand-Combe qui a abondé dans le projet d’érection d’une église dans la nouvelle commune, Pierre Prosper Chabrol, célèbre architecte (protestant) de Paris, ainsi qu’une foule immense issue de tous les villages et villes du Sud de la France, assistent en ce jour, à la pose de la première pierre de l’église de la Grand’Combe dont « le clocher devient le centre et le point de ralliement des rues et des places » de la commune. Notre Dame de la Grand-Combe, consacrée quelques années plus tard Notre dame de l’Immaculée Conception, sera dotée d’une seule nef, mais plus large que celle de Notre Dame de Paris…

1864 – Inauguration de l’église à la Grand-Combe : achèvement des travaux de l’église, construite en grès du pays, provenant du ruisseau de l’Arboux, près de l’actuel cimetière et de la carrière de la mine de Champclauson.

1868 – Le temple de Trescol de culte Réformé Évangélique (des croyants au Christ, donc des chrétiens) est construit à Trescol par la Compagnie des Mines de La Grand-Combe. Il est orné de belles colonnades avec balcons.

1879 (novembre) – inauguration de la Chapelle de la Levade, quartier de La grand-Combe. Cette chapelle (dite) de secours (en fait une vraie église) et son presbytère furent aussi édifiés par la Compagnie des Mines de La Grand’Combe.

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1880/81 – Installation des grandes orgues de la Grand-Combe, oeuvre de Vincent Cavaillé-Coll, l’un des derniers représentants de l’illustre famille des fabricants d’orgues de Paris.

R. Goodwyn joue Lefébure-Wely sur le Cavaillé-Coll de la Grand-Combe

1888 – Les anciens vitraux de l’église de La Grand-Combe sont remplacés par ceux issus des ateliers du peintre et maître verrier parisien, Oudinot. En plus des scènes traditionnelles de la vie de Jésus, l’un des vitraux représente la bénédiction, par l’abbé Méjean, de l’église primitive située à la Frugère et un autre, le pèlerinage à Notre Dame de Laval, avec la représentation d’un puits de mine.

1914 – Musulmans : arrivée des premiers ouvriers algériens dont le Coran, en plus de 30 versets consacrés à Jésus, mentionne la naissance miraculeuse et la vie exemplaire de ce dernier. Par exemple, la sourate 3 versets 45/61 rappelle qu’il est : «  …Fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l’au-delà et l’un des rapprochés de Dieu …« , tandis que la sourate 5 verset 46 précise : « Et Nous avons envoyé après eux, Jésus Fils de Marie, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et Nous lui avons donné l’Evangile où il y a guide et lumière… « .

1950 – Communions avec Jésus, à La Grand-Combe dans les années 50

2012 – Sarabande de Haendel par Marie la siffleuse – vidéo 4’43 » de Marc Laforêt

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2015 (31/03) – Messe Chrismale dans l’église de La Grand Combe.
Toutes les photos : cliquez ICI

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et en bonus, une sonnerie de cloches à La Grand-Combe 😉

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Source : Youtube

Mise en page : Mas de la Regordane / GD
Première publication : 10.12.2017
Dernière mise à jour : 29.01.2018

Fêtes et Fanfare à La Grand-Combe 1950 (video)

LGCsteGymnastique2Photo : Nos ancêtres les Gaulois sportifs grand-combiens

On s’est bien amusé avec les pompons avec les pompiers ! Ainsi débute ce court métrage présentant les prouesses de divers corps constitués : les pompiers et les clubs sportifs de La Grand-Combe dans les années 50.

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Détail et commentaires sur le script de ce court métrage 

00:00 – à venir

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Sur le même sujet (cliquez sur le lien ci-dessous) :
De-l’Harmonie-des-Houillères-à-l’Orchestre-Variation’s-2015-Vidéo

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Source : Youtube
Première publication : 10.12.2017
Dernière mise à jour : 29.01.2018

Morts pour la France de La Grand-Combe

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Photo : La Grand-Combe, le monument aux morts, de Réal del Sarte, dans les années 30

I/ Les Morts Pour la France de La Grand-Combe

§1

Résultats   – 1 à 100 sur 338    ·   · 1   2   3   4   ·  ·  
Nom Prénoms Conflit Date & lieu de décès M
1914-1918 11/11/1918 Uskub Serbie
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 27/08/1914 Stenay (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 25/09/1915 Souain (51) Médaille Militaire
1914-1918 19/06/1915 Sainte-Anne-d’Auray (56) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 08/11/1914 Veldoeck (FlandreOccidentale) Belgique Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 23/09/1914 Cheppy (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 25/01/1917 En mer
1914-1918 27/09/1915 Souain (51)
1914-1918 14/08/1916 Barleux (80) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 22/05/1916 Verdun-sur-Meuse (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 23/10/1917 Allemant (02)
1914-1918 16/03/1916 Vaux-devant-Damloup (55)
1914-1918 19/07/1918 Fleury-la-Rivière (51)
1914-1918 30/08/1918 Languevoisin-Quiquery (80)
1914-1918 28/10/1914 Massiges (51)
1914-1918 22/02/1915 Marre (55) Médaille Militaire
1914-1918 08/1914 Vergaville (57)
1914-1918 24/08/1916 Cerisy-Gailly (80)
1914-1918 25/09/1915 Souain (51)
1914-1918 09/05/1917 (02)
1914-1918 12/08/1916 (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 20/09/1914 Saint-Maurice-sous-les-Côtes (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 12/11/1914 (55)
BARRES Louis Émile 1914-1918 14/12/1918 Degerloch
Allemagne
1914-1918 09/05/1915 Les Éparges (55)
1914-1918
1914-1918 25/06/1916 Belleville (54)
BASTIDE Léopold 1914-1918 26/06/1916 Deuxnouds-devant-Beauzée (55)
BASTIDE Urbain Édouard 1914-1918 16/06/1915 Metzeral (68)
BAYLE Auguste 1914-1918
1914-1918 21/12/1916 Châteauroux (36) Croix de Guerre
BEAU Emmanuel François Marie 1914-1918 25/09/1914 Maucourt (80) Légion d'HonneurCroix de Guerre
BEAUME Lucien Casimir Albert 1914-1918 06/10/1915 Saint-Hilaire-le-Grand (51)
BELIN Auguste Louis 1914-1918 25/08/1914 Saint-Maurice-sous-les-Côtes (55)
BELIN Joseph Firmin 1914-1918 08/03/1916 Verdun-sur-Meuse (55)
BENOIT Joseph 1914-1918 04/09/1916 Combles (80)
BENOIT Joseph Louis 1914-1918 06/10/1914 Massiges (51)
BENOIT Marius Jean Baptiste 1914-1918 30/10/1918 Haringhe (Flandre Occident. Belgique
BÉRAL Jean Marius 1914-1918 21/10/1918 Braunfels Allemagne
BERJOT Hippolyte André 1914-1918 30/10/1916 Verdun-sur-Meuse (55)
BERTHOMIEUX Daniel 1914-1918
BERTON Gustave Alfred 1914-1918 03/10/1915 (51)
BERTON Raymond 1914-1918 12/04/1918 Pontoise-lès-Noyon (60)
BILLEBAUD Joseph Marius 1914-1918 12/11/1914 Tracy-le-Val (60)
BILLEBAUD Jules Albert 1914-1918 07/05/1916 Bras (55)
BILLEBAUD Louis François 1914-1918 21/07/1916 Maricourt (80)
BOISSIN Henri Édouard 1914-1918 04/1917 Montigny-sur-Vesle (51)
BONHOMME Auguste Baptiste 1914-1918 16/08/1916 Zeitenlick GrèceSépulture Médaille MilitaireCroix de Guerre
BOREAU Gabriel Firmin 1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
BORELLY Émile Adolphe 1914-1918 29/12/1916 Bezonvaux (55)
BOULET Basile Marie Irénée 1914-1918 25/01/1917 Esnes-en-Argonne (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
BOULET Jean Pierre 1914-1918 23/03/1916 Malancourt (55)
BOULLE Gabriel Marius 1914-1918 22/08/1914 Ethe (Luxembourg) Belgique
BOULLE Jean 1914-1918
BOUQUET Martin Henri 1914-1918 03/11/1916 Maurepas (80)
BOUSQUET Marius Émile 1914-1918 11/02/1915 Goldbach (68)
BRUN Auguste Marius 1914-1918 05/06/1916 Longueval (02)
BRUN Marius Jean Baptiste 1914-1918
BRUNET Louis Auguste 1914-1918 14/11/1918 Puckheim Allemagne
BRUSCHET Paul Ferdinand 1914-1918 23/12/1915 La Grand-Combe (30)
BUSCAIL Gaston 1914-1918 23/04/1917 Nieuport, Flandre-Occident. Belgique
CABANEL Henri Élie 1914-1918 08/08/1918 Thennes (80)
CANONGE Félix 1914-1918 20/06/1915 Sainte-Menehould (51)
CANONGE François 1914-1918
CANONGE Marcel 1914-1918 17/09/1914 Trémont (55)
CANONGE Salomon Henri 1914-1918 30/08/1918 Thoix (80)
CATHARA Grégoire Édouard 1914-1918 25/08/1916 Zeitenlick Grèce
CAUQUE André Émile 1914-1918 22/09/1917 Châlons-sur-Vesle (51)
CAUSSE Clovis Arthur 1914-1918 16/08/1914 Vergaville (57)
CAVALIER Marius Paul François 1914-1918 06/09/1916 Berny-en-Santerre (80)
CELLIÉ Jules Jean Baptiste 1914-1918 22/08/1916 (55)
CEYSSON Augustin Régis 1914-1918 01/09/1914 Ville-devant-Chaumont (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
CHABALIER Victor André 1914-1918 24/08/1917 Avocourt (55)
CHABROL René Louis Ferdinand 1914-1918 18/04/1917 Saint-Quentin (02)
CHAILARD Baptiste Pierre 1914-1918 07/10/1915 Châlons-sur-Marne (51)
CHANEAC Auguste Henri 1914-1918 21/09/1914 Saint-Maurice-sous-les-Côtes (55)
CHANIAL Louis Félix 1914-1918 29/08/1914 Gray (70)
CHAPON Gabriel Cyprien 1914-1918 10/09/1914 Verdun-sur-Meuse (55)
CHAPON Léon Édouard 1914-1918 23/07/1915 Harbonnières (80)
CHAPON Louis Eugène 1914-1918 24/03/1917 Bihlista (Bilisht) Albanie
CHAPON Paul 1914-1918 29/10/1916 (80)

CHAPTAL Jean Firmin

1914-1918 03/03/1915 Lihons (80)
CHAREYRE Marius 1914-1918
CHASTANIER Philibert 1914-1918 06/10/1915 Massiges (51)
CHAUSSE Louis François 1914-1918 15/10/1916 Zeitenlick Grèce
CHAUZAL Marcel Paul 1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
CHAZAL Abel Joseph 1914-1918 23/08/1915 Flirey (54)
CHÉROUSE François Maurice 1914-1918 26/09/1914 Ippécourt (55)
CHOLVY Lezin Victor 1914-1918 19/03/1915 (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
CLÉMENT Émile Prosper 1914-1918 26/02/1916 En mer
CLÉMENT Joseph Clovis 1914-1918 20/07/1915 Stosswihr (68)
COMBE Auguste Élie 1914-1918 13/06/1917 Paissy (02)
COMBERNOUX Ferdinand Henri Marie 1914-1918 04/10/1918 Paris 17 (75) Médaille MilitaireCroix de Guerre
COMPAN Louis Alexis Henri 1914-1918 02/09/1914 Gerbéviller (54) Médaille MilitaireCroix de Guerre
COSTE Henri Pierre 1914-1918 15/12/1914 Ypres Flandres -Occident. Belgique Médaille MilitaireCroix de Guerre
COULOMB Léon Henri 1914-1918 28/11/1914 Ypres (Flandres -Occident. Belgique
DARDALHON Gabriel Édouard 1914-1918 02/05/1917 Coincy (02) Croix de Guerre
DAUTUN Gabriel Émile 1914-1918 17/09/1918 Celles-sur-Aisne (02)
DELEUZE Albert Adolphe 1914-1918 23/03/1915 Thann (68)

§2

Résultats   – 101 à 200 sur 338    ·   · 1   2   3   4   ·  ·  
Nom Prénoms Conflit Date & lieu de décès M
DELEUZE Cyprien Louis 1914-1918 20/08/1914 Saint-Nicolas-de-Port (54)
DELEUZE Joseph Étienne 1914-1918 09/01/1915 Harbonnières (80)

DELEUZE Léopold Henri Zacharie

1914-1918 13/04/1918 Merville-au-Bois (80)
DELEUZE Victorin 1914-1918 05/11/1916 Combles (80)

DELEZON Édouard Émile

1914-1918 19/04/1915 Creil (60)

DELEZON Henri

1914-1918 08/05/1915 Avignon (84)

DELON Étienne

1914-1918 05/01/1915 Lachalade (55)

DENIS Pierre Félix

1914-1918

DESCHANEL Élie Jules

1914-1918 28/12/1914 Neuville-Saint-Vaast (62) Médaille MilitaireCroix de Guerre

DEZEUZE Paulin Léon

1914-1918 24/07/1916 Fleury-devant-Douaumont (55)

DIET Joseph Marius

1914-1918 08/1914 (55)

DONADILLE Marcel Émile

1914-1918 21/03/1918 Vienza Italie Médaille MilitaireCroix de Guerre

DOULCIER Claudius Alexandre Émile

1914-1918 11/04/1916 Avocourt (55)

DOULSIERE Marius Henri

1914-1918 20/10/1918 Vélès Serbie Médaille MilitaireCroix de Guerre

DUFOUR Antonin

1914-1918 26/03/1916 (55)

DUMAS Henri

1914-1918 19/07/1915 Bonzée (55)

DUMAS Kléber Gabriel

1914-1918 21/04/1915 Ville-sur-Tourbe (51)

DUMAS Marcel Justin

1914-1918 15/05/1915 Ville-sur-Tourbe (51)

DUMAS Marius Albert

1914-1918 26/09/1915 Massiges (51)

DUNY Léon Hippolyte

1914-1918 05/05/1917 Vauxaillon (02)

DURAND Émilien René

1914-1918 12/02/1916 Hyères (83)

DURAND Louis Édouard

1914-1918 23/10/1916 Fleury-devant-Douaumont (55)
ESCALIER Louis Camille 1914-1918 03/08/1918 Monchy-Humières (60)
1914-1918 25/09/1915 Massiges (51)
1914-1918 28/08/1916 Maurepas (80)
1914-1918 03/09/1914 Saint-Remy (88)
1914-1918 23/07/1915 Perthes-lès-Hurlus (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 25/01/1917 En mer
1914-1918 06/09/1914 Montpellier (34)
1914-1918 10/07/1916 Barleux (80)
1914-1918 12/08/1914 Lagarde (57)
1914-1918 27/10/1918 Mannheim Allemagne
1914-1918
1914-1918 06/02/1915 Pont-Saint-Esprit (30) Croix de Guerre
1914-1918 16/07/1918 Vrigny (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918
1914-1918 07/09/1918 La Seyne-sur-Mer (83)
1914-1918 19/02/1915 Malancourt (55)
1914-1918 14/07/1915 Cannes (06)
1914-1918 16/04/1917 Paissy (02)
1914-1918
1914-1918 24/09/1916 Jouaignes (02)
1914-1918 20/12/1914 Boureuilles (55)
1914-1918 22/08/1914 Bourg-Bruche (67) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918
1914-1918 30/05/1918 Chouy (02)
1914-1918 10/02/1916 Souchez (62)
1914-1918 01/03/1918 Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus (51)
1914-1918 08/08/1915 Gray (70)
1914-1918 04/03/1917 Cuperly (51)
1914-1918 12/08/1915 Xivray-et-Marvoisin (55)
1914-1918 09/06/1915 Hébuterne (62)
1914-1918 20/09/1918 La Seyne-sur-Mer (83)
1914-1918 27/09/1914 Chauvoncourt (55)
1914-1918 12/10/1918 Lons-le-Saunier (39)
1914-1918 29/04/1917 Bistrica (Bistritsa) Serbie
1914-1918
1914-1918 06/01/1915 Roclincourt (62)
1914-1918 25/09/1915 Neuville-Saint-Vaast (62)
1914-1918 13/10/1914 Verdun-sur-Meuse (55)
1914-1918 24/08/1914 Saulxures (67)
1914-1918 27/09/1914 Xivray-et-Marvoisin (55)
1914-1918 07/03/1915 Stosswihr (68)
1914-1918 10/11/1914 Condé-en-Barrois (55)
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 10/09/1914 Heippes (55)
1914-1918
1914-1918 18/09/1914 Caisnes (60)
1914-1918 07/01/1915 Saint-Éloi Belgique
1914-1918 09/02/1916 Éclusier-Vaux (80)
1914-1918 26/11/1914 Ypres (Flandre-Occident) Belgique
1914-1918 05/07/1915 Saint-Dizier (52)
1914-1918 27/01/1917 Massafra (Tarente) Italie
1914-1918 30/06/1915 Vienne-le-Château (51)
1914-1918 25/08/1914 Buzy (55)
1914-1918 04/11/1915 Massiges (51)
1914-1918 27/01/1915 Senones (88)
1914-1918 20/09/1916 Curlu (80)
1914-1918 20/12/1914 Rarécourt (55)
1914-1918 05/11/1916 Bouchavesnes (80)
1914-1918 02/01/1915 Tracy-le-Val (60) Médaille Militaire
1914-1918 25/11/1917 Samogneux (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 05/06/1918 Louvois (51)
1914-1918 23/02/1917 Verdun-sur-Meuse (55)
1914-1918 16/09/1914 L’Aigle (61)
1914-1918 18/08/1914 Loudrefing (57)
1914-1918 25/09/1914 Lihons (80)
1914-1918
1914-1918 26/08/1914 Mont-sur-Meurthe (54)
1914-1918 12/08/1915 Vienne-le-Château (51)
1914-1918 01/12/1914 Lam-pernisse Belgique
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 16/07/1918 La Chapelle-Monthodon (02)
1914-1918 15/12/1914 Nieuport Belgique
1914-1918 25/08/1914 Boinville (55)
1914-1918 15/05/1915 Massiges (51)
1914-1918 16/06/1915 (60)
1914-1918 25/06/1915
1914-1918 04/04/1918 Morisel (80) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 15/06/1915 Metzeral (68)

§3

Résultats   – 201 à 300 sur 338    ·   · 1   2   3   4   ·  ·  
Nom Prénoms Conflit Date & lieu de décès M
MAURIN Jean Louis 1914-1918 21/03/1916 Malancourt (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 04/02/1915 Massiges (51)
1914-1918 20/08/1914 Frémery (57) Légion d'HonneurCroix de Guerre
1914-1918 04/10/1918 Güntz Allemagne
1914-1918 06/11/1918 Nazareth Belgique
1914-1918 10/08/1917 Ostel (02) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 22/06/1915 Seddul-Bahr Turquie
1914-1918 05/12/1914 Malo-les-Bains (59) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 07/10/1914 La Tronche (38)
1914-1918 08/04/1915 Châlons-sur-Marne (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 29/10/1915 Tahure (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 26/07/1918 Bouilly (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 20/08/1914 Morhange (57)
1914-1918
1914-1918 03/08/1918 Haramont (02)
1914-1918
1914-1918 16/06/1915 Metzeral (68)
1914-1918 29/10/1914 Forges (55)
1914-1918 06/11/1916 Sailly-Saillisel (80)
1914-1918 15/12/1916 Douaumont (55)
1914-1918 20/06/1915 Vienne-le-Château (51)
1914-1918 17/08/1918 Lyon (69)
1914-1918 06/04/1916 Douaumont (55)
1914-1918 25/01/1917 En mer Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 15/09/1914 Mognéville (55)
1914-1918 11/08/1918 Bus-la-Mésière (80)
1914-1918 1918 Monnes (02)
1914-1918 17/09/1914 Robert-Espagne (55)
1914-1918 28/08/1914 Anglemont (88)
1914-1918 23/10/1917 (02) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 31/10/1916 Rancourt (80) Légion d'HonneurMédaille Militaire
1914-1918 26/05/1915 Aubigny-en-Artois (62)
1914-1918 13/09/1914 Lunéville (54)
1914-1918 23/09/1914 Tracy-le-Mont (60) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 01/08/1918 La Grand-Combe (30)
1914-1918 21/08/1914 La Broque (67)
1914-1918 05/09/1916 Combles (80)
1914-1918 26/08/1914 Moyenmoutier (88) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 17/09/1915 Massiges (51)
1914-1918 25/08/1914 Buzy (55)
1914-1918 09/07/1916 Barleux (80)
1914-1918 15/12/1916 Vacherauville (55)
1914-1918 24/08/1914 Oret Belgique
1914-1918 03/09/1916 Herbécourt (80)
1914-1918 04/12/1914 Massiges (51)
1914-1918 29/05/1917 Reims (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918
1914-1918 07/10/1916 Kénali Serbie
1914-1918 14/06/1915 Metzeral (68)
1914-1918 23/05/1915 Toulon (83)
1914-1918 1915
1914-1918 20/12/1914 Boureuilles (55)
1914-1918 28/12/1914 Verdun-sur-Meuse (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 08/09/1917 Parois (51)
1914-1918 27/06/1916 Verdun-sur-Meuse (55)
1914-1918 22/08/1914 Lunéville (54) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 1916
1914-1918 14/08/1914 Coincourt (54) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 10/01/1915 Ligny-en-Barrois (55)
1914-1918 02/07/1916 Barleux (80)
1914-1918 26/08/1914 Moyenmoutier (88)
1914-1918 29/09/1914 Limoges (87)
1914-1918 14/04/1915 Montzéville (55)
1914-1918 04/07/1916 Verdun-sur-Meuse (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 16/03/1916 Vaux-devant-Damloup (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 01/07/1916 Assevillers (80)
1914-1918 06/06/1918 Ambleny (02)
1914-1918 23/01/1915 Thann (68)
1914-1918
1914-1918 24/08/1914 (55)
1914-1918 11/08/1914 Lagarde (57)
1914-1918
1914-1918 15/09/1916 Rancourt (80) Croix de Guerre
1914-1918 20/04/1917 Bistrica (Bistritsa) Serbie
1914-1918 25/05/1917 Montpellier (34) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 10/10/1918 Seboncourt (02) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 22/09/1914 Massiges (51)
1914-1918 01/08/1915 Seddul-Bahr Turquie
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 26/08/1914 Mont-sur-Meurthe (54) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 29/04/1918 Kemmel Belgique
1914-1918 12/06/1918 Antheuil-Portes (60) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 27/04/1917 Berméricourt (51)
1914-1918 12/05/1916 Orbey (68)
1914-1918
1914-1918 28/06/1916 Esnes (55)
1914-1918
1914-1918 26/08/1918 Jaulzy (60)
1914-1918 20/07/1915 (68)
1914-1918 26/09/1914 Chauvoncourt (55)
1914-1918 14/03/1918 La Grand-Combe (30)
1914-1918 21/06/1915 Krithia Turquie Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 30/09/1915 Perthes-lès-Hurlus (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 25/04/1915 Les Éparges (55)
1914-1918 19/03/1916 Remenauville (54)
1914-1918 11/08/1914 Lagarde (57)
1914-1918 05/02/1917 Bazoches (02)
1914-1918 16/09/1914 Cumières (55)
1914-1918 27/09/1915 Perthes-lès-Hurlus (51)

TEISSIER Clément Louis

1914-1918 09/11/1914 Leper (Ypres) Belgique

§4

Résultats   – 301 à 338 sur 338    ·   · 1   2   3   4   ·  ·  
Nom Prénoms Conflit Date & lieu de décès M

TESTON Auguste Camille

1914-1918 25/03/1918 Ornes (55)

TESTON Édouard Hippolyte

1914-1918 23/04/1917 Mourmelon-le-Petit (51)

TESTON Zéphirin Urbain

1914-1918 21/01/1915 (68)

TESTUD François Gaston

1914-1918 26/03/1916 Esnes (55)

TESTUT Fernand Albin

1914-1918 17/09/1916 Combles (80)

THERAUBE Fernand Louis

1914-1918 11/10/1914 Munich (Bavière) Allemagne

THIMOTHÉE Marius

1914-1918 (55)
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 12/08/1916 Biaches (80)

TOUR Auguste Édouard

1914-1918 05/11/1915 Sainte-Menehould (51)
1914-1918 11/07/1915 Ablain-Saint-Nazaire (62)

TREMOLET Georges Prosper

1914-1918 12/04/1915 Flirey (54)
1914-1918 02/06/1918 Montmirail (51)
1914-1918 19/07/1915 Ferryville Tunisie Médaille MilitaireCroix de Guerre

TRIBES Émile Théophile

1914-1918 26/09/1914 Dun-sur-Meuse (55)
1914-1918 03/09/1914 (54)

TRIBES Hippolyte Fernand

1914-1918 12/07/1918 Rouvrel (80) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 30/05/1915 Ville-sur-Tourbe (51)

TRIBES Louis Henri Hippolyte

1914-1918 23/04/1917 Nieuport, Flandre Occident. Belgique Médaille MilitaireCroix de Guerre
TRINQUAL Louis Marius 1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 21/08/1916 Maurepas (80)
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 06/04/1915 (55)
1914-1918 25/03/1917 Champs (02)
VIALA Jean Baptiste 1914-1918 22/08/1914 Lunéville (54)
1914-1918 09/08/1916 Maurepas (80) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 20/08/1914 Dieuze (57)
1914-1918 20/08/1914 Vergaville (57
1914-1918 27/08/1914 Rambervillers (88)
1914-1918 07/08/1915 Seddul-Bahr Turquie
1914-1918 04/03/1915 Vauquois (55)
1914-1918 15/11/1916 Sailly-Saillisel (80)
1914-1918 03/02/1916 Lignières (18)
1914-1918 11/08/1915 Vienne-le-Château (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 26/02/1915 Perthes-lès-Hurlus (51)
1914-1918 03/11/1918 Mann-heim Allemagne
1914-1918 19/08/1914 Dieuze (57)
VOLPILIÈRE Fernand Jean 1914-1918 29/09/1915 Tahure (51)

§5

II/ Les Morts Pour la France de La Levade

Résultats   – 1 à 60 sur 60
Nom Prénoms Conflit Date & lieu de décès M
1914-1918 25/08/1914 Warcq (55)
1914-1918 23/10/1917
Allemant (02)
1914-1918 12/11/1914 (55)
BASTIDE André 1914-1918 1918
1914-1918 21/12/1916 Châteauroux (36) Croix de Guerre
1914-1918 25/09/1914 Maucourt (80) Légion d'HonneurCroix de Guerre
1914-1918 12/08/1914 Lagarde (57)
1914-1918 04/09/1916
Combles (80)
1914-1918 29/12/1916 Bezonvaux (55)
1914-1918 25/01/1917 Esnes-en-Argonne (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
BOURRET Marius 1914-1918 1917
1914-1918 05/06/1916 Longueval (02)
1914-1918 23/04/1917 Nieuport, Flandre Occident. Belgique
1914-1918 18/04/1917 Saint-Quentin (02)
1914-1918 29/08/1914 Gray (70)
1914-1918 10/09/1914 Verdun-sur-Meuse (55)
1914-1918 23/07/1915 Harbonnières (80)
1914-1918 24/03/1917 Bihlista (Bilisht) Albanie
CHARBONNIER Benjamin 1914-1918 1918
1914-1918 02/09/1914 Gerbéviller (54) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 06/02/1917 Rigny-la-Salle (55)
1914-1918 06/12/1914 Malancourt (55) Médaille Militaire
1914-1918 12/12/1917 Saint-Michel (73) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 24/08/1916 Maurepas (80)
1914-1918 31/07/1916 (55)
1914-1918 03/07/1918 Moulin-sous-Touvent (60)
1914-1918 08/06/1918 Jouarre (77)
1914-1918 1917
1914-1918 26/09/1916 Bray-sur-Somme (80)
1914-1918 07/09/1918 La Seyne-sur-Mer (83)
GRAFFIN Robert 1914-1918 1918
1914-1918 04/03/1917 Cuperly (51)
1914-1918 27/09/1914 Chauvoncourt (55)
Guerre d’Algérie 18/10/1959 Tebessa (Bône) Algérie Croix de la Valeur militaire
1914-1918 07/03/1915 Stosswihr (68)
1914-1918 1914
1914-1918 1915
1914-1918 1915
LEYRIS Marius Auguste Albert 1914-1918 25/06/1915 Seddul-Bahr Turquie
1914-1918 15/12/1914 Nieuport Belgique
MAURIN Charles Jean 1914-1918 15/06/1915 Metzeral (68)
1914-1918 21/03/1916 Malancourt (55) Médaille MilitaireCroix de Guerre
MERCIER Pierre 1914-1918 1915
1914-1918 26/07/1918 Bouilly (51) Médaille MilitaireCroix de Guerre
OUAIRY Pierre Marie 1914-1918 04/07/1917 Vannes (56)
1914-1918 20/12/1915 La Croix-en-Champagne (51)

PALPACUER Marius Augustin

1914-1918 25/08/1914 (55)
1914-1918 19/08/1914 Saint-Médard (57)
1914-1918 18/04/1917 Soissons (02)
RABUT André 1914-1918 1915
1914-1918 1917

RIEU Régis François

1914-1918 10/01/1915 Ligny-en-Barrois (55)
1914-1918 31/10/1914 Massiges (51)
1914-1918 25/03/1918 Ornes (55)
1914-1918 23/04/1917 Mourmelon-le-Petit (51)
1914-1918 21/01/1915 (68)
1914-1918 02/06/1918 Montmirail (51)
1914-1918 03/09/1914 (54)
1914-1918 12/07/1918 Rouvrel (80) Médaille MilitaireCroix de Guerre
1914-1918 04/03/1915 Vauquois (55)

§

Source : MemorialGenWeb.Org

Livre d’Or des Mines de la Grand’Combe (Relevé n° 69146) Photo
Catégorie : Livre d’Or, Livre, Liste, Archive, état-civil)
Situation – informations :
Edité par la Compagnie des Mines de la Grand’Combe en 1924


Relevé initial effectué de La Grand-Combe, par : Daniel PEYRE
Relevé initial de La Levade effectué par : Paul MAZIÈRE
Mise en page par : Mas de la Regordane/GD/L2F
Première publication : 06.12.2017
Dernière mise à jour : 13.12.2017

La Grand-Combe au travers des âges (vidéo)

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La Grand-Combe est encore plus belle et fière qu’hier, autant travailleuse et pimpante qu’aujourd’hui et aussi vibrante d’espoir que demain.

Dans ce court-métrage la commune de La Grand-Combe est évoquée en ses trois âges et un bel hommage est rendu au passé, au présent et au futur de cette jeune commune de tout juste 181 ans … enfin, selon le calendrier républicain qui oublie que ce nom était déjà porté par ces lieux sous le règne du roi Louis le XIVème, soit il y a plus de 300 ans 😉
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mairielagrandcombe Production : Mairie la Grand-Combe

Un film réalisé par : Marc LAFORET
À l’occasion des : Vœux 2012 de la municipalité
Source : DAILYMOTION
Titre original : « La Grand Combe dans le temps »
Texte et mise en page : masdelaregordane.fr
Première publication : 24.10.2017
Dernière révision : 09.12.2017

La Grand-Combe, concerts années 50 (vidéo)

La Grand’Combe, concerts des années 50
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Nostalgie des années 50 où les Grand-Combiens et Grand-Combiennes,
satisfaisaient à l’envie leur goût pour la musique :

Les musiciens de l’Harmonie des Houillères (devenue Harmonie Municipale) dans leurs uniformes noirs, aux boutons dorés frappés de deux pics en croix, donnaient l’aubade dans les rues de La Grand’Combe ou depuis le kiosque à musique de la place Bouzac, dominée par l’église Notre Dame de l’Immaculée Conception (achevée en 1864), lors des fêtes foraines ou de celle de la Sainte Barbe (4 décembre) laquelle durait jusqu’à 7 jours.

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Source : YOUTUBE
Publié sur : masdelaregordane.fr.
Texte et mise en page par : GD/L2F
Première publication : 24.10.2017
Dernière mise à jour : 10.12.2017

Cet article vous a plu ? Lisez sur le même sujet :
Glorieuses Années de la Grand Combe 1777-2017.

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La Grand-Combe Sainte Barbe 1950 – 2017 (vidéos)

C’est aujourd’hui le 4 Décembre 2017, souvenons nous, avec ce court métrage amateur, de l’ambiance extraordinaire de la Fête de Sainte Barbe il y a 67 ans à La Grand-Combe des années 1950 !
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Et voici la version 2013 … en double exemplaire, s’il vous plait 😉
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Revenant à la Grand-Combe en 2017,
voici un échantillon du spectacle de la Sainte Barbe.
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Vidéo : Youtube
Rédaction et mise en page : Mas de la Regordane
Première publication : 18.10.2017
Dernière mise à jour : 10.12.2017