Lèo Larguier, poète de La Grand-Combe

Léo Larguier

I / La Revue Critique (des idées et des livres.)

« Ce n’est pas seulement pour vivre ensemble, mais pour bien vivre ensemble, qu’on forme un État. » – Aristote

SUR LES MÔLES

Sur les môles aux vieux platanes,
Et dans les ports au bord des mers,
Où le troupeau des courtisanes
S’enivrait de parfums amers,
Vous débarquiez, gloires épiques :
Un profil droit, entre les piques
Se découpait en dominant
Sous un portique aux blanches pierres,
Mais passez, gloires militaires,
Vos lauriers sont tachés de sang !

Caesar n’est rien… La nuit tranquille
Descend ; ne sonnez plus, buccins,
Et laissez méditer Virgile
Sous la douceur des cieux latins.
Une étoile tremble et se lève,
Le poète poursuit son rêve ;
Vénus qui marchait dans le bois
S’appuie au bras d’un beau satyre,
Et cesse en frémissant de rire
Pour écouter la grande voix.

Du vieux renom des capitaines,
Dans les temps il ne reste rien :
Hors les blessés, les sombres plaines,
Les corbeaux, nul ne se souvient,
Mais lisez ce beau livre antique,
Surprenez ce soir idyllique
Dans les mots divins de ces vers,
Admirez ces têtes fleuries ;
Écoutez… les Dyonisies
Chantent sous les ombrages verts

Tournez les pages… Des colombes
Battent de l’aile dans l’azur ;
Des rosiers embaument les tombes,
Le monde est clair, le jour est pur ;
Contre une colonne dorique,
Une vierge mélancolique
Effeuille sans même les voir
Des pétales de marguerite,
Tandis que passe Théocrite
Dans un vers bleu comme le soir !

Car tout vit dans le livre immense,
Il est pareil à la maison
Que parfume dans le silence,
La muse à la blonde toison ;
Et ses fenêtres sont ouvertes
Sur les plaines de blés couvertes
Où l’on ne voit que des bouviers ;
Les dieux y viennent à l’aurore,
Laissant à sa porte sonore
Des grappes d’or et des ramiers !

Léo Larguier (1878-1950), La Maison du poète 1903

CRÉPUSCULE

Un point d’or, l’azur des coteaux,
Le soir d’été baignant la terre,
Un vieux chemin plein de mystère,
Sous les fronts penchés des bouleaux.

Et s’effaçant sous la ramée,
Un couple qui s’en va disant,
Au bleu clair de lune d’argent :
« Mon bien-aimé, ma bien-aimée ! »

Ce n’est rien, mais c’est l’infini
D’une vie aimable et rapide.
Le vent tiédit, l’étang se ride,
On entend des voix dans un nid…

Ô planètes, terres lointaines,
Avez-vous aussi de beaux soirs,
Des chemins creux et des bois noirs
Pleins de frissons et de fontaines,

Et des lilas et des rosiers,
Avec de belles formes blanches,
Sous les tremblants arceaux des branches
Aux fins de jour, dans les sentiers ?

Léo Larguier (1878-1950), Les Isolements 1906

DE LOINTAINES CHOSES

J’aime parfois songer à de lointaines choses :
A des jardins persans dont les hauts cèdres bleus
Bénissent l’air léger tout vanillé de roses,
A des maisons d’Asie étouffantes et closes,
Aux chalets isolés qui rient d’un seuil neigeux.

Aux femmes de Golconde ; à Marie-Antoinette
Accoudée en été dans le blanc de midi
Sous un rose chapeau d’où naît la pâquerette,
Fermant un peu les yeux, penchant un peu la tête
Vers les linons mousseux d’un corsage arrondi.

Aux brisants hérissés de bêtes aquatiques,
A des poissons nageant dans l’eau de Magellan,
Aux tempêtes de nuit sur les glaces antiques,
Aux lointains amoureux des régions arctiques
Que baigne un crépuscule infini, triste et lent.

Aux mystères des bois embrumés, à des sentes
Que l’automne remplit de feuilles, de bois mort,
Aux choses qui la nuit tressaillent dans les plantes,
Au-dessous des cailloux, aux rochers pleins de fentes
Sur qui jusqu’au matin la tiède lune dort.

Léo Larguier (1878-1950), Orchestres 1914

II / Biographie 

1878 – Naissance à La Grand-Combe, le 6 décembre, rue de la République, de Léo, César, Albin, Larguier, au sein d’une vieille famille de paysans huguenots. Son père Anselme Honoré Albert est menuisier et sa mère Clarisse Théron s’occupe du foyer.
1893 (?) – Élève au lycée « d’Alais », il s’intéresse déjà à la poésie.
1899 – Il fait son service militaire à Aix en Provence où il rencontre Cézanne.
1901 (?) – Inscrit à Science Po, il préfère « étudier » à Saint-Germain des Près …
1914 – Il est mobilisé pour la « Grande Guerre ».
1915 – Il fait la campagne en Champagne.
1918 – Il est démobilisé de l’armée.
1919 – Il est fait chevalier de la Légion d’honneur,
1936 – Il devient membre de l’Académie Goncourt,
1940 – Il participe à lexode de Paris et va vivre un temps à Vialas dans les Cévennes.
1950 – Il est fait commandeur de la Légion d’Honneur et 

III / Poèmes

  • La Maison du Poètepoèmes (1903)
  • Les Isolementspoèmes (1906)
  • Jacquespoème (1907)
  • Théophile Gautier (1911)
  • JeanJacques Rousseaupièce en un acte et en vers (1912)
  • LHeure des Tziganespièce en un acte (1912)
  • Orchestrespoèmes (1914)
  • Les Bonapartetragédie lyrique en trois tableaux et en vers, (1920)
  • LAprèsmidi chez lantiquaire (1921)
  • La Poupée (1926)
  • En compagnie des vieux peintres (1927)
  • Le Père Corot (1931)
  • Le Faiseur dorNicolas Flamel (1936parus dans la collection Jai lu (LAventure mystérieuse n°A220)
  • LAmateur de femmes (1937)
  • Les Dimanches de la rue Jacob (1938)
  • SaintGermaindesPrésmon village (1938)
  • Les Trésors de Palmyre (1938)
  • Le Soldat Inconnu (1939)
  • Provence et Cévennes (1941réédit2003ISBN 2846210349
  • Au vieux saint de bois (1944)
  • Mes vingt ans et moi (1944)
  • Le Roi sans reine : Louis II de Bavière (1947)
  • La trahison dEurydice (1947)
  • Quatrains dAutomne (Posthume : 1953).

§

IV / Hommage à Léo Larguier,
par un grand-combien du XXIè siècle

A toi Léo Larguier,
Né à La Grand’Combe
Dont le corps repose
Aux Salles du Gardon,

Tout près d’un vieux figuier.
Au sud de ta tombe,
Un bouquet de roses :
Ta Muse en fit don.

Si, rue République
Fût ton ancien séjour ;
Le Soleil Oblique
Sera ton prime amour,

Disque d’or des Cévennes,
Apaisant les peines
Gravées sur ton haut front
De fins micro-sillons.

Georges Delannoy.

§

Source I : La Revue Critique
Publié le : 29 octobre 2017

Source II : Mas de la Regordane/Historique La Grand-Combe

Source III : fracademic.com

Source IV : Georges Delannoy, Poèmes Grand-Combiens
Publié le : 01.01.2019

Reblogué par : Mas de la Regordanne / GD
Première publication : 28.01.2018
Dernière révision : 01.01.2019

4 réflexions sur “Lèo Larguier, poète de La Grand-Combe

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